Tag: traduction

  • Traduire à l’ère de l’intelligence artificielle

    Traduire à l’ère de l’intelligence artificielle

    Qu’est-ce que je dis ? Qu’est ce que vous comprenez ? La réponse semble souvent évidente… sauf quand on ne parle pas la même langue que son interlocuteur.

    Le 24 septembre à l’Institut français, s’est tenue une conférence sur le thème de la traduction et de l’interprétation. La soirée est organisée dans le cadre de la semaine européenne des langues, consacrée cette année au thème du langage et de la science. A travers des jeux d’interprétation, le public s’est familiarisé avec les enjeux de la traduction, de la mémoire à court terme à l’intelligence artificielle.
    Un reportage de Ninnog Louis.

  • « Solénoïde » de Mircea Cărtărescu

    « Solénoïde » de Mircea Cărtărescu

    Mircea Cărtărescu sest vu attribuer début avril à Buenos Aires le prestigieux Premio Formentor de las Letras 2018, un des plus importants prix littéraires du monde. Ce prix récompensait lensemble de son œuvre destinée – je cite – « à stimuler la transformation radicale de la conscience humaine ». Le jury, dont faisait partie entre autres lécrivain Alberto Manguel (détenteur du Prix Formentor 2017), remarquait également « la force narrative avec laquelle Mircea Cărtărescu avait réussi à élargir les limites de la fiction » – souligne le quotidien El País.





    Deux éditions du roman ont déjà été imprimées. « Solénoïde » a été très bien accueilli par la critique littéraire et par la presse culturelle espagnole et sud-américaine, étant désigné le meilleur livre 2017 par La Vanguardia, El Periódico, The New York Times en espagnol, jouissant de chroniques enthousiastes dans de nombreuses autres publications. « Solénoïde » est un chef dœuvre – note Andrés Ibáñez dans les pages du journal ABC Cultural. « Mircea Cărtărescu a écrit son plus important livre » estime Robert Saladrigas, de La Vanguardia. « Une lecture essentielle » – lit-on dans Babelia, le supplément culturel de la publication El País. Enfin, El Correo ajoute – je cite: « Un grand livre, un livre exceptionnel, inoubliable ».





    Une des librairies Humanitas de Bucarest a accueilli un débat-événement sur lédition espagnole du roman « Solenoid » de Mircea Cărtărescu, traduit par Marian Ochoa de Eribe et publié aux éditions Impedimenta de Madrid, peu après son apparition en roumain. A cet événement, consacré à la version espagnole du roman « Solénoïde » ont été présents Mircea Cărtărescu, Marian Ochoa de Eribe et Enrique Redel, directeur des Editions Impedimenta. Y ont également participé Lidia Bodea, directrice des Editions Humanitas, le critique Marius Chivu, qui a signé la postface de la version espagnole, et Gabriel Liiceanu, fondateur de la prestigieuse Maison dédition Humanitas.





    En ouverture de lévénement, Mircea Cărtărescu a fait un plaidoyer en faveur de la traduction, estimant que les traducteurs ne se limitaient pas à traduire des mots dans une autre langue. Au contraire, affirmait-il – « ils transportent à travers les frontières des contenus psychologiques, comportementaux, culturels et mythiques anciens ; des identités étrangères, un traducteur les fait siennes. Plus ces identités culturelles sont différentes lune de lautre, plus la traduction est difficile à réaliser » – affirmait Mircea Cărtărescu.



