Category: RRI Culture

  • Cinété à Bucarest

    Cinété à Bucarest

    Du 11 juillet au 11 septembre, la Fondation 9 invite les Bucarestois à visionner, en plein air, à partir du 21 h, des films classiques et contemporains. Intitulé Cinété, ce projet, qui en est à sa première édition, fait partie dun programme qui a déjà une riche tradition. Ecoutons Anca Drăgoi, coordinatrice de projet: « Au cœur de la capitale roumaine, un beau bâtiment de patrimoine abrite la résidence artistique de la BRD –Société générale, connue sous le nom de Scène 9. Le projet qui sadresse notamment au jeune public est orienté vers la zone dexploration ou dexpérimentation artistique. Nous tentons dy inclure le plus grand nombre possible de domaines culturels et artistiques. Voilà pourquoi nous abritons et produisons des évènements culturels. Parmi eux, le débat qui sinscrit dans le programme Echanges de mercredi, coordonné par la poétesse Svetlana Cârstean, avec qui nous avons un partenariat conclu il y a assez longtemps. Nous déroulons aussi notre propre projet cinématographique, baptisé Cinété et qui consiste en des projetions de films en plein air. A cela sajoute toute une série dexpositions darts visuels censées faire découvrir au public des artistes contemporains de Roumanie et de létranger. Bref, il sagit dun espace dexpérimentation, qui offre aussi à certains artistes la possibilité de sexprimer. »



    Notre interlocutrice, Anca Drăgoi, nous a également décrit la réaction du public à légard de leffort créatif des artistes: « Le public a vraiment besoin de cette diversité. En témoignent aussi bien les retours positifs que le nombre croissant de participants à nos événements. Il faut savoir que chaque art a son public qui réagit de manière différente. En déroulant ces projets, notre fondation envisage de rapprocher la culture des gens, de la rendre toujours plus accessible, didentifier de nouvelles modalités permettant de mener un dialogue de plus en plus engagé, ouvert et amical avec le grand public ».



    Anca Drăgoi nous a fourni des détails sur le programme Cinété 2019: « Le projet Cinété a été créé cette année. Nous avons voulu profiter du fait que lédifice où ont lieu nos activités dispose dune très belle cour, dun jardin dété, que nous souhaitons animer durant lété. Comme le projet nen est quà ses débuts, nous avons pensé à une offre artistique invitant à la détente sans pour autant perdre de vue la récupération de la mémoire culturelle, soit une des missions assumées par la Fondation 9. Voilà pourquoi on combine des films darchives de Roumanie et de France avec des productions cinématographiques récentes des deux pays. Nous nous réjouissons que la sélection ait été faite par le prestigieux commissaire international dexpositions Richard Pena, directeur émérite du Festival du Film de New York et professeur détudes cinématographiques à lUniversité Columbia. Cest lui en fait qui a proposé ce mélange entre vieux et nouveau. Doù le slogan de cette première édition de Cinété Classique et récent .Un autre trait caractéristique de cette première édition cest le fait de présenter exclusivement des films portant la signature de réalisatrices. Les deux dernières projections font partie du programme « lEurope créative », qui vise à mettre en valeur des espaces et des édifices historiques par le biais de projections de films en plein air. »



    Sur la liste des réalisatrices dont les films figurent à laffiche de Cinété on retrouve Agnès Varda, Elisabeta Bostan, Claire Denis ou Ruxandra Zenide. (Trad.Mariana Tudose)


  • Jacques Audiard et Cristian Mungiu parlent cinéma

    Jacques Audiard et Cristian Mungiu parlent cinéma

    Deux noms qui parlent sûrement aux passionnés de
    cinéma : l’un français, l’autre roumain, tous les deux réalisateurs de
    film réputés et appréciés. Pour preuve, ils ont tous les deux gagné la
    prestigieuse Palme d’Or et leurs films suscitent à chaque fois l’intérêt du
    public et des critiques.





    Le dernier
    film de Jacques Audiard, Les frères Sisters, a été pour les deux cinéastes
    l’occasion de travailler ensemble. Cristian Mungiu était l’un des producteurs
    exécutifs de cette coproduction France-Etats-Unis-Espagne-Roumanie, dont la
    partie studio a été tourné presqu’intégralement en Roumanie.

    Une interview d’Elena Diaconu.

  • Le sorcier dentu

    Le sorcier dentu

    Dans chaque adulte existe quelque part un gamin qui aime bien faire le malin, qui nous pousse de temps en temps à frapper dans un ballon égaré dans la rue, qui nous arrête devant lécran de la télé à chaque fois quon tombe, par hasard, sur un dessin animé. Cest par ces mots que lécrivaine, Veronica D. Nicolescu, parle du livre pour enfants “Le sorcier dentu” de Calin Torsan, paru dernièrement chez les Maisons dédition Polirom Jeunesse. Grand gagnant du premier concours de littérature pour enfants organisé par Polirom, Calin Torsan est un musicien passionné du jazz et de limprovisation et membre de plusieurs groupes tels Multumult ou encore torsan/balan. “Le sorcier dentu” cest son troisième livre après “Plasterca” et “Tout, rien que pour papa” parus chez la Maison des paris littéraires.



    Ecoutons Calin Torsan parler de son dernier bouquin: “Le roman se construit autour de lidée du temps qui passe, un thème délicat auquel même les enfants peuvent accéder, si on sait leur expliquer. A vrai dire, ni même pour nous, les adultes, il nest pas toujours évident cette différence entre le passé, le présent et lavenir. Cest justement de ça que mon livre parle. De ça et de lécart entre la vie réelle et celle virtuelle. Le sorcier dentu nest, en fait, que le temps qui se nourrit des choses qui nous entourent, de nos vies et de nos corps, qui se fait remarquer même dans la vie de nos enfants quon voit grandir et quon a du mal à comprendre à partir dun certain moment. Après, jai insisté aussi sur la différence dâge entre certains parents et leurs enfants, parfois presque insurmontable si lon pense à un gamin de dix ans, par exemple, dont la mère ou le père ont déjà la quarantaine. Cest comme si le sorcier se mêle pour nous séparer. Du coup, par mon livre, jai essayé de tisser une sorte de rituel du passage du temps. Le bouquin souvre par un mantra qui dit “Pit était un type atypique/ Un nain apathique” et finit également par un mantra“.



