Category: Terre Verte

  • Distinction européenne pour la Réserve de la biosphère du Delta du Danube

    Distinction européenne pour la Réserve de la biosphère du Delta du Danube

    Le Conseil
    de l’Europe a remis le Diplôme européen des aires protégées, décerné cette
    année, pour la troisième fois, à l’Administration de la Réserve de la biosphère
    du Delta du Danube, sise à Tulcea, dans le sud-est de la Roumanie. Emise par le
    Conseil de l’Europe, la distinction est l’une des plus prestigieuse qu’il soit
    dans le domaine, eu égard tant les critères scientifiques à respecter par les
    candidats, que le mécanisme de suivi continu que cette reconnaissance
    présuppose.

    Obtenue par le Delta roumain pour la première fois en l’an 2000, la
    prestigieuse distinction européenne reconnaît de la sorte l’importance de la
    flore et de la faune de la Réserve de la biosphère du Delta roumain,
    caractérisée par une extrême diversité, et par son importance en termes de biologie,
    de culture et de valeur de ses paysages, ainsi que l’affirme Ion Munteanu,
    l’actuel gouverneur de la Réserve. « Notons tout
    d’abord l’importance du patrimoine naturel du Delta. Je parle en particulier de
    la flore et de la faune, de la variété des habitats et de l’écosystème abrité
    par le Delta. Ensuite, il s’agit d’une reconnaissance de la qualité de la
    conservation réalisée, une conservation qui répond à toutes les exigences de
    l’Union européenne en la matière. Et, sans me vanter, je dois dire que nous
    avons rempli l’ensemble de ces exigences, vu notamment le grand nombre de
    projets de réhabilitation et de conservation que nous avons mis sur pied afin
    d’arriver à réhabiliter les zones du Delta affectées par l’action humaine au
    fil du temps. Il s’agit de près de 16 mille hectares où l’homme était intervenu,
    pour faire des aménagements piscicoles, et qui ont été rendus à la vie sauvage
    grâce à nos efforts. Les experts européens ont pu constater à l’occasion les
    résultats de ce travail gigantesque de réhabilitation. Je dois dire que les
    actions que nous avons déroulées ont pu s’appuyer sur les compétences d’un
    corps d’experts reconnus, formés aussi bien en Roumanie qu’à l’étranger, ainsi
    que sur l’efficacité de l’action de nos gardes-chasses, qui connaissent et
    maîtrisent la situation dans chaque aire protégée de la Réserve de la Biosphère
    du Delta du Danube. »
    , a-t-il dit.


    A l’occasion de la remise de la
    prestigieuse distinction, le Conseil de l’Europe a néanmoins formulé une série
    de recommandations, pour inclure les dernières données et les dispositifs
    légaux relatifs au changement climatique dans le plan de management de la
    Réserve, pour assurer la conservation à long terme des espèces endémiques. Le
    Conseil a aussi souligné la nécessité d’assurer à l’administration de la
    Réserve un financement adapté à ses besoins, et d’augmenter le nombre de
    personnels de cette administration essentielle à la bonne gestion de la
    Réserve. L’évaluation qui a précédé l’attribution de la distinction a pris en compte
    en égale mesure les résultats de l’analyse des dossiers préparés par les
    spécialistes roumains, que le résultat des missions d’évaluation effectuées,
    sur le terrain, par des experts indépendants. Le rôle de cette distinction est de
    reconnaître, d’une part, l’effort déjà consenti par certains Etats membres de
    l’UE dans la préservation de l’environnement, et, d’autre part, de les encourager
    dans la poursuite de cette dynamique vertueuse. Le gouverneur du Delta explique les principaux défis que son Administration devra affronter dans les
    années à venir: « Cette année a
    été totalement atypique à plus d’un titre. Les gens n’ont plus passé leurs
    vacances à l’étranger, mais au pays, ce qui a amené un afflux important de
    touristes, certes intéressés de découvrir les beautés de notre Delta. Les
    régions côtières, les plages, ont aussi été prises d’assaut, notamment celles
    de Vadu et de Corbu, accessibles en voiture. Le volume du trafic des chaloupes
    à moteur dans le Delta même a été à la hausse, en ignorant parfois les
    limitations de vitesse. En ce qui nous concerne, nous avons mené des campagnes
    de prévention et de sensibilisation, car les touristes ne se sentent pas
    toujours concernés d’office par le fait qu’ils se trouvent dans une zone
    protégée. La surpêche représente encore un problème. L’on parle de braconnage,
    mais il ne s’agit pas à proprement parler de braconnage, mais plutôt d’une
    pêche excessive, qui n’est pas déclarée en totalité, et qui trouve des
    débouchées sur le marché noir. »
    , a -t-il affirmé.


    Le Delta du Danube bénéficie d’un triple statut
    international. En effet, déclaré réserve de la biosphère dans le cadre du
    programme de l’UNESCO « L’homme et la biosphère », il fait également
    partie de la convention Ramsar pour la protection des espèces aquatiques, enfin
    il est inscrit au Patrimoine mondial naturel et culturel de l’UNESCO. Inclus
    également dans le réseau européen Natura 2000, le Delta du Danube comprend
    trois aires protégées et 20 aires strictement protégées, bénéficiant du statut
    de réserve scientifique. C’est là qu’élisent domicile 4 mille familles de
    pélicans, soit la colonie de pélicans la plus grande d’Europe, 320 familles de pélicans
    frisés, espèce en danger, 22 colonies de cormoran et 70 autres colonies de
    différentes espèces d’oiseaux aquatiques. Plus de 20.000 exemplaires d’oiseaux
    aquatiques trouvent chaque année refuge dans le Delta du Danube, sans parler de
    la beauté des paysages, qui font de cette région une fierté européenne. (Trad.
    Ionuţ Jugureanu)

  • Suveiller les cigognes

    Suveiller les cigognes

    Pour une meilleure surveillance des nids des cigognes sur l’ensemble du territoire national, la Société ornithologique roumaine a mis en place, à l’aide d’une compagnie d’électricité, une application pour les smartphones censée permettre à tout utilisateur de signaler la présence de ces oiseaux. Lancé sous le nom de « Voilà la cigogne ! », l’application a jusqu’ici enregistré un chiffre record d’abonnés qui, au total, ont introduit presque cinq mille indices, dont la plupart ont été validés par les experts. Une fois toutes les observations répertoriées, les ornithologues ont recensé 3575 nids de cigognes signalés sur l’appli, un nombre qui s’ajoute aux nids déjà connus par d’autres méthodes. Pour utiliser cette application, rien de plus simple : il faut avoir un portable de type smartphone, activer les données mobiles, compléter un formulaire et prendre le nid en photo. Les données seront par la suite transmises à la Société ornithologique roumaine qui se chargera de leur validation. Il convient de préciser que sur l’ensemble des contributions des abonnés, seulement 2% ont été considérées comme erronées.

    Depuis 2017, année de son lancement officiel, l’application a été téléchargée par presque 10.000 usagers. Quant à la situation sur le terrain, disons que deux tiers des nids recensés se trouvent en haut des poteaux électriques, dans les arbres ou encore perchés sur les toits des maisons. Quant aux régions préférées des cigognes, c’est le département de Tulcea, dans le sud-est roumain, qui en détient la suprématie. Pourquoi est-il important de répertorier correctement les nids de ces oiseaux ?

    Valentin Marin, manager de projet au sein de la Société ornithologique roumaine, explique : « Nous, en tant qu’experts, on s’intéresse non seulement aux cigognes, mais à toutes les espèces d’oiseaux de Roumanie et on le fait de manière soutenue, ce qui nous permet de connaître l’évolution des populations d’oiseaux du pays. Une telle démarche s’avère essentielle car parfois, des changements au sein d’un habitat risquent de porter atteinte aux effectifs de l’espèce en question. Ces changements ne touchent pas seulement les oiseaux. Voilà pourquoi les citoyens devraient s’y intéresser. La croissance ou le déclin d’une population d’oiseaux est en fait une sonnette d’alarme sur le risque que quelque chose de mal est en train de se produire. La souffrance des oiseaux n’est qu’un premier pas qui précède normalement la souffrance des humains en raison d’un changement portant atteinte à leur habitat. Que cela soit en rapport avec la nourriture des oiseaux ou encore avec la qualité des eaux ou de l’air, peu importe. C’est pourquoi nous pensons qu’il est important de savoir ce qui se passe avec les cigognes, car on peut anticiper ainsi ce qui se passera avec nous. Pour les distributeurs d’électricité, il est capital de connaître les endroits où nichent les cigognes, car, souvent, leurs nids posent des problèmes. Par exemple, ils risquent de s’écrouler sur les fils électriques et produire des courts circuits dès que le vent souffle plus fort ou que le mauvais temps s’installe. Une coupure d’électricité ne se traduit pas seulement en coûts, elle crée des désagréments à la population, aussi ».

    Afin d’éviter les accidents, les fournisseurs d’électricité attendent le départ de ces oiseaux pour mettre en place, sur les poteaux électriques, un système métallique permettant de surhausser les nids.
    De retour en terre roumaine, la plupart des cigognes s’installent dans les nids soigneusement préparés spécialement pour eux. On a voulu savoir auprès de Valentin Marin où se situe la Roumanie du point de vue des populations de cigognes qui y arrivent. « L’application Voilà la cigogne ! s’accompagne aussi d’une page Internet dotée d’une carte. Il suffit de chercher « les cigognes de Roumanie » pour tomber sur la distribution des nids déjà répertoriés, tels qu’ils apparaissent sur cette carte. Quelque 6 mille couples de cigognes nichent en Roumanie. C’est plutôt pas mal par rapport aux années précédentes, surtout que la tendance est stable, légèrement à la hausse. Les cigognes n’ont pas souffert ces dernières années depuis que nous menons nos observations. Au niveau européen, ces oiseaux comptent environ 230 mille couples et d’après ce que j’ai eu l’occasion de remarquer, presque 40% des populations mondiales de cigognes nichent en Europe de l’Est. Et puisque la Roumanie se trouve justement dans cette partie de l’Europe, il est évident qu’elle détient, elle aussi, des effectifs importants ».

    La Société ornithologique roumaine est l’organisme indépendant le plus important qui s’occupe de la conservation des espèces d’oiseaux dans notre pays. Elle se donne pour but d’inspirer les gens à contribuer à la protection des oiseaux et de leurs habitats. Quant aux cigognes, il convient de préciser que dernièrement, leurs populations sont menacées. En Roumanie, cette espèce est très appréciée par les gens qui essaient de préserver leurs nids, puisque, si vous ne le saviez pas, les cigognes reviennent toujours au même endroit et on dit que leur présence sur les toits des maisons porte chance. (trad. Ioana Stancescu)

  • Combattre la désertification

    Combattre la désertification

    Le 17 juin a été célébrée la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse, moment privilégié pour nous rappeler que la pollution, le changement climatique, les phénomènes météorologiques extrêmes conduisent immanquablement à la déforestation, à la destruction des cultures et, au final, à la désertification. Ce phénomène touche d’ores et déjà une partie de notre continent, dont la Roumanie, en particulier le sud de pays, soit le bassin du Danube et la région de Dobroudja.