    Mircea Cărtărescu : « Il est relativement simple de traduire des contenus similaires, provenant des cultures similaires et de mondes qui se ressemblent. Il est facile pour moi de comprendre la mentalité des Français ou des Allemands contemporains. Il est pourtant de plus en plus difficile de comprendre la mentalité enfouie des êtres du Moyen-Âge. Il est beaucoup plus difficile de traduire dans une autre langue « La Divine Comédie » que « La Montagne magique » ou le texte dun autre auteur contemporain. La distance dans le temps, lespace et les mentalités sont de grands obstacles pour la traduction. Là où il ny pas de traduction, il y a nécessairement lextermination. La traduction est une couronne de lauriers, un rameau dolivier. La traduction est peut-être la chose la plus importante qui peut arriver aux êtres humains, car elle se passe au-delà de ce qui sépare ces êtres ; et ce qui sépare ces êtres, ce ne sont pas seulement les frontières ou seulement les idiomes, ce sont des mentalités toutes entières : mentalités individuelles, mentalités des grands groupes, mentalités des peuples. La médiation, la traduction est un acte fondamental. Cest pourquoi jai une immense admiration pour les traducteurs. La littérature roumaine ne bénéficie dans chaque pays que de trois ou quatre traducteurs. Cest une immense pénurie. Et il est normal que tous les écrivains roumains soient traduits, tôt ou tard, mais il ny a que ces trois ou quatre traducteurs et la compétition est acerbe. Je voudrais exprimer mon immense gratitude non pas tant pour avoir été traduit dans un grand nombre de langues, mais pour avoir été bien traduit. Ça ne sert à rien dêtre traduit dans une centaine de langues si lon est mal traduit. On ne vous rend pas service, au contraire. On vous colle un masque qui ne vous ressemble pas. Si, au contraire, vous êtes bien traduit, votre livre est tout simplement réinventé dans une autre langue. Cest pourquoi je suis heureux de travailler avec les meilleurs traducteurs du moment, pour au moins 10 à 15 langues européennes. Je suis vraiment privilégié, de ce point de vue-là. Je suis également heureux de travailler avec dexcellents éditeurs. Je remercie donc la traductrice Marian Ochoa de Eribe et léditeur Enrique Redel. »





    Marian Ochoa de Eribe a fait connaître en Espagne des œuvres décrivains roumains classiques, tels Panait Istrati, Mihail Sebastian ou Mircea Eliade. « Solénoïde » nétait pas sa première rencontre avec lœuvre de Mircea Cărtărescu, dont elle avait déjà traduit, pour les Editions Impedimenta, « Le Joueur de roulette » (2010), «Travesti» (2011), « La Nostalgie » (2012) et « Les Belles étrangères » (2013). Actuellement, elle est en train de traduire « Le Levant ».



    Marian Ochoa de Eribe sur limpact de « Solénoïde » : « La traduction de « Solénoïde » a duré une année. Je me suis complètement isolée et jai traduit quasiment tous les jours. Evidemment, jai eu des palpitations et des insomnies, jai fait des cauchemars. Cest ce qui est arrivé à Enrique, léditeur, aussi, quand il a commencé la lecture du roman ; il ma appelée un jour pour me dire quil comprenait ce que je voulais dire. Je suis tout à fait daccord avec Gabriel Liiceanu pour ce qui est des trois chapitres, des trois marches extraordinaires de la littérature dans « Solénoïde ». A la fin de chaque chapitre que je traduisais, je me disais que, du point de vue littéraire, esthétique, on ne pouvait pas faire mieux. Et je sais que de nombreux lecteurs de « Solénoïde » partagent mon sentiment concernant la réception de ce roman. Cest un livre qui vous change définitivement. La traduction des œuvres des Mircea Cărtărescu ma complètement changée du point de vue existentiel. Pourtant, jai aussi un regret : jaimerais être une lectrice naïve, mais, en tant que traductrice, je ne peux pas avoir linnocence des autres face au texte. »



    Enrique Redel, directeur des Editions Impedimenta, a parlé, lui, du « phénomène Cărtărescu », qui se répand depuis quelques années en Espagne et il sest déclaré fasciné par « Solénoïde » : « Pour moi, la lecture de « Solénoïde » a été une expérience presque physique, je dirais même « organique ». Je lisais tout simplement sans interruption, même si ce livre devrait être lu goutte à goutte. Au fil de la lecture, la réalité a changé profondément pour moi. Jai commencé à faire, moi aussi, des cauchemars, tout comme Marian ; je me suis réveillé avec un bras engourdi, javais limpression quil était presque paralysé, il me semblait que le monsieur qui prend son café chaque matin devant ma maison nétait que le fruit de mon imagination. Je peux même dire que jenvie ceux qui sont capables de lire goutte à goutte, comme je le disais tout à lheure. On trouve sur Internet de nombreux commentaires postés par ceux qui ont abordé cette méthode de lecture et qui parlent des différentes étapes du processus de lecture comme si le volume comportait plusieurs altitudes. Moi, en tant quéditeur, jai pourtant dû me concentrer notamment sur certains aspects techniques. Je dois dire que la création littéraire de Mircea Cărtărescu me fascine et elle me fait tout aussi plaisir que celle de Thomas Pynchon, James Joyce ou John Barth. » (Trad. : Dominique)

  • L’été où maman a eu les yeux verts

    L’été où maman a eu les yeux verts

    Ce matin-là, alors que je la haïssais plus que jamais, maman venait d’avoir trente-neuf ans. Elle était petite et grosse, bête et laide. C’était la maman la plus inutile de toutes celles qui ont jamais existé.