    Et puisque le roman sadresse aux enfants de plus de 9 ans, il est tout à fait normal quil sattaque aussi au thème de la numérisation et des technologies de l’information qui souvent ne font que creuser davantage lécart entre parents et enfants. Aux dires de son auteur, le roman sadresse aussi bien aux gamins quà leurs parents. Calin Torsan: “Jai essayé de proposer aux lecteurs une sorte de jeu entre la vie et la non-vie. Une sorte de mélange dont je suis très fier et qui me pousse à inviter grands et petits à se réunir autour de mon histoire comme autour dun feu de camp. Il y a des passages qui laissent la place aux débats et même si la lecture du roman nest pas menée jusquà la fin, jespère, au moins, quelle constitue une occasion de dialogue entre parents et enfants. Jaimerais bien savoir que mon bouquin a provoqué des discussions matinales ou nocturnes entre un enfant et ses parents“.



    A part lhistoire proprement dite du sorcier, le bouquin attire par les illustrations magnifiquement réalisées par Carla Dushka que Calin Torsan présente: “Cest une très bonne amie à moi. Jai eu la chance de me voir accorder par mon éditeur toute la liberté de choisir la main qui fasse les dessins et jai préféré celle de Carla à celle d’un dessinateur proposé par les Maisons dEditions. Je lui ai fait entièrement confiance, je ne lui ai pas fait de suggestions et du coup, je fus agréablement surpris quand jai vu le résultat. En fait, ces dessins proposent des solutions aux problèmes soulevés par le texte et ça, jai adoré“.



    Même si Calin Torsan ne veut pas voir son bouquin inscrit sur la liste des lectures obligatoires pendant les grandes vacances, “Le sorcier dentu” a toutes les chances dattirer un nombre impressionnant de lecteurs jeunes et moins jeunes.



  • La Force de la fragilité

    La Force de la fragilité

    Une année sest écoulée depuis que Doina Cornea, symbole de la résistance anticommuniste, nous a quittés. Afin de commémorer lexistence remarquable de cette grande résistante, la maison dédition Humanitas a lancé le livre intitulé « La Force de la fragilité », un projet éditorial qui se propose de garder vive la mémoire de Doina Cornea dans la conscience de la société. Pour mieux comprendre le contexte de la parution de ce livre, le philosophe Gabriel Liiceanu explique :



    « A vrai dire, et cest ce qui distingue Humanitas, cette maison d’édition est capable de publier des livres sans aucun conditionnement de rentabilité, car ce qui nous intéresse le plus cest le devoir de remettre en lumière les grands gestes définitoires de notre société, et le geste de Doina Cornea trouve ici sa place dhonneur. Et ce nest pas par hasard, car jai inclus cette idée dans la préface quil mest arrivé de rédiger à loccasion de cette parution. 28 années après la première publication des œuvres de Doina Cornea, republiées dans une nouvelle formule éditoriale en 2006, Humanitas reprend ces écrits et propose maintenant une édition commémorative. »



    Née à Brasov, le 30 mai 1929, dans une famille de paysans profondément chrétienne, Doina Cornea a travaillé en tant que chef de travaux, et maître de conférences au département de langue française de la Faculté de Philologie de lUniversité Babes-Bolyai, à Cluj. Dans les années 80, Doina Cornea avait diffusé des textes et des manifestes contre le régime communiste grâce à Radio Free Europe, la station qui avait soutenu la résistance anticommuniste menée de lautre côté du Rideau de Fer. En 1983, elle a été limogée et soumise, à des enquêtes et à des interrogatoires, subissant des menaces et des agressions physiques de la part des autorités communistes de lépoque. Aux yeux de beaucoup, Doina Cornea fait figure d’héroïne anticommuniste par excellence. Gabriel Liiceanu:



    « Il sagit de la manière dont nous nous référons à la figure du héros avant les années 1990. Javais souvent réfléchi à cette histoire, parce que je nai jamais su et je nai jamais été tenté de commettre des gestes extrêmes qui puissent me transformer en héros. Plus précisément, je nai pas su, ou je nai pas pu, ou je nétais pas capable d’avoir la maturité d’esprit et la vision des gestes extrêmes osés par Doina Cornea, et qui ont le mérite dêtre remémorés. Les gestes extrêmes signifient la capacité dassoir son existence sur des valeurs que lon défend même au prix de sa vie. Doina Cornea compte parmi les peu nombreux qui ont fait cela. »



    Ainsi, comme laffirmait Doina Cornea elle-même, son engagement politique s’est-il révélé en 1965, lors d’un voyage à Strasbourg. Pendant une visite chez des amis, elle les entend critiquer le régime de Charles De Gaulle, dans un café, cest-à-dire dans un espace public, un geste banal en France, mais inconcevable dans son pays. Cette prise de conscience par rapport aux contraintes subies dans la Roumanie communiste, tout comme limpossibilité de s’exprimer librement lui avait insufflé le devoir dagir. Gabriel Liiceanu précise:



    « Doina Cornea na pas réalisé son parcours public et politique dans lidée de révolutionner la Roumanie ou dans lespoir de mettre en place un mouvement de solidarité. Elle a fait cela à cause de sa personnalité qui lavait poussé à me dire à un moment donné: Il ma fallu dix ans pour me façonner un moi-même qui mait permis dagir comme je l’ai fait. Quest-ce que cela signifie? Cela veut dire quà un moment donné, en faisant un bilan de notre vie, nous n’acceptons plus lidée que le simple fait de vivre est la chose la plus importante; au contraire, le plus important c’est de vivre dans des conditions qui ne bafouent pas notre dignité et qui nous laissent exprimer notre liberté. Ce n’est que par une telle prise de conscience que l’on arrive à agir comme Doina Cornea. »