    En l’absence de mesures résolues, les zones touchées ne font que croître, alors que le sable commence à régner en maître sur des étendues autrefois fertiles. La mouture 2018 du rapport de la Cour des Comptes de l’UE met en exergue l’inexistence d’une vision commune sur le sujet au niveau de l’Union, ainsi que le risque d’une désertification rampante de pans entier du sol européen que cela entraîne. Pour le formuler autrement : les Etats membres ont ignoré les fonds européens mis à leur disposition, fonds censés justement combattre le processus de désertification. Sur Radio Roumanie Actualités, le ministre roumain de l’environnement, Costel Alexe, exprimait son attachement à la politique censée combattre la désertification des sols.

    « C’est que nous, à Mârşani, ce village situé dans le département de Dolj, nous avons déjà planté toute une forêt d’acacia, de 1364 hectares, pour stabiliser les sols, pour empêcher les dunes de sable d’avancer. A l’heure actuelle, le gouvernement roumain dispose des sources financières nécessaires, en provenance soit du Fonds d’amélioration- ?, soit de l’Administration du Fonds pour l’environnement, pour procéder à de telles campagnes d’amélioration à grande échelle. Mais il revient aux autorités publiques locales d’identifier ces terrains, de parler aux propriétaires, de les convaincre d’agir. Si l’on n’agit pas tout de suite, dans dix ou vingt ans, ce sera trop tard. »

    C’est dans le département de Dolj, au sud de la Roumanie, que l’on compte la plus grande superficie de sols désertiques, soit environ cent mille hectares. La région a été d’ailleurs surnommée le Sahara roumain. Le processus de désertification de la région d’Olténie, dont fait partie le département de Dolj, est surveillé de près par les experts de l’Institut de recherche et développement pour la culture des plantes Dăbuleni, qui proposent plusieurs options. Aurelia Nedelcu, directrice de l’Institut, pense que c’est dans l’exploitation efficace des sols que réside la solution. :

    « Le sable est en quelque sorte le sol idéal pour une certaine agriculture, pour l’horticulture par exemple, si l’on prend en considération la moyenne des températures dans cette partie de l’Olténie, région devenue aride ou semi-aride. Cependant, la quantité de pluie qui l’arrose ne peut pas assurer le nécessaire d’eau pour quelque espèce que ce soit. Il faut donc intervenir, mettre en place des systèmes d’irrigation, pour soutenir les cultures. Voyez-vous, ce sol a été amené par le vent, et donc il est facilement emporté par le vent, qui est un ennemi de poids pour toutes les cultures. »

    Il y a 50 ans, un projet massif de systèmes d’irrigations a vu le jour dans la zone, entre les localités de Sadova et de Corabia, cette petite ville portuaire, située au bord du Danube. A l’époque, l’on avait défriché 9 mille hectares de forêt. Cependant, 1.400 hectares ont été recouverts par des forets de protection contre l’expansion du phénomène de désertification. Malheureusement, ces 30 dernières années, une partie de ces rideaux de protection est passée à la trappe, à cause des coupes illégales. Aurelia Nedelcu, la directrice de l’Institut de recherche et développement pour la culture des plantes en milieu désertique, explique ce qu’il nous reste à faire.:

    « Sur les sols sablonneux, qui ont une exposition élevée aux vents, et donc un risque accru, nous avons décidé de créer des rideaux forestiers d’acacia, d’une largeur de dix mètres, et éloignés de 288 mètres des terrains les plus exposés, et de 560 mètres des terrains moins exposés. De la sorte, l’action du vent est contrariée. A cela s’ajoute un autre système de protection, à l’aide de plantes herbeuses, cultiver par exemple en automne du seigle sur des bandes de terre distantes d’une cinquantaine de mètres l’une de l’autre. Puis, au printemps, on cultive des plantes horticoles, qui seront ainsi protégées de l’action du vent. Enfin, les irrigations sont indispensables, et leur existence a grandement contribué à la mise en valeur de ces terres. »

    L’étude de diverses cultures censées bloquer la désertification rampante fait, depuis plusieurs dizaines d’années, l’objet des études menées par l’Institut de recherche et développement pour la culture des plantes en milieu désertique de Dăbuleni.

    Des résultats encourageants, selon la directrice de l’Institut, Aurelia Nedelcu: « Nous avons introduits des vergers d’abricotiers, de cerisiers, ce genre d’espèces. Elles se prêtent bien à l’arrosage. Le potager marche pas mal aussi. La pastèque de Dăbuleni est devenue une marque de tradition. La pomme de terre bénéficie également de très bonnes conditions dans cette zone aride, pour autant que l’on assure l’arrosage du sol. Et les fermiers de la région ont sauté sur l’occasion, la culture printanière leur assurant des revenus conséquents. Même chose pour la fraise, qui peut être cultivé de façon extensive, et récoltée à partir du mois d’avril. »

    Depuis l’année dernière, l’Institut de Dăbuleni essaie d’acclimater des plantes que l’on ne trouve en Roumanie que dans les jardins botaniques, tels le kiwi, l’olivier, le kaki ou encore le figuier. Cependant, trouver des cultures adaptées n’est qu’une partie du travail. Encore faut-il assurer l’irrigation des sols, qui demeure la méthode principale de lutte contre la désertification. (Trad. Ionuţ Jugureanu)

  • Les bisons des Carpates

    Les bisons des Carpates

    Le bison dEurope est un mammifère ruminant de la famille des Bovidés. Autrefois présent dans presque toute lEurope, il est devenu aujourdhui une espèce en péril, surtout à cause de la chasse excessive, du braconnage et de la réduction progressive de son habitat. A lOuest de lEurope, le bison avait disparu dès le 11e siècle, alors quà lEst, il réussit à survivre jusquaprès 1927. En Moldavie, le dernier bison est tué en 1762, alors quen Transylvanie il survivra jusquen 1790. En Pologne, les bisons, propriété du roi, arriveront heureusement à survivre, et constituent aujourdhui la plus importante population de bisons en liberté dEurope. La Roumanie fait des efforts pour réintroduire le bison dEurope dans différents habitats des Monts Carpates, dans les départements de Neamț, Caraș Severin et Hunedoara. A la fin de lannée dernière, un nouveau projet, qui vise lintroduction du bison dEurope dans les Monts Fagaras, a été lancé par la Fondation Conservation Carpathia.



    La réintroduction du bison dans la région va faciliter la reconstruction des habitats dégradés et la reconstitution de la faune sauvage, selon Adrian Aldea, responsable du programme au sein de la Fondation Conservation Carpathia : « Il sagit dun projet plus ample que nous, à la Fondation Conservation Carpathia, essayons de mener, afin de créer la région dhabitat sauvage la plus étendue dEurope. Cela présuppose la réintroduction du castor et du bison dEurope, là où ces espèces ont disparu. Le bison nest plus présent en Roumanie, à lexception des régions où il avait dores et déjà été réintroduit.



    Le bison est un mammifère magnifique, majestueux, qui a un rôle essentiel dans le maintien de la chaîne trophique, mais la survie de cette espèce est en danger. Le projet prévoit la création des trois zones où le bison sera réintroduit, à hauteur dune trentaine dexemplaires dans chaque zone. Une fois passée la période de quarantaine et dacclimatation, les exemplaires seront libérés dans la nature. Nous avons déjà ramené onze exemplaires, qui se trouvent pour linstant en période de quarantaine. Une fois libérés, les bisons seront suivis grâce aux colliers dotés démetteurs GPS. On comprendra ainsi leur comportement, les zones quils privilégient. Les bisons proviennent des centres de reproduction qui existent en Roumanie et en Europe, leur sélection étant réalisée en fonction du profil génétique.



    A présent, nous avons 4 exemplaires originaires dAllemagne et 7 de Pologne. » La partie est des Carpates méridionales abrite lun des sanctuaires sauvages les plus étendus dEurope. Formé des trois aires naturelles protégées (le Parc national Retezat, le Parc national Domogled – Valea Cernei et le site Natura 2000 des Monts Țarcu), il se trouve au centre dun projet, piloté depuis 2014 par Rewilding Europe et WWF, censé réintroduire le bison dans cet aréal. Aujourdhui, des dizaines dexemplaires vivent à létat sauvage dans leurs deux zones de prédilection du site : les Monts Țarcu et Poiana Ruscă.



    Lintroduction du bison a donné aux autorités loccasion dencourager le développement durable de la région. Matei Miculescu, garde-chasse aux Monts Tarcului, est formel : « Aujourdhui, nous comptons 50 exemplaires de bison en liberté. Le bison saccommode bien sur ce territoire qui mesure plus de cent kilomètres carrés. La preuve : lon compte 6 nouveau-nés en 2019. Mais pour la région, le projet représente un formidable atout pour le développement de lécotourisme. Et pour cela, nous proposons des formules touristiques attrayantes, censées attirer les amoureux de la nature, ceux qui veulent voir des bisons en liberté, qui veulent dormir à la belle étoile, faire du camping en été dans cette région magnifique. Les touristes se font accompagner par des guides. Nous avons noué des collaborations avec une plate-forme hollandaise, European Safari Company. Mais nous avons créé aussi nos propres sites en ligne, tel le site măgurazimbrilor.com, où tout le monde peut voir ce qui se passe ici. Dès cette année, nous proposerons un séjour de 48 heures de randonnées accompagnées en nature, pour observer la vie des bisons à létat sauvage. Mais il ny a pas que les bisons, car nous avons la chance de bénéficier dune faune extrêmement bien fournie dans la région. »



    Depuis la réintroduction des bisons, les gens de la région se sont organisés dans une association, intitulée Măgura Zimbrilor Armeniş, censée mieux régir lécotourisme naissant dans les parages. Matei Miculescu : « Lassociation a plusieurs projets sur la table. Un projet censé développer linfrastructure, avec laide de la mairie de la commune dArmeniş. Puis un autre, pour bâtir des maisons dhôtes, respectueuses de lenvironnement. Nous réfléchissons maintenant à lancer également une cuisine communautaire, censée valoriser les produits de la région, les fruits et les légumes cultivés par les agriculteurs du coin, les fruits secs, la confiture maison quils produisent, ou encore la fameuse zacusca, ce ragoût paysan de légumes à tartiner. »



    Enfin, le Parc naturel de Vânători Neamţ est le seul endroit en Europe où lon retrouve à lheure actuelle aussi bien des bisons en captivité que des bisons à létat sauvage. Un détour par la région changera pour un moment et à coup sûr vos habitudes.

    (Trad. Ionut Jugureanu)

  • « Epaces verts »

    « Epaces verts »

    La Fondation pour le partenariat et la société MOL Roumanie ont décidé de poursuivre, cette année encore, leur programme intitulé « Espaces verts ». Il s’agit d’un programme d’appel à projets, ouvert aux organisations non gouvernementales dans le cadre de partenariats avec des institutions publiques et des écoles. En effet, le programme se donne pour ambition de créer ou de réhabiliter des parcs publics, mais également les jardins et les terrains de jeu des écoles et des maternelles, en impliquant la communauté.

    Lancé en 2006, le programme s’est d’abord concentré sur la réhabilitation des espaces verts situés dans les zones urbaines. Puis il s’est élargi dès 2009, englobant une nouvelle composante, celle des aires naturelles protégées. Les associations environnementales ont eu jusqu’au 20 février dernier pour déposer leur candidature pour l’un ou l’autre programme. Enfin, depuis 2018, le programme a développé une troisième composante, finançant des projets faisant la promotion de la semaine européenne de la mobilité, qui a lieu en septembre.