    C’est par ces phrases que débute le roman L’été où maman a eu les yeux verts de Tatiana Tibuleac, véritable coup de cœur de la littérature contemporaine par lequel cette ancienne journaliste moldave a marqué son début littéraire en tant que romancière. Née en 1978 à Chisinau, Tatiana Tibuleac fait carrière dans les médias avant de quitter son pays pour s’établir à Paris où elle continue à vivre aux côtés d’un mari anglais et de leurs deux enfants. Sa plume particulière et son style impitoyable ont vite séduit lecteurs et éditeurs à la fois. Cela explique la parution aux Editions des Syrtes, à Genève, de la traduction en français, par Philippe Loubière, du roman « L’été où maman a eu les yeux verts ». Davantage sur ce bouquin qui n’arrête pas de faire parler de lui, dans un reportage d’Ioana Stancescu.

  • Kim Thuy, une écrivaine qui parle des siens et de nous mêmes

    Kim Thuy, une écrivaine qui parle des siens et de nous mêmes

    Liée intimement au Vietnam, où elle est née, et le Canada, où elle a fait sa vie d’adulte, l’écrivaine Kim Thuy s’est fait remarquer dès son début avec le roman Ru, paru au Canada en 2009 et en France en 2010. Kim Thuy se trouvait à Bucarest pour le lancement de la traduction en roumain de son roman Vi, publiée aux éditions Spandugino de Bucarest ; elle est aussi l’invitée du Son des mots. A ses côtés, la professeure des universités Ileana Mihăilă, de la chaire de français de la Faculté de langues et littératures étrangères, à l’Université de Bucarest. Elles répondent aux questions d’Ileana Taroi et de Valentine Gigaudaut.

  • Convaincre les éditeurs français de publier des auteurs de l’espace roumanophone

    Convaincre les éditeurs français de publier des auteurs de l’espace roumanophone

    L’édition 2017 du Salon international
    du livre Gaudeamus, organisé par la radio publique roumaine, a été, à nouveau,
    un lieu de rencontres exceptionnelles, dont ont profité non seulement les
    visiteurs mais aussi les auditeurs des stations du bouquet « Radio
    Roumanie ». Les livres, leurs auteurs, les genres littéraires ou encore,
    bien évidemment, les sujets dont traite tel ou tel ouvrage sont autant de
    thèmes de débats. Tout comme les traductions, d’ailleurs. C’est justement la
    parution aux éditions parisiennes « Belleville » du « Royaume de
    Sacha Kozak », la version en français du roman « Tarâmul lui Saşa
    Cozak », de l’écrivain Iulian Ciocan, de la République de Moldova, qui
    nous a permis de rencontrer le couple de traducteurs Florica et Jean-Louis
    Courriol, pour un échange d’idées sur le livre de Iulian Ciocan, traduit par
    Florica Courriol, et sur les traductions de littérature roumanophone dans la
    langue de Molière.

  • 26.11.2017 (mise à jour)

    26.11.2017 (mise à jour)

    Protestations – De nouvelles protestations contre les modifications des lois de la Justice et du Code fiscal ont eu lieu dimanche à Bucarest et dans plusieurs villes de Roumanie, ainsi qu’à l’étranger. Pour la première fois y ont participé non seulement de représentants de la société civile, mais aussi des membres de l’opposition politique et ceux des plus grandes confédérations syndicales du pays. Les manifestants exigent que lois de la Justice, dont celles qui modifient la législation pénale, soient retirées, que le Parlement rejette le décret portant sur la modification du Code fiscal et que le Gouvernement présente tout de suite sa démission, aux côtés des présidents de la Chambre de Députés et du Sénat.