    Doina Cornea avait surtout dénoncé le mensonge et limposture du régime communiste: « Vivre dans la vérité, cest lunique option pour rester alertes, créatifs, libres et ancrés dans ce monde, dans ses buts supérieurs. Uniquement en assumant individuellement ces valeurs spirituelles – perdues ou oubliés sur le chemin – nous réussiront à retrouver en tant que peuple la capacité de résister face aux défis de lhistoire, comme nous l’avons déjà fait dans le passé. »


    (Trad. : Mădălina Spulber)

  • La 11e édition du Festival de film et d’histoires de Râșnov

    La 11e édition du Festival de film et d’histoires de Râșnov

    L’atterrissage sur la Lune, la révolution de ’89, l’éducation, l’homme politique Iuliu Maniu ou la liberté économique — ce sont quelques-uns des thèmes de discussion abordés lors du dernier Festival de film et d’histoires de Râșnov. Cette onzième édition s’est déroulée dans la deuxième moitié du mois de juillet, près de Brașov, dans le centre du pays. D’ailleurs, les débats prennent chaque année plus d’ampleur dans l’économie de l’événement. Mihai Dragomir, directeur exécutif du Festival : « La onzième édition a représenté pour nous un saut en avant pour ce qui est de la qualité de la programmation. Pour commencer, nous avons inauguré un nouvel espace, conçu spécialement pour les débats, dans l’école Peter Thal. Nous souhaitions ainsi donner plus d’importance à ces discussions publiques, et surtout mettre l’accent sur les activités menées avec les élèves et les étudiants qui participent à l’École d’été du Festival. L’année dernière il y a eu 43 débats, cette année 68. C’est aussi une manière d’atteindre le public jeune par notre message. »



    En plus des étudiants, des lycéens de Roumanie et de République de Moldova ont participé cette année à l’École d’été de Râșnov. La réputation du Festival de film et d’histoires, construite dans le temps, est celle d‘un événement qui se penche avec sérieux sur les problèmes du moment. C’est ainsi qu’il se démarque parmi les nombreux festivals organisés chaque année en Roumanie. Mihai Dragomir, directeur exécutif du Festival, sur la place de la Moldova dans cet événement : « Cette collaboration a démarré il y a déjà 5 ans. Au début, c’était une initiative de l’Institut culturel roumain, mais le partenariat s’est élargi entre temps. Maintenant, il y a des entreprises privées qui soutiennent le partenariat. Cette année, nous avons accueilli 15 participants de la République de Moldova. Notre expérience montre que c’est très pertinent pour eux de participer à ces activités. C’est un endroit où ils ont la possibilité de faire des rencontres intéressantes et où ils peuvent parler beaucoup plus librement que dans leur pays. »



    Le succès du Festival de Râșnov a fait apparaître l’idée d’un élargissement de l’événement sur le territoire. L’équipe, soucieuse de réfléchir en termes de développement durable, s’est surtout concentrée sur les petites communautés des alentours de la ville de Râșnov.


    Mihai Dragomir : « Cette décision est survenue naturellement. Après dix éditions, on s’est rendu compte qu’il était dommage de ne pas utiliser nos ressources pour faire voyager nos activités dans les communautés proches de Râșnov. L’idée était justement d’investir ces milieux où la culture est habituellement absente. C’est ainsi qu’en 2019 nous avons décidé d’aller à Codlea et Crizbav. Il y a aussi une dimension de mobilité, car notre public de Brașov s’est déplacé avec nous. Crizbav, par exemple, est un petit village saxon. Notre volonté était aussi de montrer aux habitants de Brașov et aux touristes de la région d’autres points d’intérêt qui attendent d’être découverts. »



    Le Festival de film et d’histoires de Râșnov montre, une fois de plus, que découverte compte parmi ses maîtres-mots. (Trad. Elena Diaconu)

  • District antisismique

    District antisismique

    L’Association roumaine pour la culture, l’éducation et la normalité — ARCEN — œuvre depuis des années déjà pour la valorisation du patrimoine architectural des quartiers historiques de Bucarest. L’équipe de l’association a répertorié, à compter de l’année dernière, 40 zones importantes du centre de Bucarest. Le périmètre ainsi délimité a été nommé District 40. Le président de l’association, Edmond Niculuşcă, détaille :



    « District 40 est une zone historique de Bucarest, avec le Jardin Icoanei en son centre. Nous avons identifié et divisé cette zone à l’aide d’une recherche historique et anthropologique. District 40 va de la rue Mihai Eminescu à la Place de l’Université, et du Boulevard Magheru à la rue Vasile Lascăr. Il y a donc cette parcelle importante du centre-ville que nous avons nommé District 40 où il y a, d’ailleurs, beaucoup d’institutions culturelles. C’est tout l’enjeu du projet, finalement, d’utiliser le maillage culturel existant pour redynamiser cette partie de la ville. »



    Le projet District 40 a deux volets. Le premier, culturel, s’appelle « Les insomnies du district » et compte une série d’événements se déroulant dans différents espaces du quartier. Récemment, ARCEN a aussi lancé le volet communautaire de District 40. Ce sous-projet, « District antisismique », part d’une évidence qui s’est imposée à l’association : une des principales menaces qui pèse sur les immeubles de patrimoine, mais aussi sur leurs habitants, est le grand tremblement de terre qui pourrait se produire un jour dans la capitale roumaine.