    László Potozky, directeur de la Fondation pour le partenariat précise : « Pour l’année 2020, nous avons décidé d’augmenter la somme allouée aux organisations non gouvernementales, et de poursuivre notre engagement sur les deux premières composantes du programme. Le budget total s’élève cette année à près de 800 000 lei, soit un peu plus de 160 000 euros. Nous avons également augmenté le budget destiné à chaque projet. Ainsi, un projet visant la réhabilitation des espaces verts urbains pourra être financé à hauteur de 11 000 lei, soit 2.300 euros, alors que les projets visant la réhabilitation des aires naturelles protégées pourront obtenir jusqu’à 26 000 lei, soit 4400 euros ».

    En outre, la situation de Bucarest est particulièrement préoccupante. Les militants écologistes soutiennent à cor et à cri que l’air de la ville est très pollué. Entre la pollution engendrée par la circulation et celle engendrée par les chantiers, sans compter les effets nocifs des centrales thermiques, le résultat est désastreux. Et l’absence d’espaces verts n’arrange rien. Selon la mairie de la capitale roumaine, Bucarest compterait aujourd’hui 23 mètres carrés d’espaces verts par habitant, alors que les législations nationale et européenne en la matière prévoient un minimum de 26 mètres carrés. D’autres sources, comme la Cour des Comptes, affirment que Bucarest ne compterait pas plus de 9,86 mètres carrés d’espaces verts par habitant. C’est dire s’il y a urgence.

    László Potozky : « Dès le début des années 2000, la presse avait tiré la sonnette d’alarme. Elle mettait en exergue le processus intensif d’urbanisation au détriment des espaces verts. Elle comparait déjà la situation de la capitale roumaine avec celle des autres capitales européennes, et l’on n’était pas les mieux nantis. Nous sommes donc partis de ce constat. Il fallait agrandir ou améliorer la qualité des espaces verts existants, lorsque cela était possible. Et le résultat est là. Suite aux projets financés grâce à ce programme, 14 ans plus tard, nous avons réussi à créer ou à réhabiliter 550 000 mètres carrés d’espaces verts. Plus de 80 000 arbres et plus de 85 000 arbustes ont été plantés. C’est déjà beaucoup ! Sans parler de l’aspect éducatif de ces projets ! ».

    En effet, l’éducation des jeunes demeure elle aussi une préoccupation constante du programme. Les enfants, les adolescents, parfois les étudiants et les bénévoles, s’impliquent activement, car ce sont souvent les écoles primaires ou les maternelles qui sont porteuses de ce type de projets. Et c’est l’occasion de les sensibiliser aux questions environnementales : l’éducation écologique, la nécessité de la protection du vivant, des eaux, des forêts, de la biodiversité. C’est aussi l’occasion d’aborder la question de la gestion des déchets, et des règles à suivre dans les aires naturelles protégées.

    Laszlo Potozky : « J’adore me rappeler qu’il existe quand même un domaine où la Roumanie rafle la palme au sein de l’UE. Il s’agit de la biodiversité. Dans ce domaine, on fait mieux que quiconque. Malheureusement, les budgets publics alloués à la conservation de la nature et à la protection de la biodiversité sont nuls. Nous avons alors décidé d’investir ce domaine, et nous pouvons nous enorgueillir d’avoir financé des centaines d’interventions nécessaires pour la protection et la réhabilitation des espaces naturelles protégées de toutes dimensions, aussi bien les parcs d’intérêt national que les aires protégées de dimensions plus modestes. Voici quelques exemples : nous avons soutenu 141 colonies de vacances de type Junior Ranger où, pendant plusieurs jours, les enfants apprennent ce qu’est la nature, comment y évoluer tout en la respectant, ce qu’est une aire protégée, une espèce protégée et comment interagir avec tous ces éléments. Les projets ont en outre permis l’aménagement de plus de 100 sentiers à thèmes à l’intérieur de ces aires protégées. En tout, à travers les deux composantes développées, nous comptons 1270 activités de sensibilisation à l’écologie ».

    Durant ses 14 années d’existence, le programme « Espaces verts » a vu naître 620 projets, impliquant 235 000 personnes, des enfants et des jeunes pour la plupart. En 2019, deux projets ont été récompensés. Le premier, intitulé « La montre florale », s’est déroulé dans le collège national Petru Rares, situé dans la ville de Piatra Neamţ (nord-est). Le second, intitulé « L’harmonie à la récré, entre jeu et joie de vivre », a été proposé par l’association Piticot de la ville de Dej, en Transylvanie. Le projet a fait naître l’allée des sens, un labyrinthe et un jardin des plantes aromatiques dans la cour d’une des maternelles de la ville. 150 plantes et 200 arbres et arbustes ont été plantés à cette occasion. (Trad. Ionut Jugureanu)

  • Le sanctuaire d’ours de Zărneşti

    Le sanctuaire d’ours de Zărneşti

    Tout près de la ville de
    Zărnești, dans le département de Brașov, se trouve le plus important sanctuaire
    d’ours au monde. Ouvert en 2008 par les associations «Des millions
    d’amis » et l’Association mondiale pour la protection des animaux, le
    sanctuaire accueille plus de cent exemplaires d’ours bruns, la plupart sauvés
    d’un sort atroce passé en captivité. Et chacun de ces ours traîne avec lui sa
    propre histoire. Certains, sauvés de cages étroites, où ils n’étaient gardés
    que pour amuser les clients de restaurants, hôtels ou cirques, voire même de
    pompes à essence et de monastères. D’autres, ramenés depuis certains Zoos du
    pays, où leurs conditions de vie laissaient à désirer, sinon détenus encore en
    captivité et en toute illégalité dans
    certaines propriétés privées. Mais, ici, à Zărneşti, les ours bruns se
    prélassent sur un territoire, partiellement boisé, de 70 hectares, doté de
    plans d’eau, nourris et logés dans des abris individuels. De fait, le
    sanctuaire a vu le jour suite à l’émotion provoquée par la mort violente d’une
    femelle ours, Maya, longtemps maintenue en captivité pour l’amusement des
    touristes, pour être finalement sauvée par Cristina Lapiş, la présidente de
    l’Association Des millions d’amis, celle-là même qui a posé les bases du
    sanctuaire. Cristina Lapiş, sur la création de ce lieu unique : « Il y a 15 ans depuis la création de la réserve. Elle n’aurait jamais vu
    le jour si Maya n’était pas morte
    quasiment dans mes bras, cela après s’être automutilée, après avoir carrément
    mangé ses pattes antérieures. Cette femelle était maintenue illégalement en
    captivité, dans une cage, par le propriétaire d’une auberge située à proximité
    du château de Bran, le château de Dracula, haut lieu touristique de la région. L’animal
    était censé attirer les clients. Mais les touristes, étrangers notamment, qui
    passaient visiter le château ont fini par tirer la sonnette d’alarme. Ils ont
    fini par saisir l’Association mondiale pour la protection des animaux. Et
    l’association m’avait alors contactée, pour me demander de me rendre sur place
    et d’analyser la situation. C’est alors
    que j’avais découvert d’autres exemplaires maintenus illégalement en captivité près
    de l’hôtel Poiana Ursului, dans la station de montagne de Poiana Brașov. Des
    ours carrément maltraités. Et c’est à ce moment-là que je me suis proposé de
    faire de mon mieux pour qu’ils puissent retrouver leur liberté. J’avais conçu
    un plan, j’avais réussi à embarquer les autorités locales et arracher leur
    soutien pour fonder le sanctuaire. Et c’est ainsi que l’aventure a démarré. A
    l’époque, j’étais loin d’imaginer pouvoir y accueillir 106 animaux, le nombre
    que le sanctuaire compte à présent. Mais, voilà, c’est ainsi que la Roumanie
    peut aujourd’hui s’enorgueillir de détenir le plus important sanctuaire d’ours
    brun au monde. Et, en 2016, nous avons été désignés comme étant le sanctuaire
    le plus étique au monde, suivis par le sanctuaire des gorilles et par celui
    d’éléphants, qui occupent la 2e et la 3e place de ce classement.
    »


    Certes, les ours de Zărneşti ne
    peuvent plus retrouver l’état sauvage, et peu d’entre eux supportent encore la
    proximité de l’homme, celui-là même qui les a longtemps, trop longtemps,
    maltraités. Cristina Lapiş : « Nous accueillons dernièrement des ours confisqués à leurs propriétaires
    illégaux par les garde-forestiers. Ces propriétaires c’étaient une boulangerie,
    l’usine d’uranium, des monastères, des pompes à essence. Vous imaginez. Des
    lieux pour le moins insolites pour ces animaux. Ils étaient maintenus là par
    habitude si l’on veut, en souvenir des temps jadis, lorsque les ours étaient
    utilisés par les cirques ambulants, lorsqu’ils étaient dressés et voyageaient
    avec leurs dresseurs dans les villes de province. A la fin de sa vie misérable,
    l’ours était transformé en trophée et sa peau vendue. Tel fut le cas d’un ours
    tué dans une cage, à Poiana Brașov, et
    dont la valeur marchande avoisinait les 10, 15 mille euros. Mais l’ours brun est le roi des bois des
    Carpates, il est le symbole de ces lieux, quel gâchis que de l’enfermer dans
    une cage, de le maltraiter et de le transformer en marchandise. Mais il existe
    une législation internationale que la Roumanie se doit d’observer et de la
    faire respecter. Car la Roumanie avait signé et ratifié la Convention
    internationale de Berne, reconnaissant en cela l’ours brun comme animal
    protégé. Malheureusement, nous n’avons pas pu accueillir tous les ours
    maltraités du pays. Selon les informations dont nous disposons, nous comptons
    entre dix et quinze exemplaires qui vivent toujours en captivité, dans des
    conditions toute aussi mauvaises. Un seul exemple : il existe dans le
    village de Straja un exemplaire d’ours brun maintenu en captivité dans une
    cage, par le propriétaire d’une auberge. Cela fait 20 ans qu’il est enfermé
    ainsi dans cette auberge. Et tous les ans, le propriétaire fête son
    anniversaire, lui donne à boire, lui prépare un gâteau, il filme la fête et met
    la vidéo sur YouTube. Tout le monde peut voir çà. Et nous pressons depuis 10
    ans les autorités à faire libérer cet ours et l’amener dans le sanctuaire ou
    dans un zoo, enfin dans un endroit plus propice à une vie décente pour cet
    animal. »