    Diplomatie – Le ministre roumain des AE, Teodor Melescanu, a participé dimanche à l’inauguration d’une nouvelle représentation de la Roumanie en Italie, à savoir le Consulat Général de la Roumanie de Bari. A cette occasion, le chef de la diplomatie roumaine a souligné le fait que l’ouverture de ce bureau consulaire était une réponse aux attentes légitimes de la communauté roumaine d’Italie et s’inscrivait parmi les préoccupations du ministère des AE de Bucarest afin de renforcer la présence consulaire de l’Etat roumain dans les zones ayant une présence significative de la diaspora roumaine. Selon un communiqué de la diplomatie de Bucarest : l’inauguration du Consulat Général de la Roumanie à Bari marque le début de la première étape de l’élargissement du réseau consulaire, un processus qui vise à rendre opérationnels au plus vite, en 2018, d’autres Consulats roumains : à Manchester, Suttgart, Miami et Salzburg.

    Livre – Dernier jour, dimanche, de Gaudeamus, la foire internationale du livre organisée par Radio Roumanie. Le moment de décerner les prix de cette 24e édition de la manifestation. Le trophée du livre le plus recherché de Gaudeamus 2017 a été attribué au roman « Le testament d’Abraham » d’Igor Bergler, paru aux éditions Litera, alors que le prix de la meilleure traduction en roumain d’un livre en langue étrangère a été décerné à Irina Oprea et Radu Paraschivescu pour leur traductions des volumes 5 et 6 de la série « Le monde de Narnia ». Cinq jours durant la foire internationale du livre « Gaudeamus » a proposé aux Bucarestois des centaines de lancements de livres, débats, séminaires et expositions. Pour la première fois dans son histoire, l’invité d’honneur de la foire n’a pas été un pays, mais l’UE par le biais de la Représentation de la Commission européenne en Roumanie. Cette édition de la Foire a marqué plusieurs anniversaires : les 60 années depuis la signature des Traités de Rome, 30 ans depuis le lancement du programme Erasmus et 10 années depuis l’adhésion de la Roumanie à l’UE.

    Handball – La sélection nationale féminine de handball de la Roumanie a vaincu dimanche le Brésil, score 24 buts à 23, dans son dernier match disputé dans le cadre du trophée Carpati, compétition organisée à Craiova (sud) et qui précède le début du Championnat du monde. Samedi, les joueuses roumaine sont vaincu celles de Macédoine sur le score de 31 buts à 18. Au Championnat du monde, accueilli par l’Allemagne et qui commence le 1er décembre, la Roumanie figure dans le Groupe A, aux côtés de la France, l’Espagne, la Slovénie, l’Angola et le Paraguay. Lors de l’édition précédente de la compétition, en 2015, les sportives roumaines ont remporté la médaille de bronze. La Roumanie est la seule équipe qui a pris part à toutes les 22 éditions du Championnat du monde organisées jusqu’ici.

    Météo – Dans les 24 prochaines heures, le temps sera morose en Romanie et il fera plus froid, notamment dans le nord-ouest du pays. On attend de la pluie sur le sud et le sud-est et des précipitations mixtes sur le nord, le centre et l’est du territoire. Les températures maximales iront de 2 à 12 degrés. Les météorologues ont placé en alerte orange aux chutes de neige abondantes et au vent fort la zone de montagne de 7 départements du sud, du centre et de l’est, valable de lundi à mardi soir. En même temps, une alerte jaune à la neige et au vent fort concerte plusieurs départements du centre et de l’est du pays. Enfin, une alerte jaune à la pluie abondante et au vent fort est valable dans le sud et le sud-est.

  • Nina Yargekov – double nationalité

    Nina Yargekov – double nationalité

    Nous revoici à la Librairie Kyralina, parmi les livres. Des livres tous en français, mais dans certains cas traduits d’autres langues… Précisément, notre invitée d’aujourd’hui s’interroge sur la mécanique de la traduction, sur les ressorts et dans certains cas sur le comportement limite schizophrénique que peut sous-tendre une telle démarche. Y a-t-il un drame dans tout cela ? Peut-être, mais il y a aussi beaucoup d’humour…



    Nina Yargekov a bousculé la scène littéraire et les milieux de la traduction en exposant et en disséquant, à la vue de tous, une problématique sociétale aussi actuelle qu’évitée — l’entre-deux (deux pays, deux langues, deux cultures). C’est tout l’enjeu du roman « Double Nationalité », paru en 2016 chez POL, en France, roman que lécrivaine présente ces jours-ci en Roumanie, à Bucarest, Timisoara, Arad et Cluj. L’entre-deux est partout, mais de quoi a-t-il l’air vraiment ? Pour nous aider à explorer autant de dimensions que possible de ce phénomène, nous avons avec nous aussi Lavinia Braniste, écrivaine et traductrice, et Sever Ioan Miu, journaliste, un des fondateurs de la plate-forme de dialogue roumano-hongroise MaghiaRomania.





