Tag: documentaire

  • Le journal de la famille -escu

    Le journal de la famille -escu

    « Le journal de la famille-escu », le plus récent documentaire signé Şerban Georgescu, raconte en fait l’histoire des millions de Roumains vivant en Roumanie et qui forment une véritable famille avec ses bons et ses mauvais côtés. C’est un voyage à travers le temps, pendant lequel la famille devient un véritable pont qui peut aussi bien nous réunir que nous séparer. Un coup d’œil sur cette grande famille des Roumains jeté par le réalisateur Şerban Georgescu, soutenu dans sa démarche par l’écrivaine Ioana Pârvulescu, la théoricienne et militante féministe Mihaela Miroiu, l’analyste et expert en politiques publiques Sorin Ioniță, l’écrivain et l’analyste Stelian Tanase, le publiciste et diplomate Theodor Paleologu et le sociologue Vintilă Mihăilescu. Elément à l’appui : les archives personnelles de dizaines de familles roumaines.

    Présenté déjà dans la sélection officielle de plusieurs festivals nationaux du film, tels Le Festival international du film Transilvania (TIFF), le Festival du Film Européen, le Festival de film et d’histoire de Râsnov, ou encore ArkadiaShortfest, le documentaire « Le journal de la famille « – escu » » a connu un grand succès et a bénéficié de l’accueil enthousiaste des critiques. Il est considéré d’ailleurs comme « le meilleur produit culturel réalisé à l’occasion du Centenaire ».

    Le réalisateur ŞerbanGeorgescu explique les origines de cette démarche : « Lorsque l’on m’a proposé de faire un film à l’occasion du Centenaire, j’ai beaucoup hésité. A mon avis, ça ne servait à rien de faire encore un film qui raconte l’histoire roumaine, d’un point de vue académique. Des films pareils – il y en a eu et il y en aura sans doute. Et ils sont les bienvenus. En cherchant une autre approche, j’ai trouvé intéressant de raconter l’histoire d’une famille. Je l’ai appelée de manière générique la famille « -escu ». Le film raconte donc l’histoire de cette famille à travers le dernier siècle de l’histoire roumaine. Et pour que ce soit encore plus facile pour moi, j’ai décidé de commencer par l’histoire de ma propre famille. Ainsi je ne pourrais pas être accusé d’avoir omis certains événements, alors que le regard subjectif m’a aidé à sillonner un siècle plein d’événements en une heure et demie, ce qui reste quand même difficile de faire si on ne veut pas oublier des éléments plus ou moins importants. »

    A l’aide des histoires des arrière-grands-parents, des grands-parents, des tantes et des oncles, des cousins et des cousines, « Le journal de la famille – escu » passe des petites histoires individuelles aux grands événements de l’histoire que les Roumains ont vécus depuis l’Union des principautés roumaines en 1918.

    Şerban Georgescu sur sa vision des Roumains en tant que famille : « D’abord, j’ai structuré le film par chapitres. J’ai parlé de la langue, des frontières, de la mode, en passant par la musique ou encore les métiers – c’est-à-dire par toutes les choses que cette famille générique a vécues. Je me suis concentré sur des aspects de la vie de tous les jours de cette nation. La musique, par exemple, elle nous unit. Ou encore, la nourriture ou le souvenir de la pénurie alimentaire sous les communistes, ou notre façon de nous rapporter au sport. Je me suis servi des histoires des membres de ma famille pour marquer tel ou tel événement, des choses qui sont arrivées à mon grand-père, à mon oncle, à ma tante, à mon cousin, je les ai placées par la suite dans le contexte général de la grande histoire nationale. »

    Les échos favorables à ce film n’ont pas tardé. Par exemple, dans le journal Metropolis, Ionuţ Mareş écrit : « Dans le documentaire « Le journal de la famille – escu », le réalisateur Șerban Georgescu s’amuse à parler d’une voix légèrement ironique de ce que veut dire (encore) être Roumain, 100 après la formation de la Roumanie moderne, une période pendant laquelle le pays a connu plusieurs chocs et transformations. Dans le paysage sérieux et grave du film roumain de non fiction- avec ses séquences de longue observation et ce regard attentif porté sur des sujets plutôt douloureux, le réalisateur Șerban Georgescu propose une approche différente pendant laquelle, il parie sur l’ironie et l’humour légèrement amer. De cette manière, une histoire personnelle est regardée d’une façon générale.».

    Le réalisateur Șerban Georgescu explique plus en détails les principales caractéristiques de son approche de l’histoire roumaine : « J’ai cherché à fournir des réponses à l’aide des personnalités qui apparaissent dans le film et de mes invités, dans une tentative de voir si cette grande famille a eu un destin commun, si les événements de ce dernier siècle nous ont unis ou séparés. Cette idée, de mettre au premier plan ma propre famille, a beaucoup plu au public. Du coup, ce fut plus facile pour les gens de s’identifier avec ce qu’ils regardaient. Nous avons tous des photos de notre enfance, avec nos grands-parents par exemple. Cette technique a aidé le public à mieux suivre l’histoire. En plus, j’y ai mis beaucoup d’humour, afin d’attirer les jeunes. Ce constat, je l’ai déjà fait à l’occasion de mes autres films : pour attirer le public jeune, il faut qu’il s’amuse à repenser à l’histoire qu’on lui a racontée. »

    Le documentaire « Le journal de la famille -escu » de Serban Georgescu trace l’histoire de la Roumanie toute entière racontée par la voix d’une seule famille. (Trad. Valentina Beleavski)

  • Le film documentaire Timebox de Nora Agapi, dans la course aux Prix Gopo

    Le film documentaire Timebox de Nora Agapi, dans la course aux Prix Gopo

    Le film documentaire « Timebox » de Nora Agapi a remporté le trophée du meilleur documentaire d’Europe centrale et de l’Est dans la section « Between the Seas », « Entre les mers », au Festival international du film documentaire de Jihlava. Pour motiver son choix, le jury s’est dit touché par la profondeur avec laquelle la réalisatrice a exploré l’importance de la mémoire, tout comme par la vision artistique et la force narrative. Malgré un fil narratif extrêmement personnel, le film soulève des questions qui dépassent l’histoire proprement dite. Timebox figure parmi les cinq nominations à la 14ème édition des Prix Gopo des meilleurs documentaires.

    Prévu fin mars, l’événement a été reporté en raison de la pandémie mondiale de coronavirus.Le film raconte l’histoire d’Ioan Matei Agapi, un charismatique réalisateur de film documentaire âgé de 80 ans. Vivant à Iasi, celui-ci détient toute une collection de films en 16 mm qui couvre presqu’un demi-siècle d’histoire roumaine. Dans un premier temps, Nora Agapi a souhaité faire un film sur ces riches archives que son père détenait. Mais elle se ravise et change d’angle à partir du moment où les autorités locales réclament à son père de déménager sinon il sera évacué.

    La réalisatrice Nora Agapi sur son film Timebox :« Dès le départ, j’aimerais préciser que ce film porte sur mon père. C’est lui qui m’a influencée pendant toute ma vie. Il est un caractère très fort, comme l’affirment tous les jeunes auxquels il a enseigné, à sa manière, les secrets de la photographie et du film. Pourquoi je dis à sa manière ? Parce que mon père a essayé de voir au-delà de la photographie pour se préoccuper de la philosophie et des aspects hilares de la vie. Il a un sacré sens de l’humour. Et puis, il est aussi quelqu’un de très courageux pour qui la vie a été une sorte de spectacle. Donc, l’idée de départ a été de faire un film sur mon père. Mais ce ne fut pas facile. Je me trouvais très proche du sujet. Du coup, j’ai choisi de me pencher notamment sur l’espace dans lequel j’ai grandi et sur la façon dont mon père s’y rapportait. Dans le film, mon père est aussi bien pédagogue que réalisateur. Il ne supporte pas le mot cinéaste, et donc je m’en méfie aussi. Mon père reste un excellent documentariste, qui maitrise à merveille les techniques de composition et de tournage sans qu’il se prenne pour un artiste. Dans un premier temps, je n’ai pas voulu apparaitre dans mon film, parce que le film ne devait pas porter sur moi. Sauf que voilà, au moment où l’on se penche sur son père, inévitablement on finit par parler de soi-même aussi ».