    La
    Roumanie compte en effet la population d’ours brun la plus importante du
    continent. C’est que l’espèce adore les forêts étendues et le climat, les
    territoires sauvages vastes, peu fréquentés par l’homme. Cependant, le
    déboisement ne manque pas de porter préjudice à l’espace vital de cette espèce,
    et les incidents impliquant l’ours et l’homme ne sont pas rares. Certes, des
    ours descendent jusqu’aux villages et provoquent des dégâts. Comment gérer dès
    lors le problème ? A nouveau, Cristina Lapiş : « A
    l’heure actuelle, nos forêts n’abritent plus les fruits de bois, les
    champignons qui constituaient l’essentiel de la nourriture de l’espèce. Et
    cela, parce que les hommes ont pris l’habitude de tout cueillir. Alors, l’ours
    s’adapte, il ne trouve plus à manger dans les bois, il est donc obligé à
    descendre dans les villages. Et puis, les maisons et les auberges s’élèvent
    comme des champignons au beau milieu des forêts, puis les gens préparent leur
    barbecue, c’est comme si on les invitait à table. Ensuite, l’on s’étonne
    lorsque l’on se retrouve nez-à-nez avec l’ours. C’est normal. Les ours affamés
    descendent chercher à manger. Ils ne vont pas venir s’y promener. C’est nous en
    fait qui nous invitons chez eux. Nous avons occupé leurs territoires, nous leur
    avons pris la nourriture, et puis l’on s’étonne. Trouver la bonne solution c’est toujours
    une affaire complexe. Parce que les chasser, les tuer n’est certainement pas la
    bonne solution. Selon moi, les propriétaires des maisons et des hôtels situés à
    la lisière des bois devraient ériger des clôtures électriques, devrait se
    charger de leur propre protection, et arrêter ainsi l’ours d’y pénétrer. Et
    puis les villages et les villes situés à proximité de leur habitat naturel
    devraient planter des vergers de pommiers, de poirier, du maïs. L’ours descend
    pour trouver à manger. Il s’arrêterait là, et éviterait d’aller plus loin. Par
    ailleurs, les associations de chasseurs, les gardes forestiers devraient leur
    assurer la nourriture dont ils ont besoin au printemps, comme cela se faisait
    dans le temps. »


    Et parce que le sanctuaire de Zărneşti
    risque d’atteindre le maximum de sa capacité d’accueil, le ministère de
    l’Environnement vient d’annoncer la fondation d’un nouveau. Dans la même veine,
    les habitants des villages situés à proximité de l’habitat de l’ours brun
    devront bénéficier de crédits pour s’acheter des clôtures électrifiées, censées
    mieux protéger les foyers. Enfin, les autorités promettent de financer une
    étude exhaustive sur l’évolution de la population de l’ours brun, qui nous
    permettra de connaître le nombre exacte d’exemplaires d’ours brun que les
    forêts roumaines abritent à l’heure qu’il est. (Trad. Ionuţ Jugureanu)

  • Les forêts vierges de Strâmbu Băiuț

    Les forêts vierges de Strâmbu Băiuț

    Remontant dans l’histoire, le Maramures s’érigeait en une véritable forteresse naturelle, recouverte presque entièrement de bois millénaires, difficilement pénétrables. Les natifs du Maramureș observaient même des rituels avant de pénétrer dans ses bois, et le lien que l’homme du pays avait développé avec la forêt était loin d’être purement utilitaire, la forêt étant partie intrinsèque de leur spiritualité. Mais les gens du coin savaient aussi mettre à profit au mieux cette richesse naturelle dont ils disposaient. Ils choisissaient de couper, par exemple, les arbres qui se trouvaient au milieu de la forêt, situés sur les versants baignés par le soleil, célèbres pour leur résistance, pour ériger les églises en bois bien connues de la région. Aussi, les coupes se pratiquaient-elles les deux premiers mois de l’année, lorsque l’humidité est faible et que le bois est protégé des attaques de caries.

    A présent, les forêts vierges du Maramures rétrécissent comme une peau de chagrin. Selon les estimations, seuls 3% de la superficie boisée du pays, soit 250 milliers d’hectares, seraient encore recouverts par des forêts d’origine. A Strâmbu Băiut, dans les Monts Tibleș, l’on retrouve une telle zone, recouverte des bois séculaires, qui abrite une flore et une faune particulièrement riches. En effet, les arbres séculaires protègent la vie de plus de dix mille espèces, depuis les organismes unicellulaires et jusqu’aux grands mammifères, en passant par les insectes et les plantes. Selon Calin Ardelean, responsable de projet chez WWF Roumanie, les autorités locales envisageraient de développer le tourisme dans la région pour mettre à profit sa richesse.

    Călin Ardelean : « Les forêts vierges de Strâmbu Băiuț recouvrent une superficie de 3000 hectares. Pendant des millénaires, l’intervention de l’homme a été comme inexistante. Elles ne sont pas exploitées et ne subissent aucun travail d’aménagement. Les processus naturels se déroulent aujourd’hui de la même façon qu’il y a mille ans. Cela nous offre un espace de recherche inouï, par exemple pour comprendre la manière dont le réchauffement climatique impacte sur les écosystèmes naturels, les dérèglements qu’il provoque sur des écosystèmes pratiquement isolés. »

    Strâmbu Băiuț fait partie d’une ancienne région minière. L’on atteste l’existence des exploitations aurifères dès 1315 dans la région des sources Lăpuș. Après 1989, avec la chute du régime communiste, l’activité minière de la zone a progressivement diminué, les anciens mineurs quittant parfois la région pour trouver du travail ailleurs. L’année dernière, les autorités ont lancé un vaste projet pour assurer la conservation de la biodiversité, en promouvant les ressources et les valeurs locales au bénéfice de la communauté qui vit dans la région des Monts Lapus. Cela représente le passage obligé d’une exploitation minière peu soucieuse de la préservation de l’environnement au développement durable que pourrait assurer le tourisme.

    Călin Ardelean : « L’idée, c’est de faire de la forêt vierge la nouvelle ressource d’or pour les habitants de la région. WWF Roumanie a démarré un projet de planification du développement local de la zone de Strâmbu Băiuț et du village Poiana Botizi, les deux villages qui se trouvent à proximité de l’aire naturelle protégée. Nous avons concentré nos recherches sur le potentiel qu’offre l’environnement. En fait, si l’on pratiquait l’exploitation brute des ressources naturelles, du bois et de l’eau minérale, les retombées financières s’élèveraient à 250 mille euros par an. En revanche, si la région est judicieusement exploitée en termes de recherche scientifique, tourisme, éducation et ainsi de suite, l’on pourrait arriver à des retombées financières avoisinant les dix millions d’euros par an, ce qui est complètement différent. Mais pour cela, il faudrait ériger une infrastructure adaptée, afin d’accroître le nombre des touristes, qui pourraient aller à terme jusqu’à dix mille visiteurs par an ».

    Le tourisme constitue très certainement l’un des moyens privilégiés pour valoriser l’aire naturelle protégée, arguent les spécialistes. Des événements censés promouvoir l’aire naturelle protégée ont déjà été mis en route. Le planning prévoit par la suite la construction de la petite infrastructure, indispensable au développement du tourisme durable. Des aires de parking et des aires de camping attendent d’être aménagées, tout comme les sentiers et la signalétique appropriée. Enfin, l’étape de la construction de l’infrastructure touristique proprement dite, destinée à l’accueil des touristes, est envisagée pour la suite. Les randonnées organisées à travers les forêts vierges de Strâmbu Băiuţ se feront par groupes de 20 personnes au grand maximum, accompagnés par des guides locaux, et en suivant des parcours strictement délimités, pour éviter d’empiéter sur la quiétude de la faune locale.

    Călin Ardelean : « Il s’agit des forêts vierges où l’on retrouve des arbres très vieux, arrivés au terme de leur vie biologique, des arbres de 400 ou 500 ans, certains qui sont tombés et qui sont entrés dans le processus de décomposition, régénérant en cela le sol et constituant le riche terroir de nouvelles générations. En automne et au printemps, il y a une telle richesse de couleurs, c’est carrément spectaculaire ! Au printemps, le hêtre se pare d’un vert très cru, qui se transforme en jaune doré. La variété du relief fait en sorte que les sentiers thématiques traversent des paysages très divers. Cette forêt, énormément riche, surprend. Il est facile de s’y perdre dès que l’on s’écarte du sentier. L’on y perd facilement ses repères. »

    Les forêts vierges de Strîmbu-Băiuț et de Groșii Tibleșului ont rejoint en 2017, avec les autres forêts vierges de Roumanie, la liste du Patrimoine mondiale de l’UNESCO. Cela fait que les règles pour régir leur conservation doivent être strictement observées. A mentionner aussi, élément notable, que la Roumanie compte plus d’un quart des forêts de hêtre du continent européen. (Trad. Ionut Jugureanu)

  • Les esturgeons du Danube et de la mer Noire

    Les esturgeons du Danube et de la mer Noire

    Plus des 120 professionnels, originaires de 22 pays, et représentant 59 institutions diverses, ont participé dans la ville roumaine de Galati, située au bord du delta du Danube, à une conférence internationale, intitulée « La conservation des esturgeons du Danube : défi ou opportunité ». Ce fut un évènement d’exception dédié au sort des esturgeons et l’occasion rêvée pour décider de la mise en route d’une stratégie commune visant la conservation et l’avenir de la population de l’esturgeon sauvage. C’est que pendant longtemps, l’esturgeon a représenté une ressource naturelle importante pour les économies roumaine et bulgare, la pêche à l’esturgeon favorisant tout particulièrement le développement des communautés locales.

    De nombreux documents témoignent de l’importance de la pêche à l’esturgeon pour les communautés danubiennes, rappelle Tudor Ionescu, directeur au Centre de recherches et de développement de l’esturgeon, des habitats aquatiques et de la biodiversité de la ville de Galati. Ecoutons-le :« Un historien turc, Evliya Celebi, qui voyageait à Silistra, ville située de nos jours en Bulgarie, informait que la prise quotidienne moyenne était de 80 grands exemplaires d’esturgeon européen, qui prenaient la route de Constantinople le jour même. Le moine italien Nicol Barsi, qui se rendait à Galati entre 1630 et 1640, mentionne la beauté de la ville à l’époque, mais surtout la richesse des captures d’esturgeons réalisées. Des bateaux originaires de Constantinople débarquaient leur cargaison de soie, pour reprendre ensuite la route, chargés de caviar. Les témoignages abondent en ce sens. A la fin du 19e siècle, le roi Carol Ier nomma le célèbre explorateur et scientifique Grigore Antipa à la tête des pêcheries d’Etat. C’est lui qui fera passer, en 1896, la première loi de la pêche, une loi qui prévoyait d’interdire la pêche à l’esturgeon durant la période de reproduction de l’espèce. Grigore Antipa s’inquiétait même dans l’un de ses écrits de la baisse significative de la population d’esturgeon, dont il avait déjà été témoin à l’époque. C’était il y a 120 ans déjà. Pourtant, en 1903/1904, dans la zone du village de Sfântu Gheorghe, l’on faisait état d’une capture de 10.570 exemplaires d’esturgeons du Danube. Cent ans plus tard, en 2003/2004, seuls 28 exemplaires ont été capturés dans toute la Roumanie. C’est dire. Et l’on peut constater la même évolution de la population de bélouga. L’on comptait ainsi la capture de 4.250 exemplaires en 1903/1904, contre 153 exemplaires un siècle plus tard. Y’a pas photo ».