    Le lancement de « District antisismique » a eu lieu à l’Institut français de Bucarest, en présence d’habitants du quartier Icoanei, ainsi que de représentants d’autres associations et des autorités. Le projet, qui aura lieu pendant neuf mois, produira une méthodologie qui pourra ensuite être appliquée dans tout quartier à risque sismique de Bucarest et du pays. Edmond Niculuşcă, le président d’ARCEN, précise :



    « ARCEN a une histoire de dix ans dans le quartier du Jardin Icoanei. Il y a dix ans, nous avons sauvé l’Ecole centrale, en débloquant six millions d’euros pour la restauration et la consolidation de ce monument historique conçu par l’architecte Ion Mincu en 1891. Cela a été le point de départ de toute l’histoire qui s’est tissée dans le quartier Icoanei. A un moment donné, dans nos interactions soutenues avec les habitants du quartier, nous nous sommes rendu compte qu’un des problèmes majeurs de cette zone, c’est le risque sismique. »



    Bucarest compte, à présent, 350 bâtiments évalués qui figurent dans la classe 1 de risque sismique et encore 1.500 immeubles dans les classes de risque 2 et 3. Malgré ces chiffres déjà alarmants, on estime que dans la capitale il y aurait deux fois plus de bâtiments qui ne sont pas encore recensés, mais qui présentent des marques visibles de fissures, des traces laissées par les tremblements de terres qu’ils ont déjà traversés.



    Aux côtés des experts de l’Ordre des architectes de Roumanie, de l’Institut national du patrimoine et de la Commission des monuments historiques, l’équipe ARCEN a mis au point une méthodologie pour recenser 98 zones protégées d’ici 2021 dans le cadre du projet « Catalogue de Bucarest ».



    La conscience du danger, la vitesse de réaction et, surtout, la manière correcte de réagir lors d’un tremblement de terre important pourraient sauver des milliers de vies. C’est pour cela qu’ARCEN s’est fixé pour objectif, après le recensement des zones les plus vulnérables de la capitale, de mener des campagnes d’information et des exercices pratiques avec les bucarestois qui vivent dans ces immeubles à risque sismique. (Trad. Elena Diaconu)

  • L’Usine de films amateurs

    L’Usine de films amateurs

    Le projet international de l’Usine de films amateurs, présent en première en Roumanie, a débuté lors de la 18e édition du Festival international de film Transilvania TIFF, et reste ouvert jusqu’à la fin du mois de juillet au Centre régional d’excellence pour les industries créatives de Cluj-Napoca, au nord-ouest du pays.

    Le concept a été créé par le célèbre réalisateur français Michel Gondry (Oscar 2005 du Meilleur scénario original pour « Eternal Sunshine of the Spotless Mind ») et offre au grand public la chance de créer son propre film, sans avoir déjà des connaissances dans le domaine du cinéma. Lors de l’inauguration du projet à TIFF, Michel Gondry a précisé que son intention n’était pas de fonder une école de cinéma, mais de produire un contexte qui permette aux gens de s’amuser avec leurs amis et qui leur offre la chance de mettre dans un film une expérience personnelle ou une histoire qu’ils ont imaginée.

    Claudia Dronc, coordinatrice de la Saison croisée Roumanie-France au Festival de film Transilvania, sur le projet en déroulement à Cluj : « L’Usine de films amateurs est un projet qui facilite l’accès à la culture. C’est un projet ouvert au grand public, qui a ainsi la possibilité de comprendre ce que ça veut dire d’être derrière une caméra et de créer un produit média qu’autrement l’on pourrait voir uniquement à la télé ou en salle de cinéma. Grâce à l’Usine de films amateurs, toute personne, peu importe ses compétences dans les médias ou le cinéma, peut réaliser un court métrage, en trois heures seulement. C’est un protocole assez simple, bien conçu, qui a déjà été testé et repris ailleurs dans le monde. C’est un processus qui permet à tout le monde d’écrire un scénario, de diriger et de jouer dans son propre film. »

    L’Usine de films amateurs met à la disposition des cinéphiles un large choix d’espaces intérieurs et extérieurs, qui offrent de nombreuses possibilités créatives. Une formation d’une heure et demie, qui commence par le choix du titre et du thème du film, est aussi prévue.

    Claudia Dronc, coordinatrice de la Saison croisée Roumanie-France à TIFF, sur les décors que peuvent utiliser les participants au projet : « Ce que nous avons conçu c’est exactement comme un plateau de tournage, avec pour seule différence qu’il n’est pas destiné aux professionnels du cinéma, mais qu’il est pensé pour tout un chacun. Nous mettons tout à disposition, c’est un studio prêt à être utilisé, des décors jusqu’au dernier accessoire, avec, aussi, toute la partie technique : caméras, micros, lumières, absolument tout. C’est pour ça que je dis que nous attendons tout le monde ici. Je le répète : ceux qui prennent part à l’Usine de films amateurs ne doivent pas avoir déjà des connaissances dans le domaine, il suffit juste d’accepter le défi. C’est notre rôle de former les participants très rapidement, selon un protocole précis. Et avec ce studio de tournage clé en main, les choses ne peuvent être que simples. L’idée est que l’on doit être le plus créatif possible, dans ce cadre précis. Dans ces groupes qui se forment, on fait de nouvelles rencontres, on peut être inspiré par les décors, c’est pour cela que nous voulons que le scénario soit écrit sur place. »

    Avant d’arriver à Cluj-Napoca, l’Usine de films amateurs a déjà ravi le public de tous les âges de 17 villes, dont Montréal, Buenos-Aires, Frankfort, Moscou, Rotterdam, Paris ou Cannes. Michel Gondry travaille actuellement à un documentaire sur le sujet. (Trad. Elena Diaconu)

  • B-FIT in the Street

    B-FIT in the Street

    Voilà onze ans déjà que Bucarest se transforme en été, trois jours durant, en une immense scène où s’invitent des troupes de théâtre de rue du monde entier. Danses, parades, accrobaties, fanfares, musique, bref, B-FIT in the Street, organisé par la Municipalité de Bucarest et ARCUB, est un véritable régal pour une capitale de plus en plus branchée.