    Nora a démarré son projet en 2011, mais peu de temps après, en 2012, elle s’est rendu compte qu’elle devait changer d’approche afin que son film ne raconte pas que l’histoire du père, mais aussi celle de la maison familiale. Cet espace qui abritait toutes les archives et d’où Ioan Matei Agapi s’est vu contraint de déménager sous la pression des autorités. « L’histoire est assez complexe, mais bon, pour faire court, je vous dis que dans un premier temps, mon père avait loué un espace dans un grand édifice pour y garder ses archives et pouvoir mener ses activités pédagogiques. Cet espace, il a fini par le transformer en son chez soi. Or, après 1990, il n’a pas eu le droit d’en devenir propriétaire, puisque l’endroit, connu sous le nom du Palais Braunstein, était un édifice de patrimoine. Du coup, il a continué à payer des frais de location. Sauf qu’en 2012, sans aucun préavis, la Municipalité a envoyé une lettre à mon père pour le sommer de déménager. Il a porté plainte et quatre ans durant, il a subi la torture psychologique d’un combat contre un système obtus qui s’est montré complètement indifférent face à un senior de 80 ans ayant contribué à sa manière à l’histoire de la ville. Mon film se construit autour de ce combat sans qu’il prenne la forme d’un documentaire social. N’empêche, je pense que par son parcours, mon père devient le symbole d’une lutte que nombre d’entre nous sommes tenus de mener contre toutes ces choses que l’on désapprouve, contre l’esprit souvent étroit de ceux qui nous entourent. Mon rêve fut justement de mettre en lumière tout ce travail de mon père, en sortant de leurs boîtes ses films qu’il a précieusement gardés. »

    A part le trophée du Festival de Jihlava, le palmarès de Timebox est complété par une mention spéciale du jury accordée en 2019 au Festival international du film Transilvania et le prix du meilleur documentaire dans la section Balkan Dox du festival Dokufest IDFF du Kosovo.(trad. Ioana Stancescu)

  • Le réalisateur Alexandru Solomon à la tête de l’Association One World Roumanie

    Le réalisateur Alexandru Solomon à la tête de l’Association One World Roumanie

    Initiateur du festival, le réalisateur de
    film documentaire Alexandru Solomon, à la tête de l’Association One World Roumanie,
    parle des implications qu’une telle démarche pourrait avoir et des difficultés
    de reporter un festival d’une si grande ampleur : « On
    a déjà mis en place une série de facilités à l’intention de ceux qui mènent des
    activités dans le domaine culturel, mais cela concerne plutôt des individus,
    pas des organisations. Après, il y a toute sorte de restrictions qui
    contreviennent à la façon dont on travaille normalement dans ce domaine. Par
    exemple, il faut que les artistes fournissent la preuve de ne pas bénéficier
    d’autres sources de revenu ou encore de n’avoir touché aucune paie
    dernièrement. Le côté positif, c’est que le dialogue a été lancé. En revanche,
    d’un point de vue institutionnel, les choses piétinent. Pour ce qui est du Festival
    One World Roumanie, on a eu de la chance puisqu’il a été prévu une semaine
    après la mise en place de l’état d’urgence. Cela veut dire qu’au moment de l’annulation,
    nous, on avait déjà le budget et nos partenaires n’ont pas fait marche arrière
    ou du moins, pas pour l’instant. Mais le fait de le reporter implique un
    travail supplémentaire, surtout financier vu que nous sommes tenus de rémunérer
    des personnes concernées pour une période de temps beaucoup plus longue que
    celle prévue dans un premier temps. A tout cela s’ajoute, bien évidemment,
    l’effort de notre équipe qui devra aussi être récompensée. A l’heure où l’on
    parle, on continue dans la même formule, en essayant de rester en contact avec
    notre public de différentes manières, en lui proposant, par exemple, toute
    sorte de films en ligne, à titre gratuit. Malheureusement, actuellement,
    l’incertitude est telle qu’il est impossible de prévoir une nouvelle date. On
    véhicule l’idée d’une reprise progressive des activités, mais je doute qu’une
    telle mesure concerne aussi les événements à public nombreux. »








    Conçu dès
    le départ comme une sorte de plateforme pour les films documentaires, le Festival
    One World Roumanie en est arrivé à sa 13ème édition, avec une évolution
    au long des années.






    Alexandru
    Solomon en parle : « L’actuelle formule, on l’a obtenue progressivement,
    d’une édition à l’autre, puisqu’on a pensé qu’il était important que le film
    soit placé au centre des préoccupations artistiques, comme une sorte de moyen
    de communication entre les différentes parties de la société. C’est grâce à
    cette approche que le festival a occupé sa place sur le marché culturel de
    Roumanie. La société roumaine avait grand besoin d’une telle manifestation
    artistique, comme on peut le constater si l’on recense le nombre d’ONG et de
    personnes issues du milieu culturel, artistique et social qui s’identifient
    avec le festival. Bien sûr que la pandémie qui nous a frappés est la pire des
    choses qui aurait pu nous arriver, on ne s’y attendait pas du tout. Mais, vous
    savez, cette situation est pareille pour tous les festivals du monde. Le
    contexte pandémique nous a obligés à renoncer complètement à un des principaux
    aspects qui nous caractérisaient – le lien direct avec notre public, que nous avons
    dû remplacer par un lien virtuel. Un festival de film repose avant tout sur la
    communication, sur la communion créée face à l’écran et puis, dans notre cas, il
    implique aussi des débats et des discussions. »











    Normalement, la 13e
    édition du Festival One World Roumanie aurait dû s’ouvrir par la projection du
    premier documentaire du réalisateur Radu Ciorniciuc « A la maison / My Home »,
    une des productions favorites au Festival Sundance. Le documentaire raconte
    l’histoire d’une famille qui a vécu pendant une vingtaine d’années dans le
    delta de Văcăreşti, jusqu’à ce que cette zone de la ville de Bucarest ne
    devienne aire protégée et ne se transforme en premier parc naturel urbain de
    Roumanie. Quatre ans durant, le réalisateur Radu Ciorniciuc a suivi la grande
    aventure des Enache et leur passage d’une vie en parfaite harmonie avec la
    nature à une autre, au milieu de la jungle urbaine.






    Alexandru Solomon :
    « Le film alimente ce penchant que notre festival a pour les sujets
    sociaux, renvoyant à la lutte contre la discrimination. D’ailleurs, la 13ème
    édition du festival porte sur les problèmes des minorités, notamment des Tziganes,
    et sur leur discrimination tout au long de l’histoire. Après, My Home est un
    film très beau et très émouvant de tous les points de vue. Son parcours
    international est des plus prometteurs, il a déjà à son palmarès le Prix de la
    meilleure image décroché à Sundance, devenant le premier film roumain à avoir
    enregistré une telle performance ».









    Prévue dans un
    premier temps du 20 au 29 mars, à Bucarest, la treizième édition du Festival
    One World Roumanie sera reportée. Ce n’est pas par hasard que nous avons choisi
    de la consacrer à la minorité tsigane puisque cette année, One World Roumanie
    marque un moment historique dans l’histoire des mentalités roumaines : pour
    la première fois depuis la libération des Tziganes, il y a presque 150 ans, le
    nombre des Roumains à les considérer comme leurs égaux a dépassé celui des
    autres, qui continuent à les discriminer. (Trad. Ioana Stancescu)



  • « colectiv », en quête de la vérité

    « colectiv », en quête de la vérité

    Le documentaire « colectiv »,
    réalisé par Alexander Nanau, et présenté en première internationale au Festival
    de film de Venise en septembre dernier, est enfin sorti dans les salles de
    cinéma de Roumanie. Le film, qui parle de la corruption du système de santé,
    avait aussi été projeté au Festival international de film de Toronto et a reçu
    le prix du Meilleur documentaire de la compétition internationale au Festival
    de film de Zurich. Après les premières de Venise et Toronto, où
    « colectiv » a reçu des chroniques positives et a suscité de fortes
    réactions du public, la production roumaine a été le seul documentaire à être
    projeté dans la section Spotlight du Festival de film Sundance aux Etats-Unis.


    Le film, produit
    et réalisé par Alexander Nanau en coproduction avec HBO Europe et Samsa Film, suit,
    une année durant, les événements survenus après la tragédie du club Colectiv de
    Bucarest. Le 30 octobre 2015, un incendie a ravagé le club, faisant 64 victimes
    et des centaines de blessés. Le documentaire se concentre notamment sur la
    relation entre les autorités et les journalistes qui cherchent à connaître la
    vérité. « colectiv » parle des individus seuls contre le système, de
    la frontière ténue entre mensonge et vérité, de courage et de responsabilité.