    Déjà à l’époque des Daces, avant l’arrivée des Romains sur le territoire actuel de la Roumanie, l’on érigeait des sortes de clôtures immergées, confectionnées en bois, pour attraper l’esturgeon. Les pêcheurs emploient depuis toujours des techniques spécifiques pour la pêche à l’esturgeon, prétendant même que cette espèce ne se laisse attraper que lors des tempêtes. Et, en effet, l’esturgeon nage sur le fond du Danube, atteignant jusqu’à 70 km/h. Pour l’attraper, les pêcheurs installaient des hameçons raccordés à des troncs d’arbres, immergés à plusieurs mètres de profondeur. L’exemplaire d’esturgeon champion toutes catégories confondues a été attrapé en 1890, sur le bras du Danube qui s’appelle Sfântu Gheorghe. Il pesait 886 kilos et l’on avait récolté 127 kilos de caviar. Dans la période de l’entre-deux-guerres, la Roumanie et la Bulgarie détenaient la palme de l’export du caviar en provenance de l’esturgeon sauvage dans tout le bassin de la mer Noire. Tudor Ionescu :« A l’époque qui a suivi l’apparition de la première loi de la pêche en Roumanie, la principale méthode utilisée pour attraper l’esturgeon employait les clôtures immergées. Ils se faisaient attraper lorsqu’ils remontaient le cours du Danube pour se reproduire, quelque part aux environs de la zone des Portes de Fer. Dans l’entre-deux-guerres déjà, les méthodes de pêche avaient évolué, de même que l’organisation de l’activité. La ville de Galaţi accueille le premier réfrigérateur du pays et le premier marché aux poissons. Les prises faites dans les zones de Sulina, de Chilia et au long du Danube étaient commercialisées à Galaţi, là où Antipa avait fondé la première bourse du poisson. Les captures totalisaient 40 tonnes d’esturgeon et environ 17 tonnes de caviar. Une étude rapporte l’équivalence entre le prix de l’or et celui du caviar. Au début du 20e siècle, 1 kilo de caviar valait 2 à 3 grammes d’or. Cent ans plus tard, 1 kilo de caviar valait 97 grammes d’or. Tout est dit ».

    Et même si les espèces d’esturgeon sont protégées par la Convention relative au commerce international des espèces sauvages en voie de disparition, la survie de l’esturgeon est toujours menacée. En effet, le déclin accentué de l’espèce a commencé surtout après 1972, lorsque, selon les spécialistes, la construction du barrage hydroélectrique des Portes de Fer a empêché la poursuite de la migration des poissons sur le Danube. Tudor Ionescu estime que les efforts concédés dernièrement pour repeupler l’espèce se heurtent à l’impossibilité de reconstruire son habitat initial. « Dans les années 1700, le bélouga remontait le Danube depuis la mer Noire, pour se reproduire en Bavière. Il s’agit d’un parcours long de 2.300 km. Ils parcouraient cette distance. Or, entre 1965 et 1972, nous avons érigé le barrage des Portes de Fer, qui a mis un coup d’arrêt net à la migration de l’esturgeon le long du Danube. Leur migration s’est dès lors réduite à 856 km du cours du Danube. Ils ont donc été privés de 60% de leur habitat, ce qui a gravement affecté leur capacité de reproduction. Qui plus est, ce barrage a été érigé dans la zone qu’ils favorisaient par-dessus tout pour se reproduire. »

    Suite à la baisse dramatique de la population d’esturgeon, les spécialistes issus des pays riverains de la mer Noire, et même d’ailleurs, ont arrêté une stratégie commune visant la conservation et le redressement de la population d’esturgeon sauvage du Danube. Les participants à la conférence de Galati ont adopté la Déclaration de Galati, censée mettre en route un mécanisme qui vise la sauvegarde de la population d’esturgeon en Europe du Sud-Est, seul endroit au monde où six espèces d’esturgeon vivent encore à l’état sauvage. Le document prévoit la création de fermes d’esturgeon, le suivi de l’évolution de la population, mais également la poursuite du moratoire sur la pêche à l’esturgeon au-delà de 2020.
    (Trad. Ionut Jugureanu)

  • Le parc national des monts Rodnei

    Le parc national des monts Rodnei

    Le parc national situé dans les monts
    Rodnei représente la plus importante aire naturelle protégée de la partie nord
    des Carpates orientales. Fondé en 1932, ce deuxième parc national de
    Roumanie, après celui de Domogled Valea Cernei, mesure pas moins de 54.000
    hectares et compte 183 hectares de ravins. En 2007, il a rejoint le Site Natura
    2000. Le parc abrite un nombre important d’aires naturelles d’une valeur
    scientifique, géologique, paysagère et floristique inestimable, ainsi qu’une
    grande variété d’habitats. C’est ici que l’on trouve une grande variété de
    bosquets, la clintonie boréale, des pâturages alpins, des marécages, des
    tourbières, ainsi qu’un relief glaciaire spectaculaire, exceptionnellement
    conservé.

    Les forêts, les pâturages et les zones rocheuses abritent une flore
    et une faune extrêmement riches, avec nombre d’espèces rares et endémiques,
    propres aux Carpates. Lucia Mihaela Poll, directrice de l’Administration du
    Parc détaille : « Notre parc peut s’enorgueillir d’abriter une espèce de lychnides unique
    au monde. Il s’agit de Lychnis nivalis,
    une jolie petite fleur de couleur rose. Et puis, l’on compte plus de 2.000
    autres espèces de plantes supérieures, dont des espèces des reliques de
    l’époque glaciaire et d’autres espèces protégées, telles la gentiane,
    l’archangélique ou le rhododendron myrthifolium. Il y a aussi l’if à baies, également
    appelé l’if commun, le pin des Alpes, plus de 600 espèces de coléoptères, 12
    espèces de vers de terre, et puis plein d’oiseaux. Notez tout particulièrement
    la présence du grand coq de bruyère, du tétras lyre et de l’aigle royal. Et
    puis dans les rivières de montagne, l’on trouve le huchon, la truite et l’ombre
    commun. Pour ce qui est des mammifères, la marmotte, le cerf des Carpates, le
    chevreuil, l’ours, le loup et le lynx, y ont tous élus domicile. L’accroissement
    significatif et constant de la population de chamois nous réjouit tout
    particulièrement. Notre parc national abrite par ailleurs une population
    vigoureuse d’ours. Ils ne descendent pas vers les zones peuplées. L’on n’a
    jamais eu d’incident. A l’heure qu’il est, ils sont en haute montagne, où ils
    se nourrissent de myrtilles, de ronces des bois et de framboises. Le parc
    abrite plus de cent exemplaires d’ours brun. On sait où se trouvent leurs
    tanières. Il est arrivé qu’ils attaquent des moutons en transhumance, pendant
    l’été, mais ils n’ont jamais attaqué l’homme. »


    Le chamois, agile grimpeur, représente
    une espèce emblématique des Carapates, décrété « monument de la
    nature » déjà en 1933. C’est une espèce protégée, et l’une des plus
    représentatives de la faune roumaine. Le chamois, le cerf des Carapates, les
    aigles dominent les hauteurs sauvages des monts Rodna. Mais le chamois a récemment rejoint la liste
    des animaux qui peuvent être chassés, en dépit des protestations vigoureuses
    des défenseurs des animaux, précise Mihaela Poll. « Avant 1918 les monts Rodnei abritaient entre 120 et 160 exemplaires.
    Ils ont été exterminés pendant la 2e guerre mondiale. Puis, à partir
    de 1964, l’on a commencé à repeupler l’habitat, avec des exemplaires
    originaires des monts Bucegi et Retezat. En 1967 10 exemplaires ont été
    lâchés, avec leurs oursons. En 1990, l’on comptait déjà 320 exemplaires, alors
    qu’en 2004, le moment de la création de l’Administration du parc, l’on a pu
    compter 36 exemplaires au printemps et 61 en automne. Ensuite, nous avons commencé un nouveau
    repeuplement. En 2019, au printemps, on dénombrait 120 chamois. Ici, dans le
    parc même, la chasse est interdite, ça va de soi, et nous faisons tout pour
    protéger au mieux l’espèce.
    Mais le braconnage est une réalité. Et puis, le chamois peut souffrir un arrêt
    cardiaque lorsqu’il est effrayé. Peu de gens le savent. Quoi qu’il en soit
    la population de chamois va croissant.»


    Sur l’étendue de la
    réserve du parc des monts Rodnei se trouve l’une des chutes d’eau les plus
    spectaculaires de Roumanie : c’est la chute des Chevaux/Cascada Cailor, perchée à 1300 mètres
    d’altitude. Dans la même zone, l’on retrouve le lac Iezer, surnommé le lac sans
    fond, situé juste au-dessous du pic Pietrosu, à 1.825 m. Il s’agit d’un lac
    d’origine glaciaire, gardé par des pics sauvages, qui font partie de la réserve
    scientifique « Pietrosu Mare ». Un autre lac d’origine glaciaire Lala
    Mare situé à 1.815m, est peuplé de truites, et entouré de rhododendrons myrtifolium. Les marécages situés à proximité
    abritent des plantes relique de l’époque glaciaire, tel l’edelweiss et la
    gentiane jaune. Par toutes saisons, les
    monts Rodnei délectent les randonneurs avec des vues à couper le souffle, ajoute Mihaela
    Poll. « Perchée à 1.600 mètres d’altitude, l’on
    retrouve la Clairière des jonquilles. On suit de près son évolution depuis
    2007. De quelques centaines de mètres au départ, la clairière des jonquilles
    recouvre actuellement une superficie de près de 6 hectares. Les touristes
    viennent la visiter au mois de mai, lors de sa période de floraison. Dans le
    massif Pietrosul Mare nous avons plusieurs lacs d’origine glaciaire, uniques au
    monde. Pietrosul c’est le massif qui atteint la plus haute altitude des
    Carpates orientaux, soit 2303 m. L’on y retrouve des marmottes et une
    végétation très riche. Mais aussi des sources d’origine karstique, des forêts
    de conifères, des massifs en calcaire, le pin couché. Tout le massif Rodnei dévoile un paysage magnifique. Et
    chaque saison magnifie à sa façon la nature. »


    Près de 2.300 hectares situés du Parc
    national bénéficient d’une protection stricte, grâce aux aires protégées,
    d’intérêt scientifique, des zones sauvages où la présence de l’homme est presqu’inexistante.
    Près de 800 hectares de forêts vierges doivent être recensés sous peu par le
    Catalogue des forêts vierges et quasi vierges de Roumanie. (Trad. : Ionuţ
    Jugureanu)

  • Les forêts vierges de Roumanie

    Les forêts vierges de Roumanie

    Certes, bien moins grande de nos jours que par le passé. Il suffit pour s’en convaincre de lire la chronique datée de 1717 du voïvode Dimitrie Cantemir, où l’on retrouve une description de ces forêts, je cite, « peuplées de cerfs, de biches, d’aurochs et de bisons d’Europe ». Malheureusement, le déboisement sauvage a détruit une bonne partie de ces forêts légendaires. Des près de 2 millions d’hectares recouverts de forêts que comptait la Roumanie aux alentours de l’an 1900, il n’en reste qu’à peu près un dixième de nos jours. En dépit de cela, la Roumanie peut encore se targuer d’être le pays le plus riche d’Europe en termes de superficie boisée, mais aussi pour la qualité de ces forêts. Car, aujourd’hui encore, d’immenses arbres qui peuvent atteindre jusqu’à 60 mètres de hauteur dominent le paysage des forêts recouvrant les Carpates roumaines. Les fauves et autres grands carnivores, tels le loup, l’ours ou le lynx dominent toujours de leurs présences impressionnantes la plupart de ces régions.

    Pour mieux protéger ces bois séculaires, certaines régions des Carpates ont rejoint la liste de l’UNESCO recensant le patrimoine naturel mondial. C’est bien la situation des forêts situées dans les zones Izvoarele Nerei, les gorges de la Nera-Beușnița, les régions de Domogled – Valea Cernei, Cozia, les forêts primitives de Șinca, de Strîmbu-Băiuț, de Slătioara, ou encore Groșii Țibleșului.

