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  • L’ours dans les légendes d’automne

    L’ours dans les légendes d’automne


    Dans les sociétés
    traditionnelles, on croyait que pendant les nuits autour de la fête de Filipii d’Automne il y avait des
    phénomènes spéciaux. Les habitants des villages allumaient des feux, en
    souvenir du soleil d’été et pour que Filipul
    cel Şchiop (Philippe le Boiteux), saint patron des loups, garde les animaux
    sauvages loin des foyers. Filipul cel Şchiop ou Ovidenia représente une célébration de
    la régénération. « La fête d’Ovidenia, avec les Filipii
    d’Automne, la Nuit des «Strigoï/Revenants», la Saint-André et la Saint-Nicolas
    forment, entre le 13 novembre et le 6 décembre, un scénario rituel de renouvellement
    du temps, probablement le nouvel an des Daces, notait l’ethnologue
    roumain Ion Ghinoiu.






    Ces
    fêtes de l’automne se poursuivent mi-novembre avec les jours des Martini. Étant
    moins connue par les Roumains d’aujourd’hui, la fête met en avant un symbole
    animal de l’espace carpatique: l’ours. Delia Suiogan, ethnologue à l’Université du Nord de Baia Mare, explique
    : Dans
    différentes régions de Roumanie, on l’appelle aussi le jour de Père Martin. La
    Fête des Martini fait référence à une déité, une semi-divinité de l’ancien
    calendrier dace, qui portait une peau d’ours et marquait l’union entre l’homme
    et cet animal. L’ours n’est généralement pas nommé, dans la tradition on
    l’appelle le Père ou «le vieillard». La référence est évidemment vers les
    ancêtres mythiques. C’est un culte des «pères». Toutes ces fêtes annoncent à
    ces ancêtres, aux paisibles, ceux qui sont morts depuis plus de
    sept ans, qu’ils doivent retourner vers ceux qui sont encore vivants pour les
    aider.






    Symbole de force, de
    verticalité et de royauté, l’ours se retrouve dans de nombreuses légendes et
    contes de fées roumains, comme une aide du héros, et les communautés du passé
    lui consacraient des journées spéciales. Destinés à le séduire et à le garder
    loin des troupeaux de moutons ou de bovins, les jours des Martini étaient
    strictement respectés.






    Delia Suiogan : Les
    gens cherchent, dans la forêt ou sur le champs, toutes les plantes médicinales
    qu’ils récolteront à différents moments de l’année et prononcent une invocation
    pour en recevoir la force de guérison et qu’elles transfèreront à l’homme une
    fois consommées. Bien sûr, nous avons tout un rituel et les femmes placent
    toutes ces actions sous le signe du pouvoir de l’ours. Elles reçoivent du
    pouvoir de l’ours si elles font tout cela aujourd’hui. Toujours pendant cette
    fête, on chantait avec l’ours, même si maintenant la tradition s’est déplacée -
    comme toutes les vieilles fêtes de printemps – vers le chant de Noël.
    Autrefois, des personnes vêtues de peaux d’ours venaient dans les villages
    roumains et les malades se laissaient piétinés par ces masqués-là. Il y a un
    transfert de pouvoir de l’animal à l’homme dans ces rituels.







    Traditionnellement, les Filipi auraient été sept apôtres qui se sont échappés vivants du
    milieu d’une meute de loups par le pouvoir de la foi. À d’autres moments, ils
    sont considérés comme de mauvais esprits qui punissent sévèrement ceux qui
    enfreignent certaines règles. Cependant, la plupart du temps on attribue aux Filipi la capacité de protéger les
    ménages contre les attaques des animaux sauvages. (Trad. Felicia Mitrasca)