    Le réalisateur Alexander Nanau : « J’ai décidé qu’il fallait
    raconter une histoire sur ce qui s’est passé, qu’il fallait comprendre le
    processus que traverse la société roumaine. J’ai rassemblé une équipe pour
    s’occuper de la documentation et nous nous sommes mis au travail sans une
    direction claire. Avec Antoaneta Opriş, la co-auteure du film, nous nous sommes
    rendu compte qu’il fallait se concentrer sur la presse, car elle pouvait traduire
    la relation entre pouvoir et citoyen. Nous voulions notamment raconter
    l’histoire à travers ses yeux car à ce moment-là, les médias, ou plus
    précisément l’équipe de Gazeta Sporturilor, formée de Cătălin Tolontan, Mirela
    Neag et Răzvan Luţac, était la seule qui avait commencé à poser des questions. Partout
    ailleurs dans la presse, les autorités mentaient et désinformaient. Elles
    disaient que les victimes de l’incendie pouvaient être opérées en Roumanie,
    alors que les journalistes de Gazeta Sporturilor avaient découvert que l’unité
    pour les grands brûlés de l’hôpital Floreasca était en réalité fermée. Comme
    l’équipé dirigée par Cătălin Tolontan était connue pour ses investigations,
    nous avons eu l’idée d’aller les voir et demander s’ils avaient des pistes pour
    faire éclater ce mensonge de l’Etat et s’ils nous laissaient suivre leur enquête.
    Au départ, ils étaient très réticents, mais voyant que nous avions fait de
    notre côté une investigation si approfondie, ils ont commencé à nous faire
    confiance et à collaborer avec nous. Pendant le tournage, je me disais que nous
    étions en train de filmer un thriller qui avait lieu dans la vraie vie. »


    « De temps
    en temps, un film vous fait non seulement ouvrir les yeux, il vous déchire, en vous
    montrant une faille de moralité qui résonne bien plus loin que le pays
    d’origine de la production. « colectiv », le film d’Alexander Nanau,
    est une production remarquable sur le niveau inimaginable de corruption au cœur
    même du système médical roumain. Un film réellement ancré dans notre temps, qui
    mérite d’être vu par le plus grand nombre »
    , écrit le magazine américain Variety
    sur le documentaire. Le réalisateur Alexander Nanau : « Pour moi, choisir un sujet est en
    lien direct avec ce que je veux apprendre de la vie, et des autres. Je cherche
    toujours à élargir mes connaissances et le film documentaire – surtout le
    documentaire d’observation, qui vous donne l’occasion de passer un an ou même
    plus sur votre sujet – vous donne la possibilité de traduire cette expérience
    et toute l’émotion en une histoire. Ce processus est une véritable école de vie.
    Je dirais même que choisir un sujet de film documentaire est presque similaire
    au choix d’un partenaire. Votre sujet devient un compagnon qui vous fait
    grandir, mais qui grandit aussi. Le réalisateur de documentaires se reflète dans
    son sujet, et cette relation permet à tous les deux d’avancer. »


    Alexander Nanau,
    réalisateur et producteur roumano-allemand, a étudié la réalisation à la célèbre
    Académie allemande du film et de la télévision de Berlin. Il a été boursier de
    l’Institut Sundance et de l’Académie des arts de Berlin. Son documentaire,
    « Le Monde selon Ion B. », a gagné, en 2010, un trophée International
    Emmy Award pour le Meilleur programme d’art. « Toto et ses sœurs » a
    été nominé, en 2015, pour les prix de l’Académie européenne du cinéma.
    Alexander Nanau a aussi été directeur de la photographie pour le documentaire
    franco-allemand « Nothingwood », tourné en Afghanistan, qui a eu sa
    première à Cannes en 2017 dans la section Quinzaine des réalisateurs. (Trad.
    Elena Diaconu)

  • 02.02.2020 (mise à jour)

    02.02.2020 (mise à jour)

    Motion de censure – La motion de censure contre le gouvernement libéral de Bucarest, déposée par le PSD, d’opposition, sera présentée lundi au plénum du Parlement. La date du débat et du vote de la motion devraient être décidées au cours d’une nouvelle réunion des Bureaux permanents des deux Chambres. Cette initiative est une réponse à la décision du gouvernement de Ludovic Orban d’engager sa responsabilité politique sur un projet de loi électorale visant l’élection des maires en deux tours de scrutin. La motion déplore la décision de l’actuel exécutif de modifier le système électoral six mois avant le scrutin, l’accusant de transgresser les normes européennes et d’avoir adopté ces modifications d’une manière unilatérale, sans aucune consultation, ni débat. Selon le président de la Chambre des députés et leader par intérim du PSD, Marcel Ciolacu, il s’agit de l’abus de pouvoir le plus important de ces dernières années. Les libéraux affirment que le retour aux élections municipales à deux tours de scrutin confère aux élus locaux plus de légitimité et de représentativité. Selon les responsables sociaux-démocrates, la motion serait soutenue par 233 élus nationaux sur 465, soit le nombre minimum nécessaire pour qu’elle soit adoptée. Pour sa part, M Orban se déclare prêt quel que soit le résultat du vote, soulignant que ses objectifs étaient d’assurer un gouvernement stable et de remporter les prochaines élections locales et législatives.

    Brexit – Plus que 435.000 Roumains ont déposé jusqu’ici des demandes pour obtenir le statut de résident en Grande Bretagne. Le gouvernement de Londres ne savait même pas qu’ils étaient si nombreux à vivre au Royaume Uni, a avoué l’ambassadeur britannique à Bucarest, Andrew Noble. Rien ne changera avant la fin de l’année, les ressortissants roumains pourront voyager en Grande Bretagne, s’y établir s’ils le souhaitent ou y travailler. Toutefois s’ils décident d’y rester après cette période, ils doivent s’enregistrer pour obtenir un nouveau type de statut, celui de « settle status ». La date finale des inscriptions pour la résidence en Grande Bretagne est le 30 juin 2021.

    Grippe – A Bucarest, le ministère de la Santé s’est doté de 35.000 nouvelles doses de vaccin antigrippal, destinées à la vaccination des personnes présentant un haut risque d’infection. Jusqu’ici 13 personnes sont décédées en Roumanie à cause de la grippe saisonnière, selon le Centre national de suivi et de contrôle des maladies transmissibles. Le décès le plus récent est celui d’un homme de 53 ans, qui n’avait pas été vacciné contre la grippe. C’est toujours en raison de la grippe que plusieurs écoles de la capitale et d’autres villes du pays ont suspendu partiellement ou totalement les cours. Presqu’un million et demi de Roumains se sont faits vacciner contre la grippe, selon les données fournies par le Ministère de la Santé.

    Pour ce qui est du coronavirus, aucun cas d’infection n’a été confirmé
    jusqu’ici en Roumanie. Dimanche, au Commandement pour les situations d’urgence
    convoqué par le ministre de l’Intérieur, Marcel, Vela, le ministre de la Santé,
    Victor Costache, a déclaré que toutes les mesures étaient prises afin de
    renforcer la capacité de réponse du système roumain au cas où l’épidémie se
    répand dans l’espace européen.

    Cinéma – Le film de début du réalisateur roumain Radu Ciorniciuc, « Acasa – My Home » (Chez moi), a remporté le Prix spécial de la meilleure image au Festival du Film Sundance, aux Etats-Unis. La première internationale de cette production a eu lieu dans le cadre de la compétition des films documentaires de Sundance, qui est le festival du film indépendant le plus important des Etats-Unis. Le documentaire roumain était en lice aux côtés de 12 autres titres, choisis parmi les 14.000 films proposés. Il raconte l’histoire d’une famille qui a vécu pendant une vingtaine d’années dans le sauvage Delta de Vacaresti de la capitale roumaine, un endroit jeté à l’abandon, jusqu’à ce qu’elle devient un zone protégée et le premier parc naturel urbain de Roumanie. 4 ans durant, le réalisateur Radu Ciorniciuc a suivi cette « grande aventure » qu’a traversée la famille Enache, son parcours d’une existence en parfaite harmonie avec la nature à une vie dans la jungle urbaine qui est la capitale roumaine Bucarest.