  • Vacances au Musée du paysan roumain

    Vacances au Musée du paysan roumain

    Selon une tradition
    déjà bien établie à Bucarest, le Musée du paysan roumain a toute une
    programmation dédiée aux enfants, pendant les vacances d’été. Sous le nom de
    « Nous voulons aussi partir en vacances avec vous », la série
    d’événements se déroule cette année tout le long du mois de juillet. Les 14
    ateliers prévus mêlent apprentissage informel et jeu.

    Valentina Bâcu,
    muséographe et animatrice d’atelier, détaille : « C’est un programme dédié principalement aux
    enfants, mais pas seulement. Les 14 ateliers sont pensés pour les enfants, à
    partir de l’âge de deux ans, mais également pour les familles. Nous encourageons
    ainsi les parents à passer du temps de qualité en compagnie de leurs enfants. Et pas uniquement les parents, mais aussi
    tous les adultes avec une âme d’enfant. Nous proposons aussi des
    ateliers pour les ados, avec une offre plus variée cette année. Il y a un
    atelier de journalisme radio, un autre sur la réalisation des films
    d’animation, un sur la retouche des photos et un atelier de musique. Ce dernier
    jouit d’une certaine notoriété : l’atelier s’appelle « Histoires à
    oreilles » et c’est l’écrivain et musicien Călin Torsan qui l’anime, il explique aux enfants le fonctionnement des
    instruments musicaux traditionnels. »


    Des adultes avec une âme d’enfant, mais aussi des ados et des jeunes attachés
    au Musée du paysan roumain. Une partie d’entre eux viennent ici depuis
    l’enfance, emmenés par leurs parents ou grands-parents, pour participer aux
    ateliers qui s’y tiennent depuis des années. Valentina
    Bâcu précise : « Autour du musée s’est formée une communauté de
    parents et d’enfants quifréquent le Muséetoute l’année, pas seulement pendant
    les vacances. Il y a des enfants qui ont grandi, mais qui continuent à venir
    chez nous. On s’est rendu compte qu’il fallait garder le rythme si on voulait maintenir
    ce lien. Nous avons alors cherché à imaginer des ateliers adaptés au monde
    digital, comme l’animation et la retouche photo. D’ailleurs, ces activités
    s’inscrivent dans la continuité d’autres projets du Musée du paysan roumain,
    comme, par exemple, l’Archive d’image. Nous essayons de nous tenir au courant des
    nouvelles technologies et d’aller à la rencontre des attentes de notre jeune
    public. »


    Valentina
    Bâcu nous donne davantage de détails sur les trois ateliers du programme
    « Nous voulons aussi partir en vacances avec vous » qu’elle anime
    cette année : « Il y a tout d’abord un
    atelier de conception de journaux de vacances à l’aide de différentes
    techniques. Les enfants peuvent prendre comme point de départ soit les
    personnages des livres qu’ils lisent, soit leurs propres vacances. Il y a des
    enfants passionnés des cartes, qui y trouvent de l’inspiration pour construire
    leurs journaux intimes. D’autres dédient leurs carnets aux lectures ou aux
    voyages. Nous les encourageons à créer des choses eux-mêmes et à ne pas être tropperfectionnistes,
    de sorte que le résultat final compte moins que le travail en lui-même et la
    créativité. Il y a aussi un atelier d’animation, qui s’adresse aux enfants âgés
    de plus de 10 ans et qui se déroule sur deux sessions de deux à trois heures.
    Nous utilisons la technique d’animation la plus simple, mais qui demande
    beaucoup de patience, car il faut photographier chaque cadre, un par un. Les
    personnages sont déplacés petit à petit pour créer à la fin l’effet de mouvement.
    Chaque enfant devient ainsi réalisateur d’un court métrage inspiré par les
    vieux contes roumains. Le troisième atelier que j’anime est basé sur des photos
    d’antan. En fait, nous adaptons des photos de l’archive du Musée au contexte
    contemporain. Les enfants sont invités à créer un dialogue entre des photos
    qu’ils ont prises eux-mêmes et de vieilles photos en noir et blanc. Ils doivent
    alors choisir soit de voyager dans le passé, soit de transposer les vieilles
    photographies dans le présent. »


    Les
    grandes vacances ont toujours été l’occasion de s’adonner à des occupations
    pour lesquelles le temps manque le reste de l’année. Peut-être l’exemple des
    ateliers du Musée du paysan roumain de Bucarest vous fournira des idées pour
    vos propres activités créatives de cet été. (Trad. Elena Diaconu)

  • Le Festival du café

    Le Festival du café

    Cela fait quatre ans déjà que le centre-ville de Bucarest accueille au printemps, le Festival du café, un événement qui réunit trois jours durant, importateurs, amateurs et commerçants de cette boisson tellement appréciée en Roumanie. L’idée d’un tel festival date depuis pas mal d’années, à l’époque où on avait ressenti, sur le marché roumain, le besoin d’avoir affaire à un consommateur de café plus raffiné que celui des premières années de démocratie.

    Silvia Constantin, organisatrice du festival, se penche sur l’essor que les cafés de Roumanie ont connu et sur la façon dont les goûts des clients ont évolué : « Ce fut en 2006 qu’on a mis en place l’Association du café de spécialité, membre de l’Association mondiale du café de spécialité. C’est un organisme qui s’occupe à organiser des compétitions de baristas, un terme italien qui signifie littéralement « personne derrière un bar », soit barman, et qui font partie des compétitions internationales. Du coup, on avait besoin d’une plate-forme pour organiser tous ces concours. Le Festival s’adresse à tous ceux qui souhaitent apprendre à boire correctement leur petit café, qui s’intéressent à la qualité des grains et qui veulent savoir les bonnes adresses pour se procurer du café fraîchement moulu. Donc, par ce festival, tout comme par tous les concours qu’on a lancés, on s’est proposé d’éduquer le consommateur. Ce fut là notre idée de départ. Il faut préciser qu’en 2006, quand on a créé l’Association, les Roumains ne consommaient que du café italien ou turc. A l’heure où l’on parle, on trouve en Roumanie pas mal d’endroits où le café est moulu sur place. Or ça, c’est nouveau et prouve que les choses changent. Après, les baristas aussi sont de plus en plus doués. »

    Sur l’ensemble des variétés de café présentes sur le marché, les Roumains préfèrent notamment le café colombien et brésilien. Quant aux différents types de préparation, ils privilégient l’expresso et le latté. Pourtant, plus le choix est grand, plus les goûts et les habitudes changent. Si jadis les Roumains aimaient bien débuter leur journée par une grande tasse d’américano qu’ils dégustaient dans leur cuisine, de nos jours on est de plus en plus nombreux à acheter notre café pour le boire en route vers l’école ou le travail.

