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  • Artistes invités à « danse //pl – Hier. Demain.Aujourd’hui.”

    Artistes invités à « danse //pl – Hier. Demain.Aujourd’hui.”

    Les journées de la danse polonaise ont été ouvertes par le Théâtre Dada von Bzdülöw de Danzig, fondé en 1992 par Leszek Bzdyl et Kataryna Chmielewska. Les deux ont présenté le spectacle « Duos inexistants », dont le sujet a été la rencontre entre l’homme et la femme, sous toutes ses formes. Nombre de leurs spectacles sont inspirés de la littérature, comme c’est le cas des « Duos inexistants ». Leszek Bzdyl : « Ce spectacle est basé sur le livre d’Italo Calvino, « villes invisibles ». Nous l’avons lu et il nous semble être une histoire intéressante. Marco Polo essaye de dire à Kublai Khan les histoires de certaines villes, qui n’existent pas. Chaque ville est pleine d’odeurs, de couleurs, d’idées, de philosophies. J’ai continué cette idée des villes invisibles dans notre spectacle et nous avons pensé qu’il serait intéressant de parler de la femme et de l’homme, tout comme Marco Polo parlait de ces villes à Kublai Khan. »



    Alors que les deux danseurs racontent des histories avec leurs corps, des textes racontant eux aussi des histoires sont projetés derrière eux. Ecoutons le chorégraphe Leszek Bzdyl : « De nombreux mots se trouvent autour de nous. Lorsqu’il s’agit d’une situation de vie, nous essayons de la décrire à travers les mots. Mais nous utilisons des copies des mots dans d’autres situations. C’est pourquoi nous avons décidé de présenter cette histoire entre un homme et une femme sans utiliser des paroles, mais uniquement par le biais de notre présence sur la scène, entourés par les paroles, le poème, le texte. Il s’agit-là du niveau de compréhension, de ce que nous voulons voir. Par exemple, le texte que nous projetons sur les écrans c’est la poésie d’un ami, mais il ne nous vise pas directement. C’est son histoire à lui sur un homme et une femme. Un autre texte appartient à un compositeur polonais et c’est en fait un autre genre de poésie. Il essaie de dire des choses sur une femme et un homme, mais finalement il arrive à parler de lui-même. C’est là le défi que nous lançons au public : qu’est – ce que vous voulez voir? Vous préférerez voir votre propre histoire ou bien être de nos côtés? Vous vous rapprochez des mots ou des gestes, de la sensibilité des artistes qui se trouvent sur la scène ? »



    A l’invitation du collectif komuna//warszawa, le danseur et chorégraphe Mikołaj Mikołajczyk a fait revivre, dans le cadre du projet RE//MIX, une des légendes du théâtre polonais. Il s’agit de Henryk Tomaszewski, celui-même qui se trouve à la base de sa carrière de danseur. Le spectacle “RE//MIX Henryk Tomaszewski”a été présenté à Bucarest aussi, lors des Journées de la danse polonaise.



    Mikołaj Mikołajczyk explique qu’à la différence de son mentor, qui mettait un accent particulier sur l’esthétique, sur la technique de la danse, lui, il mise sur le contact avec le spectateur et l’impact émotionnel du spectacle. “Dans ce spectacle, je me sens moi-même, mais sans Tomaszewski, mon père artistique, ce spectacle n’aurait pas existé. Ma vie artistique a commencé au moment où Tomaszewski m’a donné ce souffle. Je tente d’exprimer ce que cela a signifié pour moi. D’ailleurs c’est dans le même registre que je clos le spectacle: le souffle dont Tomaszewski m’a fait don et moi-même nous ne faisons qu’un. L’artiste que je suis actuellement doit tout à ce souffle. J’ai toutefois tenté de couper le cordon ombilical qui me liait à Tomaszewski. Il y a une vingtaine d’années, il m’avait invité dans son théâtre. Il m’avait pris la main, puis il l’avait lâchée. C’est ce que je fais moi aussi avec mes spectateurs. Je souhaite qu’il ressentent exactement la même émotion que j’ai éprouvée il y a vingt ans, quand Tomaszewski m’a invité dans le théâtre”.