    Météo – Dans les 24 prochaines heures en Roumanie il fera toujours trop chaud pour cette période de l’année. Le vent sera toutefois plus intense, avec des rafales pouvant atteindre les 100 km/h sur les sommets de montagnes. On attend de la pluie sur le centre et le nord-ouest, et de la neige en haute montagne.

  • La Roumanie d’une dictature à l’autre, un film d’Alina Cicani

    La Roumanie d’une dictature à l’autre, un film d’Alina Cicani

    Le samedi, 7 décembre, la chaîne de télévision française Public Sénat diffuse le documentaire La Roumanie d’une dictature à l’autre de la réalisatrice d’origine roumaine, Alina Cicani. Trente ans après la chute cu communisme, les Roumains souffrent toujours des séquelles d’un régime qui a laissé des traces aussi bien dans le mental collectif que dans l’histoire de la Roumanie.


  • Le Festival international du film documentaire Astra Sibiu

    Le Festival international du film documentaire Astra Sibiu

    Le Festival international du film Astra, dont la 26 e édition a été accueillie du 14 au 20 octobre par la ville de Sibiu, au centre de la Roumanie, a présenté une dizaine de films ayant trait à la Roumanie, que ce soit par le thème abordé ou par leurs réalisateurs. 13 de ces productions cinématographiques ont figuré dans la compétition « Roumanie » .Elles couvrent tant la petite histoire que la grande et touchent les cordes les plus sensibles de la société roumaine. Des films qui lancent aux spectateurs le défi d’une compréhension plus profonde du pays, à compter de sa construction en 1918, jusqu’aux années difficiles de la dictature communiste et aux phénomènes qui ont pris de l’ampleur durant les 30 ans qui ont suivi la révolution de 1989, tels que la migration ou la corruption », affirment les organisateurs de l’événement.

    Avec son film « Profu/Teach », Alex Brendea, qui a une riche expérience en tant que directeur d’image fait son début dans la réalisation du film documentaire Alex Brendea. J’aime le documentaire pour la liberté qu’il offre par comparaison avec le film de fiction. Cela se traduit par plus de temps pour travailler sur les personnages et par une équipe plus restreinte. C’est cette intimité-là qui ouvre la voie à la spontanéité, à la créativité. En clair, si dans le film de fiction on ne peut pas faire trop de changements, dans un documentaire des modifications majeures peuvent être opérées d’un jour à l’autre. Dans le cas du film de fiction, les cadres sont préétablis. On sait exactement si l’on va filmer un plan moyen ou un gros plan. Le documentaire est plus spontané. Là on ne sait jamais ce que va faire le personnage, où va vous emmener l’histoire.

    Le film d’Alex Brendea raconte l’histoire d’un professeur de maths de de Bistriţa, qui décide de quitter l’enseignement public pour ouvrir une école privée dans son propre appartement. Alex Brendea: Le professeur a un nom, Dorin Ioniţă, mais tout le monde se plaît à l’appeler le Prof. J’ai fait sa connaissance au lycée. Il me donnait des leçons privées, même si je rêvais déjà de suivre les cours de la l’Université de de cinématographie. Je me souviens qu’il m’a interpellé dès le début. Il avait aménagé une véritable salle de classe dans son appartement. Dans une autre chambre, il y avait une moto désassemblée, dont les pièces avaient été soigneusement rangées par terre. Je me suis rendu compte que cet homme-là avait quelque chose de spécial. C’est alors qu’est née l’idée de réaliser un documentaire autour de ce personnage qui s’était dédié corps et âme à une idée.

    Le documentaire « La fille d’or/The Golden Gir », co-réalisé par Denisa Morariu Tamaş et Adrian Robe et filmé par Cristian Tamaş explore l’épisode dramatique de l’histoire de la gymnastique roumaine survenu à Sydney 2000 et la lutte de la sportive Andrea Răducan pour récupérer sa médaille d’or. Denisa Morariu Tamaş : Nous avons tous les trois travaillé dans la presse. Nous sommes journalistes. C’est ce qui explique pourquoi notre film s’apparente plutôt au documentaire pour la télévision, genre cinématographique que nous pratiquons depuis 2011. Notre documentaire est ciblé sur l’information. Il combine investigation et récit. Depuis que nous collaborons avec le HBO Europe, qui nous fournit un soutien important, nous sommes plus attentifs à l’observation, ce qui suppose de suivre de près son personnage. Pour nous, le film documentaire est devenu comme une deuxième nature. Moi personnellement je suis attirée par l’incertitude que l’on ressent en travaillant pour ce genre de film, par le fait que l’on ne sait jamais ce qui va se passer.

    Andreea Răducan, une des meilleures gymnastes roumaines, a été sacrée championne olympique aux JO de Sydney en 2000. Trois jours plus tard, elle s’est vu retirer le titre, à cause d’une substance interdite dépistée lors du test anti-dopage. Une substance contenue par un banal médicament contre le rhume que lui avait prescrit le médecin de l’équipe nationale de gymnastique. Denisa Morariu Tamaş: « Nous avons démarré le travail pour notre film documentaire, La fille d’or, avec cette idée en tête de récupérer la médaille d’Andreea. Il y a eu même des avocats qui l’ont soutenue. Ils ont étudié le dossier, en Suisse, sans pour autant aboutir, en raison de la prescription des faits. C’est ce je trouve intéressant dans notre documentaire c’est le fait d’avoir choisi un personnage qui a l’air parfait devant les caméras. D’où la difficulté pour nous de dénicher les moments de faiblesse d’Andreea, de trouver ce qui demeure derrière la championne. Notre intention a donc été de traiter de ce trauma qu’est la perte de la médaille. Un trauma dont elle n’est pas encore consciente. Notre documentaire raconte aussi l’histoire de toute une génération de gymnastes. Depuis les JO de Sidney, en 2000, la situation a beaucoup changé. A regarder de près mes résultats récents, on voit que la Roumanie s’est classée 22e aux compétitions de qualification pour les Mondiaux de gym. »

    L’édition 2019 du Festival international du film documentaire Astra, de Sibiu, a inclus la sélection de 126 films les plus récents réalisés dans 45 pays à travers le monde. 47 titres figurant aux 4 sections sont entrés en lice pour les prix d’Astra Film Festival 2019. A l’affiche du festival on a galement pu retrouver des dizaines d’autres films regroupés suivant les thèmes abordés par les 12 programmes spéciaux.

  • Freiraum – Les enfants de la liberté

    Freiraum – Les enfants de la liberté


    Le mot allemand Freiraum nest pas facile à traduire, il fait penser à la liberté dêtre soi, il évoque une libération ou un espace de liberté. Néanmoins, dans ce contexte spécifique, il pourrait nommer une certaine peur ou une angoisse par rapport à lidée de liberté ; une peur qui soit entraînée par une possible perte de sa liberté personnelle, soit liée à une incapacité collective à jouir de la liberté telle quelle est garantie aujourdhui par les institutions européennes.



    Déroulé de 2017 à 2019, le projet du Goethe-Institut vise surtout à explorer la situation des villes européennes en matière de liberté, explique Evelin Hust, la directrice de lInstitut Goethe de Bucarest : « Nous avons essayé de connecter des personnes de différents pays européens pour réfléchir ensemble à lidée de liberté. La liberté est-elle mise en danger aujourdhui? La liberté dexpression est-elle menacée, si on regarde lexemple de la Turquie ou de la Pologne ? Le droit de choisir son mode de vie, on y porte atteinte lorsque quelquun définit lidée de famille, comme cétait le cas en Roumanie avec la Coalition pour la famille ? Nous nous sommes aussi interrogés par rapport aux manières qui nous restent de vivre notre liberté, en cas de récession économique. Dun autre côté, sommes-nous réellement libres ? Les promesses de lUnion européenne se traduisent-elles véritablement par des libertés ? Je crois que, par rapport à lEurope de louest, les gens sont plus sceptiques en Romanie quant au rôle de la démocratie et aux avantages quelle peut offrir. »