    Silvia Constantin : « Cette habitude est une conséquence de l’apparition des « coffee shops » dont l’existence a influencé les habitudes des gens. Ils sont de plus en plus nombreux ceux qui préfèrent y entrer pour s’acheter un bon café plutôt que de le prendre, au boulot, dans une machine à café. Bien sûr, cela dépend aussi de leur niveau d’éducation et de leurs possibilités financières. Tout s’enchaîne. Les nouvelles générations, elles, préfèrent le café à emporter. Le week-end, les gens aiment sortir, prendre leur café en ville. Et puis, il y a aussi les bistros de quartier fréquentés par les habitués qui s’y rendent chaque matin, pour faire la causette pendant qu’ils ont droit à leur petit café. C’est une occasion d’échanger avec les voisins et cela n’arrive pas qu’à Bucarest, mais ailleurs aussi, à Cluj, par exemple, ou à Constanţa, Timişoara ou Iaşi. D’ailleurs, parallèlement au café, les petits bistros vendent aussi d’autres choses, en encourageant la vente du thé, du sirop ou des gâteaux. En fait, plus la consommation de café de spécialité augmente, plus d’autres affaires se développent aussi. »

    Véritable occasion pour les cafés participants de mettre en avant leur amour pour cette boisson qui se décline à l’infini ou presque, le Festival du café, l’édition 2019, a eu lieu au cœur de la capitale, plus précisément à l’Auberge de Gabroveni. Trois jours durant, le café a embaumé l’air au centre-ville de Bucarest, en attirant clients, baristas et importateurs. Si les Bucarestois se sont abandonnés à la saveur d’un latté ou d’un allongé, les baristas, eux, ont fait la preuve de leur talent à l’occasion des championnats nationaux de Latte art, du café in a Good Spirit et de Cup Tasting, l’édition 2019. (Trad. : Ioana Stăncescu)

  • Carsten Seiffrath et les sons de la ville

    Carsten Seiffrath et les sons de la ville

    Les villes sont souvent considérées
    comme un facteur de perturbation de la vie quotidienne. Si, au début du siècle
    antérieur, la vie en ville était fort convoitée, aujourd’hui la population
    essaye plutôt de s’éloigner des grandes agglomérations urbaines. On parle de
    plus en plus de pollution sonore, mais également des effets néfastes que le
    bruit peut avoir sur les fonctions neurologiques humaines, en particulier sa
    fréquence et son intensité. De toutes les manifestations désagréables d’une
    longue exposition aux bruits urbains, le tintement est probablement la plus
    commune, mais aussi la plus difficile à traiter. Ce son qui persiste dans l’oreille
    même dans le silence de notre propre maison peut nous empêcher de dormir et
    même mener à l’insomnie chronique ou encore à la dépression.

    Par contre, il
    existe des artistes qui étudient le son ambiant et qui croient que l’espace
    urbain peut être « apprivoisé » par la prise de conscience des bruits
    auxquels nous sommes exposés en tant que partie intégrante de notre vie moderne.
    L’un d’entre eux, l’Allemand Carsten
    Seiffarth, qui est également le fondateur
    et le directeur artistique de la galerie d’art sonore « Singuhr -
    Hörgalerie » de Berlin, nous donne plus de détails sur l’exposition
    présentée à Bucarest accueillie par l’Institut Goethe. « L’exposition présente l’activité de la ville de Bonn sur une dizaine
    d’années. Depuis 2010, je m’occupe de projets avec des artistes du domaine
    audio qui résident
    à Bonn. Ils interagissent avec l’espace public, avec les différents
    lieux fréquentés en ville au cours d’une année ou deux, voire même six. Ils se documentent
    sur ces incursions et les présentent ensuite dans des expositions avec des photos,
    des textes et des vidéoclips. Les artistes s’expriment alors à travers
    différentes situations. Tout ceci n’est que le prélude de l’exposition de
    Bucarest. Il y a aussi des artistes qui font des ateliers oùils présentent divers projets. Il s’agit de travaux acoustiques,
    de concerts et de discussions sur le sujet en question. L’exposition offre le
    cadre nécessaire pour ce genre de projet. »


    Les sons emportent et conduisent
    l’empreinte des villes plus loin. Il arrive souvent que les touristes soient
    surpris par les différences, mais aussi bien par les ressemblances des espaces
    urbains des différents continents. Carsten Seiffarth croit que de ce point de
    vue, la ville de Bucarest est éclectique car les zones extrêmement bruyantes y
    coexistent avec les oasis de silence. « Nous
    percevons toujours la conception visuelle des espaces dans lesquels nous
    vivons. Les publicités sur les grands panneaux et les immeubles en verre sont
    caractéristiques aux grandes villes. Les
    tendances modernes ont également conquis de petites villes, comme la ville
    d’Aix-la-Chapelle par exemple. Lorsqu’on parle de sons urbains, il s’agit de la
    perception qu’ont les habitants d’une ville sur chaque son à part. Il existe
    des sons spécifiques à un lieu en particulier, comme il existe aussi des sons
    que nous pouvons retrouver dans le monde entier. Par exemple, à New York, les
    sirènes de police peuvent être entendues partout et il en va de même à
    Bucarest, conformément au standard sonore des grandes agglomérations. Bucarest
    se démarque aussi par les sons que produisent les systèmes de climatisation qui
    se font particulièrement entendre dans les zones les plus tranquilles de la
    ville. Chaque endroit à un son complètement différent. »