  • Irina Ionescu

    Irina Ionescu

    C’est une femme de lettres exceptionnelle que nous accueillons dans cette édition. Irina Ionescu est une spécialiste réputée des langues et des cultures slaves, et notamment tchèques, qu’elle a apprivoisées par curiosité et par esprit de contradiction, et qu’elle a fini par enseigner à l’Université de Bucarest. Irina Ionescu est aussi une traductrice très appréciée d’ouvrages scientifiques, historiques et littéraires, écrits en tchèque, bien sûr, mais aussi en polonais, russe, bulgare, anglais, italien, espagnol et… français. Pour sa contribution remarquable à la diffusion de la culture tchèque dans le monde, Irina Ionescu a été récompensée, par la République tchèque, d’une distinction qui n’est pas conférée, d’habitude, à des étrangers. Je vous propose, donc, de faire la connaissance de cette personnalité, remarquable et attachante, dont l’interview sera entièrement disponible sur notre site Internet et sur nos profils Facebook.




  • Traducteurs et interprètes roumains, quel avenir?

    Traducteurs et interprètes roumains, quel avenir?

    En début dannée, un projet de loi concernant les traducteurs et interprètes judiciaires, mis en débat public par la Chambre des députés, a créé de vives controverses parmi les membres de ces professions, et même des manifestations dans plusieurs villes du pays. Nous en avons parlé à loccasion sur notre antenne. Cet acte réglementaire a constitué une surprise parce quil navait pas été discuté auparavant avec les professions concernées. La période des débats publics, de 15 jours, a été prolongée de quelques jours, et puis – silence. Pourquoi lavoir contesté de manière si véhémente ? Quen est-il maintenant ? Tour dhorizon avec plusieurs acteurs importants du marché roumain des traductions et interprétations.


  • L’écrivain Norman Manea, invité au Festival International de Littérature et Traduction de Iaşi

    L’écrivain Norman Manea, invité au Festival International de Littérature et Traduction de Iaşi

    L’écrivain Norman Manea a été un des invités de marque du Festival international de littérature et traduction (FILIT) déroulé à Iaşi en octobre dernier. D’origine juive et vivant aux USA depuis 1986, l’auteur de livres célèbres tels « Le retour du hooligan », « L’enveloppe noire », « Les clowns : le dictateur et l’artiste », « Le bonheur obligatoire », ou « La tanière », a connu dès son jeune âge la déportation et l’exil. « J’ai eu un parcours existentiel compliqué. Mon premier exil, je l’ai vécu quand j’avais 5 ans ; en 1945, je me considérais comme un vieillard de 9 ans », se raconte Norman Manea, qui compte parmi ses meilleurs amis l’écrivain Philip Roth et le poète américain Edward Hirsch, qui était d’ailleurs son invité personnel à Iaşi.



    La modératrice de la soirée du FILIT a été Carmen Muşat, rédactrice en chef de l’hebdomadaire bucarestois ‘Observator cultural’. Elle a ouvert le débat en s’appuyant sur une affirmation d’Edward Kanterian, un professeur à l’Université d’Oxford avec lequel Norman Manea a dialogué pendant 11 années ; leur échange a été publié dans la série d’auteur dédiée à l’écrivain par les éditions Polirom. Pour Edward Kanterian, Norman Manea est l’auteur roumain qui a provoqué trois polémiques essentielles dans la culture roumaine.



    Carmen Muşat en fait le compte-rendu : « En 1982, dans une interview à la revue Familia, Norman Manea a fait des affirmations qui ont dérangé les responsables de l’époque mais aussi certains de ses confrères écrivains, car il avait osé parler du nationalisme et de son approche par les écrivains obéissants des ces temps-là. Ensuite, en 1992, il a publié dans l’hebdomadaire d’opinion Revista 22, dirigé à l’époque par Gabriela Adameşteanu, un essai où il se permettait d’aborder l’engagement légionnaire, d’extrême droite, de Mircea Eliade, violant ainsi un tabou de notre culture et posant la question de l’implication de l’intellectuel dans une idéologie malheureuse. Et puis, troisièmement, en 1997, lors de la parution du Journal de Mihail, Norman Manea a parlé des incompatibilités, du fait que, en citant Sebastian, il n’existe pas d’incompatibilités dans la culture roumaine. Norman Manea a toujours été fasciné par les nuances, mais n’a jamais évité de trancher dans le cas de sujets que nous passons d’habitude sous silence. »