    Le projet Freiraum sest déroulé en plusieurs étapes. Pour commencer, chaque Institut a identifié, à laide de ses partenaires locaux, une problématique spécifique au lieu dimplantation de lInstitut. Le projet a supposé par la suite la création de tandems par tirage au sort. Le hasard a réuni les Instituts Goethe de Bucarest et de Vilnius, la capitale de la Lituanie. De cette collaboration est né le documentaire « Les Enfants de la liberté ». La réalisatrice du film, Ruxandra Ţuchel, estime que lassociation entre la Roumanie et la Lituanie permet dillustrer lidée actuelle de liberté par contraste avec la période communiste traversée par les deux pays : « Il est très important, ce thème de la liberté. Si nous pensons la liberté dans le contexte actuel de lexplosion du populisme et du nationalisme, nous pouvons dire que ça devient de plus en plus sérieux. Mais il est très intéressant, surtout en Europe de lEst, de voir que dune génération à lautre, entre les parents et leurs enfants, lhistoire ne se transmet pas. Les enfants qui ont participé au projet ont 17-18 ans, ils sont en première ou en terminale. Leurs parents, dont la jeunesse battait son plein dans les années 90, après la chute du mur, ont dénormes difficultés à expliquer à leurs enfants que le monde a beaucoup changé, que la liberté dont ils jouissent maintenant était utopique il y a trente ans ou plus. »


    Il est probable que les jeunes interrogés dans le documentaire « Les Enfants de la liberté » aient raison et que lidée de liberté se traduise aujourdhui surtout par la possibilité de voyager librement pour les études ou pour suivre une carrière dans les autres pays européens. Toutefois, dans ce cas, des barrières économiques sont susceptibles dapparaître, considère Evelin Hust, la directrice de lInstitut Goethe de Bucarest : « Je crois que, pour les jeunes, la liberté de choisir où ils veulent étudier ou vivre est aujourdhui bien plus grande. Mais cela concerne uniquement les très éduqués. Ces dernières années, nous nous sommes rendu compte quune partie des jeunes se sentent laissés pour compte, notamment à cause de la récente crise financière qui a fait progresser les taux de chômage dans des pays comme le Portugal, lEspagne et la Grèce. Les jeunes de ces pays se demandent probablement ce quil en est de leurs libertés, vu quils manquent de moyens pour en profiter. Nous ne pouvons pas généraliser ces constats, mais je crois que parfois les jeunes voient la liberté comme quelque chose de normal. Les jeunes générations nont pas expérimenté les temps où, en Roumanie ou en Allemagne de lEst, les gens vivaient au-delà du mur et la liberté de mouvement était extrêmement limitée. »


    Derrière le Rideau de fer, la vie des jeunes nétait pas du tout facile, et les tentatives dimiter le mode de vie occidental pouvaient avoir de graves répercussions en termes de liberté, dans un régime totalitaire où les droits humains étaient bafoués jour après jour. A la différence de la Roumanie, la Lituanie occupée par les Soviétiques a traversé un processus de russification linguistique et culturelle. Ruxandra Ţuchel explique doù vient la différence de perspective entre les jeunes Lituaniens et les Roumains : « Lexpérience a été très intéressante, car leur situation est en partie similaire à la nôtre. Evidemment, au-delà du communisme que nous avons également traversé, il existe une grande différence entre eux et nous : cest le fait queux, ils étaient sous occupation russe. Dès lors, le culte de la langue et le désir de préserver son identité nationale prennent une toute autre connotation. Ils deviennent des armes pour luter contre ceux qui essayaient deffacer lidentité nationale. Ce sont des choses compliquées, je serais curieuse de savoir comment ça se passe pour les jeunes du même âge dun pays qui na pas connu un régime totalitaire après la Deuxième Guerre mondiale, comme la France ou la Grande Bretagne. La tendance est très claire pour ce qui est des jeunes des anciens pays communistes : ils veulent tous quitter leurs pays. La différence entre la Roumanie et la Lituanie est que les jeunes roumains veulent sinstaller ailleurs, alors que les Lituaniens souhaitent revenir chez eux à la fin de leurs études. »



    Étonnamment, les lourdes traces laissées en Lituanie par le régime communiste sont aujourdhui presque entièrement effacées. Si les jeunes de Vilnius visent à émigrer en Europe Occidentale pour les études, cest parce que le système denseignement lituanien leur semble lourd, vétuste et bien trop théorique. Dans le documentaire « Les Enfants de la liberté », les jeunes lituaniens identifient lidée de liberté avec la chose qui leur est la plus chère : la possibilité de disposer deux-mêmes à tout moment. (Trad. Elena Diaconu)


  • «La distance entre moi et moi» …

    «La distance entre moi et moi» …

    Un film dune heure trente qui arrive à retracer lhistoire dune vie complexe, en accompagnant dans le même temps son héroïne, Nina Cassian, dans le questionnement des choix quelle avait faits dans la vie.



    Après sa première internationale au Festival de film de Trieste, en Italie, « La distance entre moi et moi », un documentaire réalisé par Mona Nicoară et Dana Bunescu sur la poète roumaine Nina Cassian, est sorti début mars dans les salles de Roumanie. « A la réputation de femme-fatale, buveuse et fumeuse, la poète de lavant-garde, la compositrice et la graphicienne Nina Cassian (1924-2014) a été simultanément complice et problème pour le régime staliniste. Elle est ensuite entrée en conflit direct avec le régime Ceauşescu et elle a fini par devoir sexiler à New York en 1985, suite au meurtre du dissident Gheorghe Ursu », racontent les deux réalisatrices du film. Nous avons invité Mona Nicoară et Dana Bunescu à Radio Roumanie Internationale pour échanger autour de leur documentaire. Le film, produit par Hi Film Productions de Roumanie et Sat Mic Film des Etats-Unis, en coproduction avec la Télévision publique roumaine, a provoqué beaucoup de réactions en Roumanie à cause de lhistoire compliquée de la poète. Cest pour cette raison que la partie formelle du documentaire a souvent été mise de côté.



    Le tournage a commencé en 2013, quand Mona Nicoară a commencé à filmer Nina Cassian dans son appartement new-yorkais. La recherche documentaire sest prolongée jusquen 2014 et cest seulement un an plus tard, en 2015, qua été obtenu le gros du financement. Tout le long du film, Nina Cassian parle de sa poésie, des raisons qui lont poussée à adhérer au mouvement communiste, des déceptions que le régime Ceauşescu lui a causées. Une des critiques faite aux deux réalisatrices du documentaire est davoir transformé une écrivaine prolétarienne en une icône. Cela, alors que Nina Cassian, à part quelques ouvrages des années 50 où elle exprimait ses convictions politiques, a publié plus de 20 recueils de poésie et autant de livres pour enfants. Mona Nicoară :« Je ne pense pas que nous ayons réussi à transformer Nina en une icône, elle létait déjà et ce depuis longtemps. Elle était très connue dans la communauté gay, par exemple, elle y était perçue comme une de leurs grandes alliées. Elle était présentée, dans les manuels scolaires ou à la télé, comme une autrice pour enfants ou comme une poète prolétarienne. Selon la situation, tout le monde se concentrait sur un autre aspect, une autre facette de sa personnalité. Ce qui nous intéressait cétait justement de rassembler toutes ces tentatives de présentation de Nina, de voir comment tous ces visages se réconcilient. Par ailleurs, elle-même était très critique par rapport à tous ces essais de représentation. »



    « La distance entre moi et moi » nest pas un film-testament. Selon Mona Nicoară, tout ce que Nina Cassian avait à dire, à justifier, à expliquer, elle lavait déjà fait figurer dans ses mémoires. Toutefois la poète avait aimé lidée dun film qui rassemble des fragments de son passé pour les confronter au présent. Mona Nicoară :« Ce qui mintéressait dans la réalisation de ce documentaire était de voir ce qui se trouvait derrière ce syntagme qui donne le titre du film et que jai trouvé dans ses mémoires, « la distance entre moi et moi ». Je voulais voir comment quelquun avec une histoire personnelle complexe gère son passé. Je mattendais à une relation compliquée entre les archives et ses souvenirs personnels et je ne savais pas comment nous allions gérer cela. Mais, dans le même temps, notre intention était de la mettre elle en relation avec ces archives. Dun autre côté, quand tu commences à travailler sur un film, il y a toujours une part dinconnu, tu ne sais jamais où ça te mènera et la tendance est daccumuler le plus de matière possible. Ainsi, à part les interviews qui constituent la base du film, javais dautres choses que je pouvais utiliser : des documents darchives sans lien direct avec Nina, des rushes réalisés à New York et à Bucarest avec Ovidiu Mărginean et Rudolf Costin, surtout avec des cadres dextérieur. Dana Bunescu ma persuadé de renoncer à ces bandes, et elle a eu raison de le faire. Cest grâce à Dana que je suis arrivée à cette simplicité formelle apparente qui a fait que le film devienne ce que je voulais : un film sur la relation de Nina Cassian avec elle-même. »