    Quant à la valeur de ce patrimoine, nous avons approché à ce propos Gheorghe Mihăilescu, directeur général de Romsilva, la Régie nationale des forêts : « Les forêts primitives demeurent essentielles pour comprendre la manière dont une forêt naît, se développe, la manière dont elle subit les changements et le passage du temps. Elles vivent leur vie sans la moindre intervention humaine. Elles représentent des modèles aussi, en termes de diversité notamment. Car la mixité intergénérationnelle de diverses espèces d’arbres qui coexistent, c’est bien cela, la richesse d’une forêt. Des générations entremêlées, où l’on retrouve des arbres de 10, 20, 30 ou 180 ans. Mais, souvent, la plus grande variété est à retrouver sur des sites où coexistent des forêts vierges et des forêts cultivées, entrecoupées par des clairières et des pâturages, des zones préservées dans leur état naturel. C’est parce que dans les forêts vierges il n’y a souvent que des arbres centenaires, et que l’on constate donc une diminution de la variété en termes de générations. Or, là où il y a une prééminence massive d’exemplaires d’arbres vieux de deux ou trois cents ans, les jeunes pousses ont peu de chances de survie. Ce genre de forêts mixtes, forêts vierges et forêts cultivées, représente une véritable richesse. Et la Roumanie compte encore 28.000 hectares de forêts vierges, c’est rarissime pour notre continent, très peu de pays peuvent se vanter d’en avoir autant. »

    C’est en 2016 qu’a été créé le Catalogue des forêts vierges et quasi-vierges, un instrument de choix pour les spécialistes. Ces forêts bénéficient d’un niveau élevé de protection, les activités humaines et les travaux d’aménagement du territoire étant strictement défendus. Près de 7.000 hectares de forêts vierges et 22.100 hectares de forêts quasi-vierges ont été recensés et inscrits jusqu’à maintenant dans ce catalogue, et ce n’est pas fini. Malgré tout, certaines associations écologistes accusent les autorités de complicité dans la destruction des forêts séculaires, appelant à l’intervention des institutions européennes. Les activistes environnementaux accusent la Régie des forêts, Romsilva, de procéder à des travaux d’aménagement sur certains sites protégés, même si ces derniers font partie du réseau Natura 2000, et cela en l’absence d’une analyse d’impact adéquate.

    Gheorghe Mihăilescu, le directeur de la Régie Romsilva, répond aux accusations : « Les forêts sont protégées. C’est le cas des forêts dont nous avons la charge du moins. On n’y touche pas. Les organisations écologistes ont, en effet, déposé des plaintes auprès de la Commission européenne. Là où le bât blesse, c’est que ces gens mélangent tout. Ils comparent les résultats issus de l’étude Pin Matra, réalisée en 2004, avec la cartographie des forêts vierges, réalisée par nous, pour les inscrire dans ce catalogue. Alors qu’il est farfelu de comparer ce qui n’est pas comparable, des données issues d’un modèle théorique avec les données concrètes. Dans les faits, toutes ces forêts sont surveillées et strictement contrôlées. D’ailleurs, dans le patrimoine naturel enregistré auprès de l’UNESCO, il existe des erreurs matérielles. On y retrouve des routes nationales, des zones où il y a eu des interventions, des travaux d’aménagement, mais c’est parce que l’étude sur laquelle s’est fondée la liste des sites protégés et reprise dans le patrimoine de l’UNESCO a été une étude théorique, il n’y a pas eu de recherches concrètes sur le terrain. Or, nous sommes actuellement en train de corriger ces erreurs matérielles. Et certaines ONGs s’y opposent. Mais, sachez que beaucoup d’autres ONGs sont à nos côtés, et viennent nous donner un coup de main. Evidemment, nous aussi, on fait parfois des erreurs. Notre crédibilité est souvent en jeu, dans ces cas-là. Toutefois, nous faisons de notre mieux pour rétablir la confiance en la fiabilité du travail réalisé par notre Régie. On dit aujourd’hui, en Europe, que la Roumanie se fiche de protéger ses forêts, alors que nous comptons les forêts de hêtres les plus impressionnantes d’Europe. Pensez aussi à la richesse de notre flore, à la biodiversité de nos forêts. Alors, pour ce qui est de la protection de la nature, parlons-en ».

    La Roumanie compte 6,5 millions d’hectares de forêt, dont la Régie nationale Romsilva, compagnie publique donc, gère 3,14 millions d’hectares, soit 48% du fonds forestier national. La Régie administre en outre 22 parcs naturels, dont certains d’intérêt national, et dont la superficie cumulée dépasse les 850.000 hectares, dont 245.000 strictement protégés, et où l’activité humaine est limitée et contrôlée. Cet automne, la Régie est en train de marquer les 22 parcs naturels à l’aide d’une signalétique différentiée en fonction du niveau de protection dont chacun bénéficie.

    Gheorghe Mihăilescu : « Nous avions procédé au marquage, pour bien identifier et délimiter les différentes zones, pour savoir ce que l’on fait, et où on le fait. Parce qu’autrement, on ne sait pas si l’on se trouve dans une zone de protection intégrale ou dans une zone bénéficiant d’un statut différent. Jusqu’à maintenant, sur le terrain, on l’ignorait. Et pour ce faire, nous utilisons les coordonnées fournies par GPS, donc des outils précis, car sinon, en l’absence de repères concrets, les gens qui travaillent sur le terrain risquent de se tromper ».

    Aussi, les zones strictement protégées seront identifiées par un carré jaune entouré d’une bande de couleur rouge. Les zones intégralement protégées sont signalées par un carré bleu entouré d’une bande blanche, alors que les réserves naturelles seront marquées par un carré jaune entouré de blanc. Les limites des parcs naturels seront également marquées d’un carré rouge, entouré de blanc. Avis aux amateurs. (Trad. Ionuţ Jugureanu)

  • Le projet «Retrouver la Roumanie»

    Le projet «Retrouver la Roumanie»

    La Roumanie dispose d’un patrimoine naturel riche et précieux. Bénéficiant des conditions biogéographiques les plus variées parmi les Etats de l’UE, elle recèle des écosystèmes uniques et des espèces rares. La Roumanie compte 30 parcs naturels et nationaux, 2 géo-parcs, plusieurs centaines de réserves naturelles et de monuments de la nature, 19 sites Ramsar, le delta du Danube – Réserve de la biosphère, ainsi que de nombreuses aires naturelles protégées d’intérêt européen intégrées au réseau Natura 2000.

    Fin 2018, la Coalition Natura 2000 a lancé le projet « Retrouver la Roumanie », avec une nouvelle vision sur le développement durable du pays, par la conservation des aires protégées. Les écologistes proposent une meilleure gestion des aires protégées, susceptible de contribuer aussi bien à la conservation de la biodiversité en Roumanie qu’au développement durable des localités. Liviu Cioineag, directeur exécutif de la Fondation Coalition Natura 2000, explique que : « Malheureusement, 25% tout au plus du territoire roumain bénéficie d’un statut d’aire protégée et, dans la plupart des cas, ce statut reste lettre morte. La gestion de ces zones doit être améliorée si l’on souhaite profiter, dans 30 ans, de la nature telle qu’elle est aujourd’hui. C’est pourquoi la Coalition Natura 2000 a lancé une vision proposée par les spécialistes de notre organisation. Une vingtaine d’ONGs militant pour la conservation de la biodiversité, ainsi que d’autres ONGs ne faisant pas partie de la Coalition Natura 2000, ont travaillé pendant deux ans pour élaborer une stratégie qui montre de quelle façon on doit considérer la nature dans 10 ou 20 ans. C’est un rêve à long terme que d’avoir plus d’aires naturelles protégées. Les zones protégées devraient couvrir 30% du territoire – contre 23% actuellement. En outre, ce que nous souhaitons le plus, c’est que ces parcs soient gérés de manière cohérente et que leur principal but soit la protection de la biodiversité. Cela veut dire que le niveau de conservation, le degré de non-intervention (soit la présence des activités humaines) et la superficie sur laquelle on intervient doivent diminuer. La nature doit récupérer le plus de territoire, environ 75% de la superficie de chaque parc devrait constituer des zones de non-intervention. Donc, on ne devrait y dérouler que des activités touristiques ou scientifiques. »

    Les écologistes et les ONGs actives dans le domaine de l’environnement critiquent durement l’élimination de la législation environnementale de la notion de gardien des aires naturelles protégées, celles-ci devant être administrées par l’Agence nationale pour les aires naturelles protégées. Au fil du temps, les gardiens ont empêché la mise en œuvre de projets controversés dans plusieurs zones protégées – hôtels, exploitations minières, routes, défrichages, projets immobiliers – car, pour toute intervention dans ces zones, leur avis favorable était nécessaire. Les aires protégées sont également confrontées au manque de fonds, indispensables pour assurer leur gestion et la protection de la nature.

    Liviu Cioineag affirme que :« Nous avons besoin d’une gestion unitaire des aires naturelles, gestion qui devrait être coordonnée par l’Etat roumain. Nous souhaitons qu’une ligne de financement soit créée, destinée aux aires naturelles protégées, car, jusqu’ici, seuls les parcs gérés par la Régie nationale des forêts ROMSILVA disposent d’un budget d’environ 3 millions d’euros par an provenant de l’exploitation du bois. Toutes les autres aires naturelles protégées – les sites Natura 2000 compris – ne bénéficient d’aucun financement. Elles ont été gérées jusqu’en 2018 par différentes entités : agences pour la protection de l’environnement, conseils départementaux et locaux, universités, organisations non gouvernementales. L’automne dernier, nous avons assisté à une centralisation de leur gestion. L’Agence nationale pour les aires protégées, créée deux années auparavant, s’est vu attribuer la gestion des sites Natura 2000 – sauf le delta du Danube – et des parcs nationaux gérés par Romsilva. Nous avons assisté à un véritable choc, car les ONGs et la société civile qui s’impliquaient pour attirer des fonds et mener des activités de recherche, de surveillance, d’identification des espèces, de préservation, de patrouille ou touristiques, étaient dorénavant écartées. On peut dire qu’en ce moment, les aires naturelles protégées de Roumanie – à l’exception des parcs nationaux appartenant à Romsilva – ne sont plus à la charge de personne, étant dépourvues de toute protection et de toute gestion. »

    Les spécialistes qui ont initié le projet « Retrouver la Roumanie » ont établi 10 principes fondamentaux pour gérer le réseau d’aires protégées et préserver la nature de Roumanie. Erika Stanciu, directrice de ProPark – Fondation pour les aires protégées, organisation membre de la Coalition Natura 2000, explique que :« Je mentionnerais avant tout le principe de la priorité : là où il y a une aire protégée, ses objectifs doivent être prioritaires par rapport à tout autre objectif. La législation le stipule et il devrait en être ainsi, car si l’on mettait au premier plan les objectifs des aires protégées, qui concernent la préservation de la nature et le développement durable, on réussirait à faire de ces espaces des modèles pour notre société – des modèles de développement qui favoriseront le développement social. Un autre principe très important, c’est la transparence. La prise des décisions dans la gestion des aires protégées doit être transparente et permettre l’implication active de tous les facteurs intéressés. Ce qui mène à un autre principe important, à savoir la gestion participative. Ce principe est important car, après avoir veillé, pendant 18 mois, sur les aires protégées, les gardiens ont été écartés du système de gestion et il est important que tous les acteurs intéressés et disposant de fonds puissent participer aux processus de gestion. »

    Les auteurs du document espèrent que le projet « Retrouver la Roumanie » sera pris en compte par les responsables du secteur pour une stratégie nationale, afin que des solutions appropriées soient trouvées pour préserver ce patrimoine naturel unique en Europe. (Trad. Dominique)

  • La protection de la population d’esturgeons dans le bassin danubien

    La protection de la population d’esturgeons dans le bassin danubien

    Cest dans le Danube et dans la mer Noire que lon rencontre lune des dernières populations desturgeons sauvages au monde. Malheureusement, ces dernières décennies, le nombre de cette population migratoire ancestrale a baissé de manière dramatique, à cause notamment des barrières érigées par les hommes. Les centrales hydroélectriques, et notamment les barrages ont eu un impact considérable, détruisant lhabitat naturel de lespèce. A côté, la surpêche, le braconnage et la pollution ont provoqué des déséquilibres graves de lécosystème marin, la population desturgeons se voyant directement menacée.