    Considéré comme un précurseur de la danse contemporaine, comme quelqu’un qui occupe une place unique et sans égal dans l’histoire de la danse, Vaslav Nijinsky notait dans son « Journal »: “ Je suis Dieu au plus profond de mon être. Tout le monde a le même sentiment, mais personne ne le met à profit”.



    Ce « Journal » est à l’origine du spectacle “Nijinsky. La fête des rêves”, créé par une équipe de trois artistes. Il part de l’idée du metteur en scène Sławek Krawczyński, qui puise son inspiration dans la psychologie centrée sur le processus et développée par le Suisse Arnold Mindell. Voici ce qu’affirmait le danseur Tomasz Wzgoda à propos de la naissance de ce spectacle : “Cette méthode de la psychologie centrée sur le processus s’est avérée être très intéressante, car elle travaille davantage avec le psychisme. Quand il a cessé de danser, Nijinski, a commencé à être atteint de troubles psychiques, diagnostiqués comme étant de la schizophrénie. Moi j’ai travaillé surtout avec l’inspiration, avec les impulsions fortes, avec ses pensées. Il montait sur la scène pour transmettre aux gens de l’énergie vitale. Tant qu’il a dansé, il a été en bonne santé, mais dès qu’il a arrêté de le faire, il n’a plus utilisé cette énergie, ne l’a plus transformée et s’est éloignée de la vie. Il a été intéressant de suivre cette histoire et de trouver les mouvements capables de la rendre. En ce sens, la méthode que j’ai utilisée pour créer la chorégraphie, celle de la psychologie orientée vers le processus, cette méthode donc a été très intéressante. C’est moins de la chorégraphie et plus du processus psychique de Nijinski”.



    Les journées de la danse polonaise à Bucarest se sont achevées par deux solos créé et interprétés par Agata Maszkiewicz et Agata Siniarska, deux jeunes chorégraphes représentatives de ce qui se passe actuellement dans la danse contemporaine de Pologne.



    Il s’agit du fait qu’en raison des maigres financements, la plupart des chorégraphes choisissent de danser des solos créés par eux-mêmes. “dans//pl — Hier.Demain.Aujourd’hui” est un événement organisé par le Centre national de la danse de Bucarest en partenariat avec l’Institut culturel polonais, afin de mettre en relation la danse roumaine avec les cultures chorégraphiques de la région…(trad. : Mariana Tudose, Alex Diaconescu)

  • Le Festival de danse contemporaine et de performance Like CNDB #1

    Le Festival de danse contemporaine et de performance Like CNDB #1

    « C’est plus que réconfortant qu’il ait un si grand succès ! Et ce sur tous les plans : organisationnel, économique, de qualité — la qualité du public, la qualité des spectacles… C’est très bien d’avoir la confirmation d’avoir bien choisi, d’avoir bien pensé les choses et enfin, le spectacle de danse contemporaine a un si large accès à un public en voie de spécialisation.»



    Ce sont les pensées exprimées par la chorégraphe Vava Ştefănescu, directrice par intérim du Centre national de la danse de Bucarest, exprimées à la fin du Festival de danse contemporaine et de performance Like CNDB #1, organisé par ce Centre. Un événement par lequel la seule institution publique de culture qui soutient, développe et promeut la danse contemporaine de Roumanie a réussi à rassembler un public si nombreux — au-dessus des attentes. Et elle a également réussi à créer une ambiance tellement chaleureuse et amicale qu’il est rare d’en trouver dans une salle de spectacle. Selon son propre témoignage, l’équipe du Centre a choisi pour ce festival des spectacles originaux, surprenants, amusants et extravagants, dont nous vous présenterons certains aujourd’hui.