    Mona Nicoară a essayé plusieurs formats avant darriver à la forme finale du film. Avec Dana Bunescu, elle sest arrêtée à cette structure très simple, qui retrace la chronologie dune vie. Dana Bunescu :« Le film a pris forme après maintes discussions sur tout le matériel que nous avions. Et il y en avait beaucoup : le tournage réalisé par Mona en 2013, linterview-même avec Nina ; ensuite, les recherches réalisées auprès du Conseil national pour létude des archives de la Securitate et des Archives dEtat. Il y avait aussi les archives de la télévision publique roumaine et les Archives nationales du film. Mona connaissait déjà tout ça, nous avons à nouveau tout regardé ensemble et nous avons ensuite beaucoup discuté sur ce quon garde et sur comment organiser cette matière. A partir dun certain moment il y a eu beaucoup de tentatives de notre part de mettre de lordre dans tout ça, pour que notre histoire soit plus efficace, plus claire, mais pour quelle laisse aussi la place à des questions. La partie la plus difficile a été, probablement, dinsérer dans le film le dossier des Archives de la Securitate. Cela faisait apparaître une troisième voix dans le documentaire, celle dune personne inconnue, mais qui avait existé dans la vie de cette personne. »



    Dana Bunescu a aussi évoqué quelques réactions générées par le film :« Jai été ravie de voir des jeunes gens venir voir le film. Des jeunes qui ne savaient pas très bien ce quils allaient voir, mais que jai entendu discuter après les projections : ils voulaient chercher les livres de Nina Cassian. Rien ne ma autant émue. » a conclu Dana Bunescu, qui a réalisé, avec Mona Nicoară, le documentaire « La distance entre moi et moi ».(Trad. Elena Diaconu)


  • Caisă » (Abricot) – le meilleur documentaire au Festival ASTRA et au Gala des Prix Gopo

    Caisă » (Abricot) – le meilleur documentaire au Festival ASTRA et au Gala des Prix Gopo

    « Caisă » (Abricot), le documentaire réalisé par Alexandru Mavrodineanu et présenté en première mondiale au Festival TIFF 2018, sest vu décerner, lannée dernière, le prix du meilleur film inscrit dans la sélection roumaine du Festival de film ASTRA. « Caisă » a également décroché le prix du meilleur documentaire 2018, lors du Gala des Prix Gopo. « Caisă » nous offre une perspective troublante de la société roumaine, mettant le focus sur un homme qui ne se laisse pas contaminer par le cynisme général et offre à plusieurs jeunes un refuge et une chance. Le film raconte de manière captivante la relation imprévisible entre un entraîneur de boxe et son meilleur élève, ainsi que les luttes qui se déroulent au-delà du ring. Dans une salle dentraînement située dans la banlieue bucarestoise, un entraîneur de boxe en fin de carrière, (Dumitru Dobre) travaille à faire dun groupe denfants provenant de milieux défavorisés les futurs champions juniors. Déçu mais tenace, lentraîneur met son espoir dans un jeune garçon talentueux de 13 ans surnommé « Caisă » (Abricot) (Cristian Palcuie).



    Nous avons parlé avec le réalisateur Alexandru Mavrodineanu de la façon dont il a découvert cette histoire émouvante et humaine, de la façon dont il a réalisé ce documentaire à partir de zéro, sans équipe et sans financement, et de la façon dont lhistoire de gens que lon connaît par hasard peut devenir votre propre histoire. Alexandru Mavrodineanu parle de laccueil que le public a fait a son documentaire. « Il a été perçu dans plusieurs registres. Certains spectateurs y ont vu avant tout le drame social. Jai pourtant été content de constater que la plupart des spectateurs ont vu dans ce documentaire une histoire humaine, comme je lavais perçue moi-même : un hommage à ces petits héros anonymes qui sont autour de nous et qui font leur travail chaque jour. Ces gens-là sont pour moi une source dinspiration et à chaque fois que jenvisage de réaliser un film, cest dans cette direction que je me sens toujours attiré. Le personnage principal de ce film, lentraîneur Dobre, est pour moi un tel héros. »



    Alexandru Mavrodineanu a commencé ce documentaire en 2013, alors quil venait dachever « LHomme oiseau ». A ce moment-là, le réalisateur navait aucun autre projet, pourtant, en changeant de salle de gym, il a rencontré lentraîneur Dobre et son élève, Caisă. Au début, Alexandru Mavrodineanu avait construit son film autour de Caisă, voulant raconter une histoire sur un être qui dépasse sa condition. Il a filmé plus de 350 heures et a fait 6 mois de montage pour se rendre compte quil faisait fausse route et que le vrai personnage de son film était, en fait, lentraîneur qui, à chaque fois, simplique émotionnellement et risque, à chaque fois, de perdre tout ce quil a construit, Caisă nétant pas son premier élève qui décide un beau jour de renoncer à la boxe.



    Alexandru Mavrodineanu. « Jai rencontré Dobre et Caisă le jour même où javais changé de salle de gym. Et ils mont charmé, ils mont ensorcelé et je me suis lancé dans cette aventure presque inconsciemment, sans savoir comment jallais obtenir un financement et sans avoir une équipe pour réaliser le film. Pourtant, les relations entre ce des deux êtres étaient si belles et elles mont séduit à tel point, que jai décidé daller prendre ma caméra et commencer à filmer. Après les premiers jours, je me suis rendu compte que la caméra les aimaient aussi, ce qui est indispensable pour tout documentaire. On peut avoir une histoire magnifique ; si les personnages ne réussissent pas à transmettre une émotion, cela ne suffit pas. Ce fut une épreuve difficile par endroits : cest inouï le temps que jai pu passer auprès deux et souvent je me rendais compte que cétait en quelque sorte inutile. Parfois javais la sensation que ce que je filmais ne serait pas utile pour le film, mais jétais presque obsédé par cette histoire. Le film repose sur une structure dramatique, propre plutôt aux films de fiction, et cest peut-être une des raisons pour lesquelles il a été apprécié du public. Je lai construit ainsi car, même si cest un documentaire, il ne suffit pas de présenter tout simplement les personnages et leur histoire. On peut avoir les personnages les plus forts, il faut encore trouver une intrigue qui éveille lintérêt du spectateur. »



    Alexandru Mavrodineanu a réalisé plusieurs documentaires et courts-métrages, pourtant, parmi eux, « Caisă » occupe une place à part. « Aucun autre de mes films na suscité ce genre de réactions. Je me suis rendu compte que ce documentaire a la capacité démouvoir et déveiller chez les spectateurs ce quil y a de meilleur en eux. Et cest ce qui me comble. Nous, les cinéastes, dhabitude une critique favorable nous réjouit, nous sommes contents quand dans notre monde on dit que nous avons réalisé un bon film, on nous donne éventuellement la chance de réaliser un autre film, pourtant, la vraie raison pour laquelle nous faisons du cinéma, cest de toucher le public et que nos films aient un impact. » (Trad. : Dominique)

  • Festival du film de Pessac  à Bucarest

    Festival du film de Pessac à Bucarest

    « Connaitre l’histoire pour comprendre le présent » c’est ce que se propose depuis 28 ans le festival du film d’histoire de Pessac, un festival qui est rapidement devenu un repère de l’agenda culturel de la France et de l’Europe et désormais de la Roumanie aussi. Du 21 au 24 mai 2018, l’Institut français de Bucarest a accueilli les projections des productions les plus appréciées de l’édition 2017 du Festival du film d’Histoire de Pessac. C’est pour la deuxième année consécutive que ce festival français est présent à Bucarest, grâce au partenariat entre le Festival de Pessac et le Festival du film historique de Râsnov, ville transylvaine sise près de Brasov, au centre de la Roumanie. Nos invités : Pierre Henri Deleau, acteur
    et producteur de cinéma français en charge de la sélection des films du
    festival de Pessac et Joseph Beauregard, le réalisateur d’un des films présentés dans le cadre de ce festival : « Jacques Doriot, le petit führer français ».