    Des six espèces desturgeons présentes dans le bassin du Danube, il ny a plus que quatre qui survivent encore aujourdhui. Il sagit du béluga européen, du sterlet, appelé aussi lesturgeon du Danube, de lesturgeon étoilé ou sevruga et, enfin, de losciètre, appelé encore lesturgeon diamant. Toutes les quatre sont des espèces en voie dextinction, des espèces en danger critique de disparition, selon lUnion internationale pour la conservation de la nature. La pêche de lesturgeon a été interdite pour la première fois en 2006 pour une période de dix ans en Roumanie, alors quen 2016 le moratoire a été renouvelé et renforcé pour une période supplémentaire de cinq ans.Pour contribuer à la conservation de lesturgeon, World Wide Fund (le Fonds mondial pour la nature) Roumanie sest attaqué à la surpêche, principale menace pour la survie des dernières populations desturgeon sauvage au monde. Mais les scientifiques de WWF Roumanie nhésitent pas à appeler à davantage dimplication, faisant appel à lEurope pour créer des mécanismes qui permettent aux pêcheurs de la région de sinvestir dans des activités productives alternatives, y compris en lien avec la conservation et la protection de la population desturgeons et de leur habitat.



    A présent, le commerce et la vente desturgeons sont strictement interdits en Roumanie, rappelle Cristina Munteanu, manager national du projet de WWF-Roumanie. Ecoutons-la: « La population desturgeons est encore très affectée. Nous ne connaissons ni le nombre, ni les espèces desturgeon qui avaient survécu à la surpêche davant linstauration du moratoire dans le bassin du Danube et dans la mer Noire. Le suivi, fut-il partiel de cette population, appelle à impliquer des ressources importantes dans le processus – et du temps. Mais selon les infos dont nous disposons à lheure actuelle, la population desturgeons ne sest pas reconstituée de manière suffisante pour pouvoir envisager de revenir à une pêche libre. Le moratoire de la pêche à lesturgeon arrive à échéance au mois davril 2021. Il faudrait prendre une décision dici là. »



    WWF Roumanie collabore avec un réseau mondial de chercheurs, réunis sous la coupole de la Société mondiale pour la conservation de lesturgeon, qui a mis au point un plan européen daction visant la conservation de cette population de poissons. Le plan, adopté fin 2018 par la Convention de Berne, qui vise à lutter pour la conservation de la vie sauvage et des habitats naturels dEurope, servira de ligne directrice aux Etats qui abritent les populations européennes desturgeon. Lannée dernière, 10 pays, soit lAllemagne, lAutriche, la Slovaquie, la Slovénie, la Hongrie, la Croatie, la Serbie, la Roumanie, la Bulgarie et lUkraine ont démarré un projet commun sur trois ans, censé protéger les poissons migrateurs et en voie de disparition du bassin danubien. Cristina Munteanu précise :« Le projet, financé par lUnion européenne, et qui a été lancé au mois de juin dernier, se propose de mettre au point des méthodologies communes pour identifier lhabitat de lesturgeon, monter un projet-pilote pour repeupler cet habitat et développer laquaculture de lesturgeon pour arriver à repeupler lhabitat danubien à grande échelle. Par ailleurs, suite à lanalyse des politiques menées actuellement dans le domaine, le projet vise à faire des propositions et des recommandations pour conserver ces espèces. Les plans de navigation, dexploitation du sable ou du gravier, tous les projets censés se dérouler dans le bassin danubien devraient en tenir compte. Il y a dix Etats impliqués dans ce projet. En fonction de son expérience, chaque partenaire est engrené dans un ou plusieurs groupes de travail. Il existe un groupe de travail censé identifier lhabitat de lesturgeon, un autre dédié à la conservation ex situ de lespèce, donc à laquaculture, qui sera à la base du processus de repeuplement, un troisième qui sinvestit dans létude des politiques menées, enfin un quatrième censé recueillir toutes les informations disponibles sur cette population. Si le projet nest quà ses débuts, on est déjà arrivé à rédiger une proposition de manuel pour identifier les habitats de lesturgeon, analyser les politiques publiques qui ont cours en la matière, et lon a commencé à élaborer un rapport sur ces politiques ».



    Toujours dans le cadre de ce projet, le 18 avril dernier, a eu lieu à Isaccea, dans le département de Tulcea (est), la première tentative de repeuplement du Danube avec des esturgeons diamant. Cristina Munteanu précise :« Lévénement a eu un rôle dexemple. 1500 exemplaires desturgeons ont été libérés. Ils ont été marqués et seront suivis pour comprendre le comportement de cette espèce tout au long du Danube et dans la mer Noire, là où ils vont pour se nourrir. Des tentatives de repeuplement auront également lieu en Hongrie, sur une petite échelle, afin de pouvoir les suivre, pour comprendre leur comportement. Ensuite, le repeuplement est prévu sur une plus grande échelle.



    Laquaculture de lesturgeon sest développée en Roumanie, et dans ce cas sa commercialisation est légale. Un kilo desturgeon daquaculture est vendu à 9,50 € alors que le caviar convoité produit par cet esturgeon est vendu entre 1.270 et 2.120 € le kilo. ( Trad. Ionut Jugureanu)

  • Le programme «Des eaux propres»

    Le programme «Des eaux propres»

    Le Danube charrie, chaque jour, des tonnes de déchets en plastique, affirme l’Association « MaiMultVerde / Plus de vert », initiatrice du programme « Des eaux propres », visant à combattre la pollution des eaux du fleuve et de la mer Noire. En fait, c’est un appel à l’implication dans des actions éducatives et d’écologisation, lancé aux habitants et aux autorités publiques des localités danubiennes. Chaque année, des millions de tonnes de déchets finissent dans les mers et les océans de la planète. Le milieu marin souffre de la pollution avec des déchets en plastique, et tout particulièrement, avec des emballages tels les bouteilles et les sacs jetables, notre planète allant tout droit à la catastrophe, selon l’Organisation des Nations Unies. La Commission européenne attire, elle aussi, l’attention sur le fait qu’après la Méditerranée, dans l’UE, c’est la mer Noire qui contient la plus grande quantité de déchets marins, dont 90% sont en plastique.

    Doru Mitrana, président de l’Association « MaiMultVerde », affirme que le Danube transporte des quantités bien plus grandes de ce type de déchets, à cause de phénomènes naturels inattendus, tels la crue des affluents : « L’étude la plus récente, réalisée par l’Université de Vienne, indique que le fleuve transporte quotidiennement environ 4,2 tonnes de plastique dans la mer Noire (1.533 tonnes/an). Les chiffres de cette étude, complétés avec les images de grandes quantités de plastique emportées par les crues, nous font croire que le problème est beaucoup plus grave. C’est de là qu’est partie l’idée de ce projet, qui se veut, en fait, un partenariat pour un bien commun, lié à un problème qui nous concerne tous et à la solution duquel nous devons tous contribuer. Je pense aux gens, aux compagnies et aux autorités de l’Etat, car parler des eaux propres du Danube, c’est parler des eaux propres de la Roumanie. On voit que le plastique vient de partout, pour finir dans le Danube et dans son delta. Jeter le plastique en Moldavie, en Transylvanie ou dans le sud du pays n’a aucune importance. Les eaux nous relient tous et tout ce qui est matière plastique est collecté par le Danube et finit en mer Noire. »

    Les initiateurs du programme « Des eaux propres » vont collaborer avec les autres pays riverains du Danube, qui produisent des quantités de déchets importantes, ainsi qu’avec des institutions européennes et internationales. Il s’agit par exemple de la Commission internationale pour la protection du Danube, la UN Water qui coordonne les efforts des entités des Nations Unies et des organisations internationales travaillant sur les questions relatives à l’eau et à l’assainissement. Ou encore le Programme des Nations unies pour l’environnement, une organisation dépendante de l’Organisation des Nations unies, ayant pour but de coordonner les activités de l’ONU dans le domaine de l’environnement et d’assister les pays dans la mise en œuvre de politiques environnementales. Afin d’enrayer la destruction de l’écosystème marin, l’Union européenne se propose d’éliminer entièrement la pollution au plastique de ses mers jusqu’en 2030, ont annoncé les responsables communautaires lors de la célébration de la Journée maritime européenne en Roumanie. En ce sens, des mesures seront prises pour interdire l’utilisation d’objets en plastique à usage unique et pour financer des projets visant à éliminer les déchets marins, tels les filets de pêche à localisation électronique ou des drones de détection des déchets en mer. De même, l’innovation dans le domaine maritime sera encouragée par le biais du programme de recherche post-2020 « Horizon Europe » de coopération régionale et internationale.

    Doru Mitrana : « Ce plastique arrive aussi dans le delta du Danube, une zone dont la biodiversité est exceptionnelle, où il est avalé par les poissons, les oiseaux et, tôt ou tard, par nous-mêmes. Il est donc question du plastique de grandes dimensions, qui peut encore être récupéré, mais aussi du micro-plastique, qui a déjà investi les eaux et les animaux et sur lequel nous n’avons plus les moyens d’intervenir. Voilà pourquoi il est important de ne plus ajouter de nouvelles quantités de plastique à celles existantes. Une autre étude dit que, si nous ne changeons pas ces paramètres, il est fort probable qu’en 2050 on trouve davantage de plastique que de poisson dans nos eaux. Ce sont des statistiques très inquiétantes, car les eaux sont une source de nourriture, mais aussi de loisirs et d’autres activités économiques porteuses de développement local et national. »

    Le programme « Des eaux propres » comporte des actions de nettoyage des rives du Danube, réalisées par des bénévoles et des membres de collectivités riveraines, en partenariat avec les pouvoirs locaux et les Inspections scolaires départementales.