    Prenant comme point de départ les remarques de Norman Manea, Carmen Muşat a posé la question suivante: pourquoi notre rapport à la mémoire se crispe-t-il quand nous le mettons devant le miroir de la vérité ? Norman Manea : « Je ne suis ni polémiste ni provocateur – en tout cas, je ne me vois pas ainsi. Je nai fait quexpliquer mon opinion personnelle, mon point de vue sur la place de la littérature dans lhistoire dune nation. Jai parlé des périodes plus difficiles de lhistoire roumaine, mais, en règle générale, je refuse demployer des termes collectifs, généraux sur les Roumains, les Juifs etc. Moi, je me concentre sur lindividu, sur ce quil peut et doit faire, sur les différences radicales de personnalité entre nous. Pour ce qui est de la mémoire, jai constaté que les cas dautoanalyse et danalyse critique des erreurs sont plutôt rares dans lhistoire des Roumains. Et cela est la conséquence d’un certain hédonisme – les Roumains, dont je fais partie, sont un peuple hédoniste, à mon avis. Un des arguments à l’appui de cette affirmation, c’est justement ce dicton populaire comme quoi nous navons pas donné des saints au monde, nous avons donné des poètes. Lhédoniste profite à fond des joies de la vie, il sintéresse plutôt à lart quau sacré. Cela implique aussi une certaine capacité dadaptation à limmédiat, ce qui peut engendrer un certain oubli du passé ».



    Dans ces conditions, quel pourrait être le rôle de lintellectuel au sein de la société contemporaine, post-totalitaire à certains endroits de la Terre, une société se trouvant constamment sous la menace de toute sorte de crises? Voilà une autre question-défi lancée par la journaliste Carmen Muşat à lécrivain Norman Manea, lors du débat organisé dans le cadre du Festival international de littérature et de traductions – FILIT de Iasi. Et voici la réponse de lhomme de lettres: « Jévite de proposer ou dimposer des rôles à qui que ce soit. Il y a des intellectuels qui se sont renfermés dans leur existence de penseurs, dautres qui se perdent dans la masse et cela pour mieux lutter pour un idéal. Autant de choix personnels. Je veux croire – et je serais heureux sil en était ainsi – que lintellectuel joue un rôle positif dans le débat national. Sa position et sa mission saffaiblissent de plus en plus au sein de la société moderne, une société pratique, plutôt mercantile, où largent fait la loi. Les intellectuels de premier rang, ceux qui ont joué le rôle de formateurs sociaux, sont maintenant en retrait et je ne pense pas quils savancent au premier plan. »



    Notons, enfin, que le Festival international de littérature et de traductions de Iasi a été organisé sous légide de la Mission de la Commission européenne en Roumanie. Il a réuni quelque 300 professionnels du livre roumains et étrangers, issus de toutes les branches de ce domaine, depuis les écrivains et les traducteurs jusquaux critiques, éditeurs, distributeurs et libraires. (trad.: Ileana Taroi, Andrei Popov)

  • Le Festival International de Littérature  et de traduction de Iaşi

    Le Festival International de Littérature et de traduction de Iaşi

    Après la première édition, en 2013, du Festival International de Littérature et de traduction de Iaşi (FILIT), le quotidien espagnol El Pais parlait de cet événement culturel comme du festival littéraire le plus important d’Europe de l’Est“, tandis que le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung écrivait qu“un événement d’une telle envergure européenne n’avait jamais existé auparavant en Roumanie“.



    La deuxième édition du Festival international de littérature et de traduction de Iaşi réunit du 1er au 5 octobre plus de 300 professionnels du livre, du pays comme de l’étranger, écrivains, traducteurs, éditeurs, organisateurs de festivals, critiques littéraires, libraires, distributeurs de livres, managers et journalistes culturels.