  • Le festival international du film documentaire et des droits de l’Homme One World Romania

    Le festival international du film documentaire et des droits de l’Homme One World Romania

    La 11e édition du Festival international du film documentaire et des droits de l’Homme One World Romania a eu lieu du 16 au 25 mars 2018 avec à l’affiche la projection des plus récents films documentaires dans huit espaces en plein centre de Bucarest. Cette édition du festival One World Romania est également ciblée sur des sujets amplement débattus dans l’espace public. Le fonctionnement de Justice, la mise à jour des méthodes éducationnelles et le repositionnement de la famille selon des critères contemporains sont des sujets souvent abordés par les médias, qui génèrent des débats en Roumanie et ailleurs.

    C’est pourquoi la 11e édition du Festival du film documentaire et des droits de l’Homme One World Romania accorde une attention à part à ces problèmes et leur consacre des sections spéciales. Alexandru Solomon, directeur du festival One World Romania. « Ces thèmes sont d’actualité en Roumanie et ailleurs. Le thème de la Justice, même s’il a commencé à nous ennuyer, semble être de plus en plus important. Cette idée de l’Etat de droit continue à déranger beaucoup de gens en Roumanie. Tout comme la question des droits de la communauté LGBTQ, question de plus en plus présente dans la société roumaine, surtout que nous nous sommes heurtés à des incidents malheureux ces derniers mois, lorsque des groupes de fondamentalistes ont tenté d’arrêter la diffusion de films avec ce thème. Pour ce qui est de l’éducation et de son importance dans la société roumaine, il y a tant de choses à dire ! Il est clair que si nous ne commençons les réformes par celle de l’éducation et si nous ne lui accordons pas une place plus importante, nous n’allons jamais progresser. »

    La 11e édition du Festival international du film documentaire et des droits de l’Homme One World Romania prévoit aussi une section intitulée « La mémoire des archives de film », qui devrait compléter les tentatives d’éclaircir différents phénomènes historiques, afin de révéler les nuances du présent. En fait, une des préoccupations constantes de l’Association One World Romania a été la récupération du patrimoine documentaire de l’ancien Studio de production « Alexandru Sahia ». Andrei Rus, co-directeur du festival : « Il s’agit d’un concept plus ample. Cette section, la Mémoire des archives, est liée dans plusieurs sens à l’actuelle édition du festival One World Romania dans le sens où nous avons accordé davantage d’attention à la manière dont le passé influence le présent et implicitement l’avenir. Dans l’élaboration de cette section, nous avons commencé par l’idée du centenaire, mais nous nous sommes proposé de traiter cet aspect évitant les festivités et essayant d’engager les spectateurs dans un retour à la réalité. Ainsi s’explique le slogan de l’édition actuelle du festival : Get Real !, c’est-à-dire un retour à la réalité. Dans plusieurs sections du festival les films débattent, mettent en question différents aspects du passé et de la manière dont il influence le présent. Une des sections les plus consistantes s’appelle « Le passé présent » et elle comporte 10 titres, 10 films du monde entier qui traitent de toute sorte de sujets, à commencer par l’influence du communisme et du fascisme sur les sociétés. »

    La culture de la protestation, une autre section de la présente édition du Festival international du film documentaire et des droits de l’homme One World Romania, comprend 5 films documentaire sur différentes formes de la protestation par le biais d’histoires provenant de tous les coins du monde : le Cambodge avec « Le printemps cambodgien », Israël avec « Before My Feet Touch the Ground »/ « Avant que mes pieds ne touchent la terre », la France avec « l’Assemblée », les Etats-Unis avec « Whose Streets », « Les rues de qui ?» et enfin la Roumanie avec « Portavoce »/ « Porte-voix ». Le directeur du festival One World Romania, Alexandru Solomon, précise: « Bien qu’assez puissantes depuis deux ans déjà, les protestations de Roumanie se trouvent dans une sorte d’impasse et elles sont en quête d’un leader et d’une nouvelle direction à prendre. Du coup, j’ai trouvé fort intéressant de me pencher sur cette culture des protestations telle qu’elle se reflète dans différentes productions cinématographiques originaires des quatre coins du monde, aussi bien du Cambodge que de Roumanie qui se penche sur ce sujet grâce au film le Porte-voix. Je trouve qu’il est important de connaître les conséquences que les mouvements de protestation ont eues ailleurs dans le monde, pour connaître le type d’approche politique ou de discours qu’elles ont provoqués. Un seul exemple: le public du festival sera invité à visionner une production de Hong Kong qui traite de la transformation d’une vague de protestations en un véritable mouvement politique organisé. Après, on s’est donné pour tâche une mise en perspective historique de tous ces événements ayant servi de sources d’inspiration pour les films à l’affiche du festival, avec un accent particulier sur l’année 1968 et sur les protestations des années 60-70 de France, d’Italie et de Tchécoslovaquie. »

    Sur l’ensemble des sections du festival, celle nommée « 1968. Cinquante ans plus tard » se propose justement de raviver la mémoire de l’année susmentionnée qui a marqué aussi bien l’Ouest que l’Est de l’Europe par des mouvements de protestation très puissants. Andrei Rus, co-directeur du festival: « Cette section a permis la mise en place de toute une série d’événements connexes que j’ai à cœur. Parmi eux: celui consacré aux protestations estudiantines d’il y a 50 ans, censé nous permettre de mesurer l’impact de ces révoltes sur les changements sociaux intervenus par la suite. Un thème qui dominera deux débats. Le premier sera organisé le 24 mars, à ARCUB, en présence de Karel Kovanda et Monika MacDonagh-Pajerová, les protagonistes du film La révolte des étudiants tchèques, l’historienne Lavinia Betea et le président d’Alliance nationale des organisations estudiantines de Roumanie, Marius Deaconu. »

    Le deuxième débat se déroulera le dimanche, 25 mars, à l’Institut français de Bucarest. Sous le titre « 1968. Entre l’Est et l’Ouest », l’événement proposera au public une rencontre avec le journaliste français Bernard Guetta qui fera part de sa propre expérience des événements de 1968 à Paris. 12 films produits ou co-produits en Roumanie figurent à l’affiche de cette 11ème édition du Festival International du film documentaire consacré aux droits de l’Homme, One World Romania.

  • 18.06.2017 (mise à jour)

    18.06.2017 (mise à jour)

    Motion — La motion de censure « La Roumanie ne peut pas être confisquée. Nous défendons la démocratie et le vote des Roumains » a été lue, dimanche, en séance plénière au Parlement de Bucarest. Les débats et le vote devraient avoir lieu mercredi. La motion a été lancée par la coalition au pouvoir, formée du PSD et de l’ALDE, à l’adresse de son propre gouvernement dirigé par le social-démocrate Sorin Grindeanu, exclu du parti. Le document indique que, cinq mois après l’installation du gouvernement Grindeanu, les partis de la coalition majoritaire ont évalué l’état de mise en œuvre des mesures du programme de gouvernance et ont décidé de retirer leur soutien au premier ministre et à son équipe. 25 sur les 27 membres du cabinet ont présenté leur démission. Par contre, est-il dit dans la motion, le premier ministre et un des ministres ont compris que la gouvernance peut être exercée aussi à titre personnel, refusant de renoncer à leurs fauteuils. Ultérieurement, Sorin Grindeanu a nommé l’ancien premier ministre Victor Ponta secrétaire général du gouvernement Grindeanu. La nomination est considérée par les analystes comme une tentative de Sorin Grindeanu de gagner des alliés parmi les personnages influents du PSD. Samedi, les organisations du PSD du pays ont voté une déclaration commune par laquelle ils condamnent de manière catégorique ce qu’ils considèrent être « la tentative illégale et inconstitutionnelle des deux anciens membres du parti, Sorin Grindeanu et Victor Ponta, de prendre le pouvoir exécutif de l’Etat roumain ». Le président Klaus Iohannis a déclaré que la Roumanie a besoin d’un gouvernement stable et a souligné que cette situation doit être solutionnée vite.