    Les solutions identifiées seront mises en œuvre à l’automne, précise Doru Mitrana : « Nous nous proposons de trouver des solutions pour la Roumanie, c’est la raison pour laquelle nous avons commencé ce travail avec une colonie de nettoyage dans le delta du Danube, au mois de mai. Une centaine de bénévoles ont collecté 5 tonnes de déchets en plastique sur l’île de Sacalin. Notre projet est mis en œuvre dans 10 villes riveraines du Danube, où nous travaillons avec des ONG partenaires locales et de Bucarest. En fait, nous mettons sur pied des groupes d’initiative, formés de gens intéressés par ce problème et qui veulent s’impliquer pour le résoudre. Le 29 juin, la Journée du Danube, nous aurons les premières actions dans ces collectivités, pour travailler ensemble d’abord pour nettoyer les rives du fleuve et ensuite pour identifier des solutions qui empêchent le plastique de polluer les eaux. Quand je dis « solutions », je pense au tri sélectif, au traitement des déchets, à l’aménagement d’aires de loisirs sur le Danube où les déchets soient ramassés et envoyés à des installations de traitement. »

    Le 29 juin est la Journée internationale du Danube, une date qui rappelle la signature de la Convention de coopération pour la protection et l’utilisation durable du fleuve, au cours d’une cérémonie déroulée à Sofia, en Bulgarie, en 1994. Cette année, la Commission internationale pour la protection du fleuve a proposé le thème « Get Active for a Safer Danube !/Soyez actifs pour un Danube plus sûr ! », pour promouvoir la solidarité entre les peuples qui ont cette ressource en partage. Tous les 14 pays danubiens organiseront des manifestations mettant l’accent sur l’adoption de mesures et de stratégies communes pour protéger le fleuve face à des menaces telles les phénomènes extrêmes (sécheresse ou inondations) ou des pollutions accidentelles. (Trad.: Ileana Ţăroi)

  • Le Parc naturel de Comana

    Le Parc naturel de Comana

    Le Parc naturel de Comana est une aire
    protégée d’intérêt national située à une quarantaine de kilomètres de la
    capitale, Bucarest, dans le département de Giurgiu. Site Ramsar, occupant une
    superficie de plus de 25.000
    hectares et faisant partie du réseau européen Natura
    2000, il abrite une biodiversité tout à fait remarquable. En effet, plus de 8
    mille hectares sont recouverts de forêts de chêne, de tilleul, d’orme et
    d’acacia, où foisonne une faune variée, dont faisans et biches, sangliers, lièvres
    ou encore de sympathiques renards.

    Trois aires protégées distinctes se
    retrouvent dans le Parc naturel: la réserve du fragon, celle de la pivoine
    voyageuse et, enfin, le delta du Neajlov, la rivière qui donne vie à toute la
    région. Valentin Grigore, le directeur du Parc de Comana, nous apporte des
    détails: « Ceux qui arriveront
    cette année aux alentours du 1er mai trouveront les pivoines
    voyageuses en pleine période de floraison. Habituellement cette période ne
    débute que pendant la 2e semaine du mois de mai, mais cette année, à
    cause d’un hiver un peu plus doux qu’à l’accoutumée et du printemps qui a
    commencé plus tôt, nous sommes un peu en avance. La réserve du fragon est
    encore autre chose. Il s’agit d’une plante méditerranéenne, avec de beaux
    fruits rouges, et qui demeure verte toute l’année, y compris pendant la saison
    froide. Et puis le parc naturel compte encore des champs recouverts de
    marguerites communes et, surtout, de crocus moesiacus, une plante pérenne aux
    fleurs jaunes ».



    Le delta de Comana, qui s’étend sur 1.200 hectares,
    compte pour la 3e étendue humide du pays en termes de richesse de la
    biodiversité, après la Petite Ile de Brăila et le delta du Danube, selon le
    même Valentin Grigore: « Nous avons identifié 141 espèces
    d’oiseaux, dont 78 espèces protégées. Il s’agit donc d’un petit trésor situé
    aux portes de Bucarest. Par ailleurs, le delta de Comana compte certaines
    espèces endémiques de poissons, tels le petit tsigane de Comana et le chevaine
    de Comana, que l’on ne trouve que dans cette zone. N’oublions pas les dix
    espèces différentes de batraciens, les lézards, la tortue aquatique. Ou encore
    la population de chacals qui, si elle n’est pas protégée à proprement parler,
    est en train de s’étendre du fait de l’extinction du loup. Le printemps est
    aussi la saison du retour des oiseaux migrateurs, dont les cigognes fascinent
    énormément, les enfants en premier lieu. Les cigognes blanches bien connues,
    mais encore les cigognes noires, plus rares, car plus sensibles. 20% de la
    population européenne des cigognes noires, c’est à Comana que vous les
    retrouverez. Car cette espèce est attachée à la présence des vieux arbres, de
    vieux chênes situés autour des plans d’eau, des conditions naturelles qui se
    font rares ailleurs. Et puis, dans les zones inondables, l’on rencontre le
    grand et le petit cormoran, le fuligule milouin, le martin pêcheur d’Europe, le
    cygne tuberculé, le fuligule nyroca, le bihoreau gris et le héron pourpré.
    Certains viennent regarder une espèce dont ils ont rêvé toute une vie, d’autres
    cherchent le point de vue rêvé. Quatre observatoires ornithologiques
    surplombent le delta ».


    C’est donc dans ce fameux Parc de Comana
    que l’on trouve la célèbre cigogne noire, plus petite et plus farouche que sa
    cousine, la cigogne blanche. Pour assurer la survie de l’espèce, la Société
    ornithologique roumaine a récemment mené une action de reboisement du chêne pédonculé. Ecoutons Ovidiu Bufnilă, chargé de
    communication de la Société : « Les cigognes noires viennent
    nicher ici. Il s’agit d’une espèce à la fois rare et très farouche. Cela n’a
    rien à voir avec les cigognes blanches, qui ne se privent pas de nicher au
    milieu du village, autour de la cheminée ou en haut d’un poteau d’électricité.
    Les cigognes noires se cachent au milieu de la forêt. Parfois, elles arrivent
    même à ravir des nids d’aigles, mais toujours en hauteur, sur les cimes de
    vieux arbres, bien solides, où elles nichent entre les branches. C’est pour
    cette raison que nous avons décidé de leur donner un coup de pouce en reboisant
    toute une zone de chêne pédonculé. Ce chêne, c’est une espèce originaire de
    Roumanie, une espèce qui fait vivre toute une microfaune, sous toutes ses
    formes. Et puis, les glands produits par ces chênes nourrissent les sangliers,
    alors que le geai des chênes y établit son nid. Pour l’opération, nous avons
    bénéficié de l’aide de 300 bénévoles, qui ont planté mille chênes en une seule
    journée. C’est dire !».



    Par ailleurs, le Parc de Comana offre
    mille opportunités de détente, des promenades romantiques en barque de pêche à
    l’équitation et au vélo. Tout près, à l’orée du village homonyme, se situe le
    monastère de Comana, fondé en 1461 par Vlad l’Empaleur, le personnage
    historique qui inspira Bram Stoker lorsqu’il conçut son très célèbre Dracula. (Trad.
    Ionuţ Jugureanu)

  • Les déchets marins

    Les déchets marins

    Des quantités de plus en plus importantes de résidus plastiques finissent dans les océans. D’ici 2050, la quantité de déchets plastiques y dépassera celle des poissons. Des tonnes de tels déchets flottent sur l’océan, 85% des déchets marins étant des déchets plastiques, qui forment par endroits de véritables îlots. De nombreuses espèces marines prennent les microparticules de plastique pour de la nourriture et le plastique se retrouve finalement dans les aliments que nous mangeons. Les écologistes tirent la sonnette d’alarme, exigeant l’élaboration de mesures efficaces pour réduire la quantité de déchets marins. Luis Popa, le directeur général du Musée national d’histoire naturelle « Grigore Antipa », explique l’impact du plastique sur le milieu marin :



    « C’est dans les années 1960 que la fabrication du plastique a commencé. Une cinquantaine d’années après, nous sommes arrivés à plus 300 millions de tonnes sur l’ensemble de la planète. C’est le pétrole qui constitue, à 90%, la matière première des plastiques. L’industrie du plastique utilise pratiquement autant de pétrole que toute l’industrie aéronautique. Cette matière plastique de synthèse est peu dégradable, c’est d’ailleurs l’avantage qui nous a déterminés à l’utiliser. Après l’utilisation, cet avantage devient un énorme inconvénient : arrivé dans l’environnement, le plastique résiste des centaines ou des milliers d’années — et dans les océans même davantage. Le plastique a tout d’abord un impact direct sur les animaux, mais ses effets peuvent être aussi indirects. Par exemple, les particules de plastique qui arrivent sur les plages en diminuent la température, ce qui affecte les tortues, qui ont besoin d’une température suffisamment élevée pour se reproduire. La moitié de la masse de déchets plastiques arrivés en milieu aquatique est flottante, l’autre moitié sombre au fond des eaux et là, il modifie la composition de la flore et de la faune, déclenchant des effets en cascade sur l’ensemble de l’écosystème marin. »



    Depuis 2009, l’Organisation « Mare Nostrum » de Constanţa assure le suivi des plages de la mer Noire, elle y retire des tonnes de déchets. 2018 a été l’année la plus « sale », pour ainsi dire, au cours de laquelle les plus grandes quantités de déchets marins ont été enregistrés sur le littoral roumain. Depuis 2014, plus de 100.000 restes en tout genre ont été ramassés sur les plages du littoral, pour être ensuite détruits. La ville de Constanța se situe en tête de ce classement négatif, avec 22.612 restes. La station de Costinești occupe la dernière place, avec 4.096, et la localité de Corbu l’avant-dernière avec 4.182. Marian Paiu, écologiste au sein de l’ONG Mare Nostrum :



    « Malheureusement, l’année dernière nous avons enregistré la plus grande quantité de déchets. Au début, il nous a semblé que c’était une année plus « propre », pourtant, elle s’est avérée la plus sale, avec plus de 38.000 restes identifiés seulement lors de notre action d’automne. C’est beaucoup. Au printemps 2015 nous avons ramassé un peu plus de 2.000 restes, en 2016 — 3.885 éléments, en 2017 il y avait déjà 18.000 et en 2018 — 24.000. La quantité n’était pourtant pas importante, car, en général, la plupart des déchets sont de petites dimensions. Ces dernières années, les mégots ont été les déchets les plus fréquents. Par exemple, l’automne dernier, sur la plage « Trei papuci » de Constanţa, qui a une superficie de 10.000 m² seulement, nous avons ramassé plus de 6.000 mégots. »



    L’ONG écolo « Mare Nostrum » de Constanţa mène actuellement un projet visant à améliorer l’accès du public aux données sur la gestion des déchets marins, dans une tentative de réduire la pollution marine de la mer Noire. Le but du projet est d’assurer une meilleure intégration transfrontalière des informations, du savoir-faire et de l’expertise dans le domaine de la gestion des déchets marins dans le bassin de la mer Noire. Marian Paiu explique:



    « Par ce projet, nous tentons de centraliser les données existantes, de les rendre accessibles, non seulement aux chercheurs et aux institutions qui pourraient les utiliser en vue d’une meilleure gestion des déchets, mais aussi à l’ensemble de la population, pour qu’elle prenne conscience de l’envergure du problème. Nous avons déjà organisé un atelier pour voir quelles sont les institutions qui recueillent les informations sur la situation des déchets marins, quelles sont les informations recueillies et de quelle façon on peut diminuer la quantité de déchets marins sur le littoral roumain. Nous avons constaté que très peu d’institutions recueillent de telles données. Finalement, presque personne ne tient compte de la quantité de déchets produits ou collectés annuellement. »



    4 ateliers consacrés au problème des déchets marins et à leur impact sur l’écosystème de la mer Noire seront organisés début mai en Roumanie, Turquie, Bulgarie et Ukraine, dans le cadre du projet européen ANEMONE.


    (Aut. : Teofilia Nistor ; Trad. : Dominique)