    Tout au long du festival, le public rencontrera Herta Müller, Prix Nobel de littérature, David Lodge, un des prosateurs les plus appréciés au monde et considéré comme un écrivain classique mais vivant de la littérature anglaise et mondiale, Norman Manea et Mircea Cărtărescu, dont la presse internationale affirme chaque année qu’ils ont de grandes chances de décrocher le Nobel. En octobre 2009, Herta Müller, poète et écrivain allemande d’origine roumaine, devenait la douzième femme lauréate du prix Nobel de littérature, pour avoir « avec la densité de la poésie et la franchise de la prose, dépeint l’univers des déshérités ».



    Un des auteurs étrangers les plus populaires en Roumanie, David Lodge, réputé romancier, dramaturge et scénariste britannique, est choyé tant par les critiques littéraires que par le grand public. Sa présence au Festival international de littérature et de traduction de Iaşi est d’autant plus importante qu’elles ont été rares ses apparitions publiques aux festivals de ces dernières années. En plus, c’est sa première visite en Roumanie.



    Invité au micro de RRI, Dan Lungu, écrivain roumain et manager du FILIT, nous a parlé de quelques-uns des défis lancés par l’édition 2014 de ce festival : ”Le plus grand défi est celui que le festival fait peau neuve. Nous avons donc pensé à de nouveaux genres d’événements et à des invités sur mesure. Par exemple, Guillermo Arriaga, scénariste très connu et auteur de romans, à qui nous dédions toute une soirée. C’est un nouveau genre d’invités, car à l’édition antérieure du festival nous n’avons pas convié de scénaristes. A notre avis, c’est une bonne idée que d’ouvrir le festival à d’autres types de littérature. Autre nouveauté de la présente édition: prolonger le festival au-delà des cinq journées prévues. Aussi avons-nous mis en place des résidences de traducteurs, parce que le festival s’adresse à eux aussi. Bien sûr que les traducteurs sont présents pendant toute la durée du festival. Ils ont ainsi l’occasion de faire la connaissance des écrivains et de s’entretenir avec eux. Le plus important c’est qu’ils aient une période de détente et qu’ils bénéficient d’un petit financement leur permettant de mener à bien leurs projets de traduction. Voilà pourquoi nous avons organisé cette année six résidences pour les traducteurs ”.



    Déroulé sous le patronage de la Représentation de la Commission Européenne en Roumanie, le Festival international de littérature et de traduction de Iasi attend le public au Théâtre National de la ville pour assister à des soirées de lecture, des rencontres avec les écrivains préférés, des concerts et des tables rondes. Organisé dans le cadre du Festival, le Salon du livre, BOOKFEST, se donne pour objectif de promouvoir les offres des meilleures maisons d’édition de Roumanie.



    Pour plus de détails, passons le micro à Dan Lungu, manager du FILIT : « Parmi les grandes nouveautés de l’actuelle édition, je mentionnerais la présence, aux côtés des auteurs étrangers, de dix traducteurs roumains venus à Iasi avec le concours de l’Union des écrivains de Roumanie et de l’Institut culturel roumain. Nous aurons donc un tableau complet de tout un univers littéraire qui jouira de la présence des écrivains, traducteurs, journalistes, managers, agents littéraires. Et il ne faut surtout pas oublier le public. En 2013, on a recensé plus de 30.000 visiteurs ».



    Cette année, le Festival international de littérature et de traduction de Iasi comporte, en première, une section consacrée à la poésie. Plus de détails sur « La Maison de la Poésie » et « la Nuit blanche de la poésie », avec Corina Bernic, coordinatrice de la section : « On se réjouit de voir que le festival rassemble un public de plus en plus nombreux. Lors de la précédente édition, on a lancé un projet pilote pour tester la capacité du public à résister à un marathon de poésie, une nuit blanche en vers passée en présence d’une trentaine de poètes roumains et étrangers. Avec pour modérateur l’écrivain Claudiu Komartin, le projet a réuni l’année dernière plus de 500 personnes, un chiffre qui a dépassé nos attentes et qui nous a encouragés à continuer. Comme vous voyez, le public de Iasi est épris de poésie et de prose aussi. Cette année, nous envisageons d’élargir un peu le projet. A part une deuxième Nuit Blanche de la Poésie, dont les modérateurs seront Silvia Dancu et moi-même, le public sera invité à une série de lectures des poètes roumains ».