    Visite — Le président roumain, Klaus Iohannis, fait, du lundi au mercredi, une visite en Allemagne, où il rencontre son homologue Frank-Walter Steinmeier et la chancelière Angela Merkel. L’agenda sera ciblé sur l’approfondissement des relations bilatérales à caractère stratégique et sur les principaux sujets à l’agenda européen et international. Cette année, les deux pays comptent 50 ans depuis l’établissement des relations diplomatiques au niveau d’ambassade, 25 depuis la signature du traité de coopération et du Partenariat entre la Roumanie et l’Allemagne et 10 ans depuis l’adhésion de la Roumanie à l’UE. Le 20 juin, le président Klaus Iohannis participera, en tant qu’invité d’honneur, à la cérémonie de commémoration des victimes du refuge et de l’expulsion, qui aura lieu à Berlin, au Musée historique allemand.



    PNL — Le PNL, la force la plus importante de l’opposition de droite au Parlement de Bucarest, s’est réuni dimanche dans le Conseil de coordination du parti, pour élire quatre premiers vice présidents, le secrétaire général, 16 vice-présidents et 16 membres du Bureau exécutif. Une centaine de membres se sont inscrits pour ces fonctions. Le Congrès du Parti national libéral, convoqué samedi à Bucarest, a élu le président du parti en la personne de Ludovic Orban, ancien ministre des Transports entre 2007 et 2008. M. Orban a obtenu presque quatre fois le nombre de voix de son contre-candidat, le député européen Cristian Buşoi. Après son élection, Ludovic Orban a déclaré qu’il souhaitait que le PNL gagne les prochaines élections législatives et quil arrive ainsi au pouvoir.




    Documentaire — Le documentaire Wild Carpathia — les saisons du changement, réalisé en Roumanie par le journaliste britannique Charles Ottley, sera présenté en première nord-américaine, à la fin du mois, au siège des nations Unies de New York. Selon l’Institut culturel roumain des Etats Unis, le prince Charles de Galles adressera un message vidéo aux participants à cet événement. Le documentaire suit les transformations du paysage des Carpates aux quatre saisons et fait l’éloge des traditions préservées dans les villages roumains. Le journaliste Charles Ottley souhaite également tirer un signal d’alarme au sujet des effets dévastateurs des coupes illégales dans les forêts des Carpates. Ces cinq dernières années, ce journaliste britannique renommé, soutenu par la Fondation du prince Charles, a réalisé une série de films sur la protection de l’environnement, des forêts et des montagnes de Roumanie.

  • One World Roumanie

    One World Roumanie

    Le documentaire « Un film autistique normal » du réalisateur tchèque Miroslav Janek a gagné le trophée de la 10e édition du Festival international du film documentaire consacré aux droits de l’être humain One World Romania.



    « Nous pensons que le film primé ne concerne pas uniquement le monde des enfants autistes, il s’adresse à nous tous. Il nous apprend à apprécier notre unicité. En choisissant ce film, nous avons choisi en fait le courage d’être ce que nous sommes réellement. La normalité de chacun est différente. Par l’angle qu’il propose et par ses personnages, ce film montre qu’il n’y a pas une seule réalité, mais uniquement des interprétations différentes ». C’est la motivation du jury de lycéens qui a décerné le prix à ce film, parmi les 10 inscrits dans la compétition. Présent à Bucarest uniquement à l’ouverture du festival, le réalisateur Miroslav Janek, a adressé au public et au jury une vidéo de remerciement.



    Le thème dominant de cette 10e édition du festival One World Romania a été la peur. « Nous vivons dans un monde global et pourtant nous avons une tendance à retourner en arrière, à tracer de nouvelles frontières et à nous enfermer dans des murs. Dans le monde entier, des politiciens corrompus profitent de nos faiblesses, de nos craintes et s’installent au pouvoir en les exploitant. Les films présents dans le Festival One World Romania 2017 exploraient les origines de nos craintes et les modalités de les dépasser », dit Alexandru Solomon, directeur du festival.



    Et lui d’ajouter : « La peur a focalisé davantage l’attention par rapport aux autres thèmes liés à la politique et à toute l’atmosphère actuelle dans le monde, qui a empiré partout depuis le début de la sélection. Il s’agit, avant tout, de la peur liée aux courants populistes, nationalistes, homophobes, mais aussi de thèmes plus ponctuels, concernant les dysfonctionnements du système de santé en Roumanie et dans d’autres Etats, qui alimentent, eux aussi, notre peur. »



    Le public et les invités ont participé à des débats si intéressants, que parfois seules les projections prévues ont pu y mettre un terme. Le festival a pris de l’ampleur à mesure que la société civile a évolué, se montrant plus préoccupée par l’Etat de droit, la lutte contre la corruption et la liberté d’expression. Le directeur du festival One World Romania, Alexandru Solomon, précise : « Le Festival s’est orienté dans cette direction au fil des années. Nous comptons sur la participation des ONGs et des associations qui peuvent s’associer à la projection d’un documentaire significatif pour la cause qu’elles défendent et qui parle des problèmes qui les intéressent. Le film documentaire peut ainsi être considéré comme une sorte de « foire aux idées » réunissant des cinéastes, des ONGs et la société civile. Néanmoins, le film documentaire n’est pas appelé à résoudre les problèmes. Ce que le film documentaire offre de plus par rapport aux autres médias c’est un aperçu plus approfondi et une perspective plus empathique de la société où nous vivons. C’est que les réalisateurs de documentaires accordent beaucoup plus de temps à leurs sujets et se rapprochent davantage des gens devenus leurs personnages. Ils travaillent moins sous la pression du temps et des nécessités. De toute évidence, dans le cadre de ce festival nous avons réussi à créer un dialogue et le public est de plus en plus ouvert, plus capable à exprimer ses opinions qu’il y a 9 ans, lorsque ce festival a été lancé. »



    Six productions roumaines ont figuré dans la sélection de cette année du Festival international du film documentaire consacré aux droits de l’être humain One World Romania. Claudiu Mitcu et Ileana Bîrsan y ont présenté un fragment de montage du documentaire « Le Procès », un film qui traite de l’affaire Mihai Moldoveanu — un ancien officier de l’armée roumaine condamné à 25 ans de prison pour un crime qu’il affirme ne pas avoir commis. Ileana Bârsan : « Nous avons voulu voir si ce sujet intéressait le public et quel était l’impact sur les gens de ce fragment du futur film. Nous tentons de présenter cette affaire d’une manière aussi neutre que possible. Nous avons souhaité avoir le feed-back du public aussi parce que c’est un film à un seul personnage — pas par notre faute. Nous n’avons pas eu accès à d’autres voix, les procureurs, les juges et les autres personnes impliquées dans ce procès ont refusé de collaborer avec nous. Le plus difficile pour nous, c’était de concevoir un film à un seul personnage sans nous livrer à des interprétations et sans avoir de parti pris. Cela s’est avéré un exercice utile et la présentation d’un fragment de ce documentaire dans le cadre du festival nous a aidé à réaliser le montage final. »



    Le Festival One World Romania a attiré cette année plus de 11.000 spectateurs et les organisateurs pensent déjà à l’édition 2018. Plusieurs documentaires présentés lors des éditions précédentes figurent dans la sélection 2017 du programme de distribution alternative KineDok. (trad.: Dominique)

  • Scruter par-delà les frontières

    Scruter par-delà les frontières

    Un grand monde fait de quelque 7 milliards dautres mondes plus petits. Il faut se rendre à lévidence : pour chacun de nous, il nest pas aisé de sortir de notre propre bulle – quelle soit confortable, désagréable, voire sans issue – et davoir une image globale des autres réalités plus ou moins proches, composantes du grand puzzle que nous appelons “le monde”, dans lequel nous vivons. “One World” – une seule planète – est un réseau international de festivals indépendants de cinéma documentaire et sur les droits humains, qui a assumé cette mission de mise en perspective.



    Depuis neuf ans, “One World Roumanie”, événement complètement à contre-courant, tente douvrir aussi les yeux du public, justement en attisant le débat. En 2016, il livre la version alternative et non-journalistique dune actualité européenne médiatique et pressante, celle des frontières. Les frontières des uns sont-elles aussi les frontières des autres? Est-ce quun regard qui ne caresse pas dans le sens du poil est éveilleur de consciences ou pousse davantage au repli? Quel monde accepte-t-on, en définitive, de voir autour de nous?



    RRI Spécial à lintérieur de “One World Roumanie”, lœil fouineur, avec aujourdhui Boglárka Nagy, responsable des événements du festival “One World Roumanie” et Sanaz Azari, réalisatrice belgo-iranienne, auteur de “I comme Iran”, un des films vedette du 9e festival “One World Roumanie”.