    L’art
    sonore gagne de plus en plus de terrain dans le domaine de la culture urbaine,
    au-delà de la musique ou des improvisations sonores. C’est une forme d’art
    fixée dans l’espace et dans le temps. Autrement dit, l’espace, dans ses
    différentes dimensions, entre autres le
    son, est à la base de cette démarche artistique. Il existe des installations
    sonores dans les espaces intérieurs et extérieurs. Dans le cas des espaces extérieurs,
    les situations créées sont beaucoup plus complexes car ces espaces n’ont pas
    été conçus pour accueillir une démarche artistique. C’est pourquoi nous pouvons
    dire que les sons produits par notre existence quotidienne peuvent fasciner et
    créer – pourquoi pas? – un acte artistique.

  • « Dialogues secrets » – un nouveau livre d’Ioana Pârvulescu, lauréate du Prix de littérature de l’UE

    « Dialogues secrets » – un nouveau livre d’Ioana Pârvulescu, lauréate du Prix de littérature de l’UE

    Ioana Pârvulescu, lauréate, en 2013,
    du Prix de littérature de l’UE, vient de publier un nouveau livre :
    « Dialogues secrets », sorti chez la maison d’édition roumaine
    Humanitas et best-seller de la Foire internationale du livre de Bucarest Gaudeamus
    en 2018. Pour ce volume, l’écrivaine a choisi 37 auteurs de la « grande
    bibliothèque du monde », comme elle se plaît à dire, depuis Homère et
    Platon jusqu’à Ionesco et Cioran, en passant par Nicolae Steinhardt et Mircea
    Cărtărescu, et elle a essayé de les relire comme si c’était la première fois. A
    la fin de ces lectures, Ioana Pârvulescu déclarait avoir été conquise, une fois
    de plus par les livres de ces auteurs, grâce à leur caractère actuel et à
    quelques détails qui changent tout. « Le point de départ a toujours été
    une prière tirée de leurs livres, et le commentaire libre que j’en ai fait
    passe naturellement de la littérature à la vie. La littérature est l’endroit
    qui permet à l’intimité de se dévoiler. Dans ce livre, le rideau se lève sur
    les mots prononcés dans le plus grand secret : les écrivains prient (dans
    des pages de journal) et les personnages prient (dans le monde de la fiction).
    Réunis, tous leurs mots les plus sincères et les plus puissants deviennent un
    spectacle formidable de l’humain, créant des moments empreints de
    dramatisme »
    – écrivait Ioana Pârvulescu à propos des « Dialogues
    secrets ».

    Lors du lancement de ce titre, la critique littéraire Tania
    Radu en mentionnait deux qualités essentielles : sa délicatesse et sa valeur
    d’exhortation: « Je voudrais souligner le
    caractère d’écrivain unique de Ioana Pârvulescu dans la littérature roumaine.
    Historienne de la littérature, au début, elle a commencé à écrire des essais et
    ensuite de la prose. A présent, elle pratique tous ces genres à la fois et au
    même niveau, en créant des liens entre eux. C’est un type d’écrivain très rare,
    de nos jours. Quant à son nouveau livre, Ioana nous a avertis qu’elle s’était
    laissé porter par le fil de l’histoire, par le plaisir de raconter. Pour nous,
    ce n’est pas nouveau. La découverte de ce livre a été pour moi une grande
    surprise et son titre neutre – « Dialogues secrets » – m’a laissée un
    peu désemparée, car je savais qu’il s’agissait d’un livre sur les prières des
    écrivains et de leurs personnages. Je me suis rendu compte, par la suite, que
    ce titre ne faisait que diluer l’intensité d’une apparition exceptionnelle dans
    la littérature roumaine actuelle. »


    Bien que la prière soit un moment
    lyrique ou dramatique, le livre qui en est sorti est essentiellement épique. La vérité, c’est que j’aime raconter – même les livres de ma
    bibliothèque, même les vies des pauvres gens, les vies des gens héroïques qui
    les ont écrits – ainsi que leurs dialogues secrets – avouait Ioana Pârvulescu
    en parlant des « Dialogues secrets » : « J’ai essayé de
    relire ma bibliothèque personnelle. C’est ce que j’ai fait. J’ai pris des
    livres de ma bibliothèque personnelle et je les ai relus, sous un autre angle.
    Jadis, j’ai rêvé de réaliser une anthologie des personnages que tout le monde -
    critiques et lecteurs – néglige, ces personnages que l’on oublie d’habitude. Et
    puisque beaucoup de mes étudiants sont présents dans la salle, je prendrais un
    exemple tiré du roman « L’Enigme d’Otilia » de George Călinescu. Qui pense à la servante Marina, de
    « L’Enigme d’Otilia » ? Mon point de départ a donc été cette
    intention de relire la bibliothèque du monde, en me penchant sur toute sorte de
    personnages auxquels on ne fait pas attention, mais que l’auteur a mis là parce
    qu’ils ont leur raison d’être. Généralement parlant, je pense que nous devons
    relire des livres, mais pour que cette lecture ait un sens, on doit suivre un
    fil conducteur. Cette fois-ci, pour moi, le fil conducteur était constitué des
    prières des personnages littéraires. Or, une des prières qui m’a choquée au moment
    où je l’ai lue est celle de Platon Karataev, de « Guerre et Paix », lui
    aussi un personnage d’habitude ignoré. Je me suis arrêtée à cette prière quand
    j’étais étudiante et je ne l’ai pas comprise. C’est de cette petite prière et
    d’autres semblables que ce livre est né. »
    , expliquait Ioana Pârvulescu.