    Une vingtaine de poètes de Roumanie se donneront rendez-vous avec le public à la Maison Dosoftei de Iasi, fameuse pour avoir accueilli au XVIIème siècle la première imprimerie de Moldavie. Les amateurs de littérature en vers auront ainsi l’occasion de connaître et entendre les voix les plus importantes de la poésie roumaine contemporaine. (Mariana Tudose, Ioana Stancescu)

  • Le Festival international de littérature et de traduction de Iasi

    Le Festival international de littérature et de traduction de Iasi

    Une centaine dévénements, 200 invités du monde des livres, plus de 12.000 spectateurs — voilà le résumé statistique de la première édition du Festival international de littérature et de traduction de Iaşi (FILIT) – qui a eu lieu à la fin du mois doctobre. Des auteurs et des traducteurs prestigieux de littérature contemporaine ont partagé des expériences professionnelles diverses, ce qui a permis aux lecteurs passionnés de découvrir ce quest lécriture dun roman, comment vivre de la création littéraire, comment on peut devenir un traducteur à succès.



    Le Festival international de littérature et de traduction a prouvé, dès sa première édition, quil a sa place parmi les plus importants événements du genre du monde de la culture – une affirmation qui appartient à Ulrich Schreiber, fondateur et directeur du Festival international de littérature de Berlin, une des plus grandes manifestations culturelles dEurope. “Le public a été extraordinaire, la presse internationale a été quelque peu prise de court puisque personne nimaginait quune telle chose puisse être possible à Iaşi, ville dont on entendait parler pour la première fois.



    Moi-même, jai été étonné.”, disait lécrivain Dan Lungu, manager du FILIT, lorsquil a remercié les bénévoles et léquipe organisatrice. “Bref, cet événement est allé loin au-delà de mes attentes, la solidarité des institutions autour du projet a été extraordinaire, le public a été nombreux, la presse – active et appliquée. Cest un festival professionnel, qui vise très haut et qui jouit également dune très large participation. Je peut dire que le FILIT na rien à envier aux grands festivals dEurope.”



    Lécrivaine Florina Ilis. ”Au deuxième jour du festival, nous avons rencontré les élèves du Lycée Mihai Eminescu, et à Paşcani, lécrivain Radu Pavel Gheo a participé à une lecture de texte, suivie dun débat avec des lycéens de la ville. Moi, jai essayé dêtre présente à un maximum dévénements, car il ma été impossible de participer à tous. Ils en ont été nombreux, très bien organisés, ce qui a rendu le choix très difficile.”



    Le poète Mircea Dinescu avait lui aussi répondu à lappel des organisateurs du Festival international de littérature et de traduction de Iaşi. “Cétait sympa, il y a eu beaucoup de monde qui a vibré à ma lecture et à mes propos. La rencontre a été assez gaie, ce qui nest pas la règle; dhabitude les réunions de ce genre sont plutôt ennuyeuses et moi, je ne supporte pas ça. Je naime pas ennuyer les gens avec de longs poèmes, qui ne sont pas faits pour être lus devant un public. Il existe une diversité de genres poétiques, certains se prêtent à une lecture publique, dautres non. Jai aussi apprécié la diversité des structures et des écritures poétiques, tout a été très bien.”



    Lécrivaine Adriana Bittel. “Moi, je crois que ça a été une grande réussite, de par la qualité des écrivains invités et de lintérêt surprenant du public. Jai trouvé extraordinaire de voir, lors de certaines séances de lecture ou de rencontres, des centaines de gens venus connaître les écrivains et acheter leurs livres. Or, cet intérêt est lultime satisfaction de tout auteur. Les organisateurs du festival ont fait un travail extraordinaire et je peux me déclarer heureuse.”



    Choyés pendant tout le festival, les jeunes ont eu le dernier mot : un jury de 20 élèves des meilleurs lycées de Iaşi, a élu “le livre le plus aimé de lannée 2012”, un projet de lInspection scolaire départementale Iaşi. “Le Festival international de littérature et de traduction existe parce que la littérature roumaine le vaut bien. Cest une très bonne période pour les livres des auteurs roumains, tout comme pour les films de Roumanie, malgré les temps économiquement difficiles que nous vivons”, pense le traducteur néerlandais Jan Willem Bos. La traductrice française Laure Hinckel a apprécié elle aussi la qualité de ce qui sest passé à Iaşi: “Je salue lexistence de ce festival.



    Le FILIT est organisé en province, sans lappui du centre, cest un festival porté par de nombreux bénévoles et par des programmes conçus effectivement pour le destinataire, pour le lecteur, surtout pour les jeunes.” (trad. : Ileana Taroi)