    En 2010, l’artiste Mihai Mihalcea prenait d’assaut la scène culturelle avec un projet de fictionnalisation de sa propre biographie, devenant Farid Faïrouz et commençant à lancer, par ses spectacles, des questions et des réflexions sur la production culturelle, le capitalisme, la sexualité et la religion. Directeur, entre 2006 et 2013, du Centre national de la danse, Mihai Mihalcea/ Farid Faïrouz a présenté au Festival Like CNDB le spectacle « Realia (Bucarest-Beyrouth) ». « C’est un spectacle où je crois que je veux faire tourner la tête au spectateur, en essayant de superposer complètement les deux personnages, pour que l’on ne sache plus jusqu’où Farid va et jusqu’où Mihalcea peut s’étendre. C’est un spectacle dans lequel j’apporte au premier plan toute sorte d’histoires autobiographiques, mais je fais figurer aussi beaucoup de choses qui m’intéressent dans le monde d’aujourd’hui — la guerre civile à Beyrouth, par exemple, et beaucoup d’autres, qui ont attiré mon attention au fil du temps et qui ont marqué une tension en moi ».



    Signée par Dhafer Youssef, Brent Lewis, Tchaïkovski et Margareta Paslaru, la colonne sonore du spectacle vient compléter cette double identité.


    Autre point fort à l’affiche du Festival Like CNDB — le spectacle Hematopoesis”, un marathon de danse de huit heures imaginé par la chorégraphe Madalina Dan avec la présence sur scène des spectateurs. Nous avons voulu savoir les raisons qui poussent un danseur à créer un spectacle tellement dur. Les raisons sont des plus sérieuses. Dans mon cas: la maladie. Je n’aurais jamais pensé à un marathon du mouvement avant que je ne tombe malade. Ce fut une année très dure pour moi avec toutes sortes de traitements qui m’ont fait comprendre à quoi rime la douleur physique et psychique et surtout comment la vie se présente au moment où le corps ne fonctionne plus. Or, ce fut justement pour compenser cette détresse que j’ai décidé de créer un marathon de la danse de huit heures. Je suis intéressée à examiner de plus près l’épuisement du corps et j’ai décidé de le faire en compagnie du public. Normalement, les spectacles de danse durent une heure. Or moi, je voudrait inviter le public à assister à un véritable processus qui se construit sous leurs yeux en l’absence de tout scénario. Moi, je me plais à parler d’une dramaturgie ouverte dans le sens qu’il y aura aussi des moments moins intéressants puisqu’il s’agit d’improviser et de créer sur place. C’est un processus de transformation en plein déroulement, ce qui éveillera la curiosité du public”.



    La première édition du festival de danse contemporaine et performance Like CNDB s’est achevée le 27 février par deux spectacles dont la chorégraphie est signée par Andreea Novac. Il s’agit de deux solos, « Dance a playful body » (« Faire danser son corps vivace »), avec le comédien Istvan Teglas et « Sur la tendresse », où Andreea Novac est également protagoniste du spectacle. Créé en 2008, « Dance a playful body » continue d’attirer un grand nombre de spectateurs. Andreea Novac: “Dans ce spectacle j’ai pris pour point de départ le corps — sa représentation et le corps quotidien, qui cohabitent dans la même personne. Ce que j’ai beaucoup apprécié chez Istvan et que j’ai tenté de rendre dans le spectacle c’est la capacité à passer très vite par différents états. Il y a un corps-caméléon et un interprète caméléonique. C’est justement ce qui se passe dans ce spectacle: il traverse toute sorte d’étapes lors desquelles le corps apparaît tantôt comme représentation, donc dépersonnalisé, tantôt dans sa vulnérabilité, et c’est là que l’homme Istvan se révèle. Bref, c’est un va-et-vient entre états, émotions et formes diverses.



    L’autre spectacle, « Sur la tendresse » a été créé il y a deux ans. Au début, il renvoyait à des prémisses personnelles. Maintenant, il parle de la tendresse de l’acte artistique”, affirme Andreea Novac, qui ajoute : “J’oscille sans cesse entre réalité et fiction, entre sincérité et dissimulation et cette frontière est difficilement saisissable”. (Trad. : Ligia Mihaiescu, Ioana Stancescu, Mariana Tudose)