  • Le film roumain “Touch Me Not” à New York

    Le film roumain “Touch Me Not” à New York

    Le film « Nu mă atinge-mă » / « Touch Me Not », réalisé par Adina Pintilie, a été invité à participer au célèbre programme The Politics of Intimacy au Musée d’art Moderne de New York. Les sept projections du film ont eu lieu en présence de la réalisatrice Adina Pintilie et des acteurs Gritt Uhlemann et Christian Bayerling et ont été suivies par des discussions avec le public. La commissaire de l’événement a été l’influent médiateur culturel et critique de film Rajendra Roy, responsable du programme de cinéma du MoMA, et a bénéficié du soutien de l’Institut culturel roumain de New York.

    Tourné durant dix semaines, entre 2015 et 2017, le film « Touch Me Not » réunit des acteurs professionnels et amateurs de toute l’Europe. A la frontière fluide entre fiction, documentaire et art visuel, le film expérimente courageusement, au niveau du contenu ainsi que du langage cinématographique. C’est une investigation très personnelle de l’intimité, de la sexualité et du besoin humain d’authenticité dans les rapports. « Le film essaie de saisir les strates de l’intimité. L’intimité est pleine de dangers. Le revers de l’amour est la haine, l’agressivité, l’incompréhension. Elles font toutes partie d’une même réalité intriquée. Je crois que notre manière de vivre l’intimité est déterminée par beaucoup de facteurs : l’éducation, la culture dans laquelle nous vivons, notre parcours. Pourtant, la réalité de l’interaction avec les autres dépasse tout cela, elle est bien plus complexe », a affirmé la réalisatrice Adina Pintilie.

    Et elle d’ajouter que :« C’est de cette curiosité que le projet est né. Je me suis rendu compte qu’en fait, je ne sais pas grand chose sur l’intimité et sur la nature humaine, alors j’ai commencé une sorte de processus de réapprentissage et de redécouverte des manières parfois étonnantes de vivre l’intimité. J’ai collaboré avec des acteurs professionnels et non professionnels, avec des personnes qui n’avaient jamais travaillé dans le cinéma, mais qui s’intéressaient de près à cette zone de recherche. Le résultat est un mélange entre leurs histoires personnelles et des éléments fictionnels. Nous avons expérimenté avec le psychodrame, nous avons essayé beaucoup de choses qui ont mis en lumière précisément les mécanismes que nous appliquons dans nos relations sans même nous en rendre compte. En fait, tous les personnages se confrontent à cette contradiction entre le besoin d’intimité et la peur de s’engager dans une relation d’interdépendance qui les rendrait trop vulnérables. »

    Ce n’est pas la première fois qu’Adina Pintilie situe son travail à la frontière entre la réalité et la fiction. Ses films sont jugés par la critique comme un phénomène à part dans le cinéma roumain. Ils se distinguent par leur style visuel profondément personnel, par la recherche menée autour du langage cinématographique et par l’examen sans compromis de la psychologie humaine. Adina Pintilie explique ce qui prime pour elle au moment de raconter une histoire avec les moyens du cinéma : « Au départ, on a eu un scénario qui a plutôt donné la structure de notre recherche. Il y a eu une histoire initiale qui nous a servi au moment du casting, mais le casting en question était plus adapté à un documentaire qu’à un film de fiction. A chaque fois, nous avons essayé de connaître la personne devant nous, nous avons utilisé les chansons chères à ces gens, leurs souvenirs, leurs rêves. C’est ainsi que nous avons trouvé les personnes pour démarrer cet atelier de recherche qu’a été « Touch Me Not ». Pendant ce processus, nous nous sommes servis de la fiction comme structure pour travailler avec des éléments réels. Comme l’intimité est une zone difficile pour beaucoup d’entre nous, y compris pour les participants au projet, le fait de travailler avec une structure fictionnelle a créé un espace protégé. Personne de l’équipe ne pouvait savoir ce qui était personnel et ce qui était fictif parmi les éléments utilisés dans le travail avec les acteurs. »

    « Touch Me Not » a reçu l’Ours d’or au Festival de film de Berlin en 2018. « Ce n’est pas un film sur ce que le cinéma peut faire, mais sur là où il peut mener » a motivé le jury du Festival sa décision d’accorder le grand prix au film d’Adina Pintilie. (Trad. Elena Diaconu)

  • Le meilleur de la danse contemporaine roumaine en 2018…

    Le meilleur de la danse contemporaine roumaine en 2018…

    Le monde de la danse contemporaine de Roumanie sest rassemblé à la mi-décembre à Bucarest pour deux événements importants : les prix annuels du Centre national de la danse et le lancement du livre FranceDanse Orient-Express édité par lInstitut français de Bucarest. La double célébration, accueillie par la salle Elvire Popesco de lInstitut Français, a été loccasion pour les acteurs du domaine de se rencontrer et de parler des réalisations passées et des projets futurs. Elena Diaconu a assisté à la cérémonie.




  • Quel avenir pour les salles publiques de cinéma?

    Quel avenir pour les salles publiques de cinéma?

    Les Films de Cannes à Bucarest, arrivé à sa 9ème édition, est un événement déjà bien connu par les cinéphiles roumains. C’est le rendez-vous de l’automne devenu incontournable dans la capitale et dans plusieurs villes de Roumanie. L’événement a été initié en 2010 par le réalisateur Cristian Mungiu, le seul réalisateur roumain à avoir gagné, en 2007, la prestigieuse Palme d’Or. Les Films de Cannes à Bucarest bénéficie chaque année d’une programmation très riche : les films primés à Cannes et dans d’autres festivals prestigieux et les dernières productions roumaines en avant-première. Tout se passe en compagnie d’invités de Roumanie et de l’étranger et vise à créer un dialogue avec le public par l’organisation de nombreux moments de rencontre. Une des rencontres de cette dernière édition a attaqué le fâcheux sujet de l’avenir des salles publiques de cinéma en Roumanie. Elena Diaconu y était présente. Quel avenir pour les salles de cinéma jetées à l’oubli ? Enquête.