Category: Terre Verte

  • L’état des forêts roumaines…

    L’état des forêts roumaines…

    Les résultats du deuxième cycle de l’Inventaire forestier national ont été rendus publics à la fin de l’année dernière. Ce deuxième cycle comprend l’analyse des données recueillies entre 2013 et 2018 concernant toutes les forêts de Roumanie. L’on a conclu que le hêtre est la principale espèce forestière des forêts roumaines, occupant 31% de la surface des terrains boisés. Viennent ensuite les résineux (épicéa, sapin, pin etc.) avec 26%, diverses espèces de « feuillus durs » (charme, acacia, frêne, platane d’Amérique etc.) et des espèces de chêne qui couvrent à elles seules 1% de la surface. En dernière position se trouve le groupe des « feuillus tendres » (tilleul, peuplier, saule etc.) qui couvrent 7% de la surface boisée. La distribution par âge des forêts montre que 20% d’entre elles rentrent dans la classe III (50 ans d’âge) et seulement 10% font partie de la classe VI (100-120 ans d’âge), se trouvant ainsi dans des aires protégées.

    La conclusion générale de l’Inventaire forestier national est positive, estime le directeur exécutif Fordaq Roumanie, organisation qui regroupe des producteurs de bois et de produits dérivés, Cătălin Tobescu : « En premier lieu, nous remarquons une augmentation de la surface couverte de végétation forestière, qui arrive à un peu plus de 7 millions d’hectares au niveau national. Ce qui est important c’est qu’il y a une croissance par rapport aux mesures prises il y a cinq ans. Outre les forêts incluses dans les aménagements forestiers, il existe d’autres types de terrains que nous comptons maintenant dans le fonds forestier national : les pâturages boisés, les prés, les lisières le long des rivières, les bois, toutes sortes de surfaces couvertes d’arbres qui totalisent elles aussi 500.000 hectares. Alors, la surface couverte d’arbres est plus grande que celle que nous prenions en compte précédemment. Nous arrivons à une moyenne de 0,35 hectares par tête d’habitant, ce qui dépasse la moyenne européenne, alors que jusqu’à présent l’on considérait être en dessous de cette moyenne. Cette étude nous donne aussi des informations sur les terrains vides du fonds forestier, c’est-à-dire les terrains non régénérés, qui couvrent seulement 56.000 hectares. Ça veut dire que 1% de la surface totale des forêts n’est pas couverte d’arbres ou n’est pas régénérée. C’est important de constater cela, car on a beaucoup parlé ces vingt dernières années des soi-disant défrichements illégaux et de la disparition des forêts de Roumanie. Ces accusations sont démontées par les données de l’Inventaire forestier national. Une autre information donnée par l’Inventaire est que le volume de bois des forêts a augmenté dans les cinq ans écoulés entre le premier et le deuxième cycle de cette étude. Cela signifie que nous abattons à un rythme plus lent que la croissance des arbres, donc nous exploitons les forêts de manière durable. Nous récupérons environ 60% de la croissance des forêts. »

    D’un autre côté, les associations actives dans le domaine de l’environnement expriment leur mécontentement quant aux résultats de ce deuxième cycle de l’Inventaire forestier national. Selon eux, les défrichements illégaux ont dépassé les légaux, fixés à 18 millions de mètres cubes par an. Plus de 20 millions de mètres cubes de bois seraient volés chaque année, sans que cela apparaisse dans les calculs de l’Inventaire national. Ce volume représente l’équivalent d’une surface de 242.352 hectares de forêt défrichés entre 2013 et 2018.

    Andrei Ciurcanu, directeur d’investigations de l’ONG « Agent Green » : « Nous détenons des informations qui indiquent que l’on essaie de cacher certaines données ou d’en empêcher la publication dans l’Inventaire forestier national. En utilisant des méthodes journalistiques, nous sommes en possession d’informations sur le volume de bois mesuré dans le premier cycle l’Inventaire et qu’on ne retrouve pas dans le deuxième cycle. Il s’agit d’une moyenne statistique annuelle de 38,6 millions de mètres cubes. Nous avons publié une lettre ouverte, adressée au Président et au ministère des Eaux et des forêts, où nous demandons un débat sur ce chiffre. Une question se pose : si le volume de bois défriché annuellement entre les deux cycles de l’Inventaire est de 38,6 millions de mètres cubes et que la Roumanie, selon les données officielles, exploite en moyenne 18 millions de mètres cubes de bois, où se trouve la différence de 20 millions de mètres cubes ? Légalement, cette différence n’est pas couverte. Notre conclusion est que les 20 millions de mètres cubes sont défrichés illégalement chaque année. »

    Ces résultats sont d’autant plus inquiétants, d’après les activistes environnementaux, que le premier cycle de l’Inventaire avait révélé des exploitations illégales, entre 2008 et 2012, d’environ 8,8 millions de mètres cubes par an. On assisterait alors à une augmentation de plus de 230% des déforestations illégales entre les deux cycles de l’Inventaire.

    En novembre dernière, Agent Green, la plus puissante ONG verte roumaine, a publié un rapport sur l’exploitation des forêts centenaires de Roumanie. Le document montre que des milliers d’hectares de forêt vierge sont dégradés de manière irréversible chaque année. Beaucoup de ces forêts précieuses se trouvent dans des sites du réseau Natura 2000, protégés au niveau européen. Ces cinq dernières années, la Roumanie a perdu l’équivalent de 3.600 hectares de forêt centenaire par des exploitations à échelle industrielle. Les parcs nationaux les plus affectés sont Călimani, Domogled – Vallée de la Cerna et Semenic – Gorges de Caraș. Ce sont des sites naturels qui accueillent aussi des forêts de hêtre, incluses au patrimoine mondial de l’UNESCO, ainsi que la plus grande réserve naturelle de forêt de hêtre d’Europe, les Sources de la Nera. Les écologistes sont donc allés à Bruxelles pour demander à la Commission européenne d’intervenir pour la sauvegarde des aires protégées de Roumanie.

    Selon l’Inventaire forestier national, la Roumanie a 29,55% de sa surface couverte de bois et se situe sous la moyenne européenne, qui est de 32,4%. (Trad. Elena Diaconu)

  • Le rapport Planète Vivante 2018

    Le rapport Planète Vivante 2018

    20 ans sont passés depuis la première édition du rapport Planète Vivante, publié tous les deux ans par l’association internationale de protection de l’environnement, le Fonds Mondial pour la Nature (WWF). Le rapport détaille l’état de santé de la planète et, d’une édition à l’autre, les résultats sont de plus en plus alarmants, dévoilant l’impact de l’homme sur la Terre. Les populations globales de vertébrés sauvages décroissent d’année en année, les forêts sont défrichées, les sols dégradés, les océans et les rivières sont de plus en plus pollués. On détruit progressivement les écosystèmes et la vie sauvage. Les écologistes ont souligné de nombreuses fois la nécessité d’arriver à un accord global pour la protection de la biodiversité, pour reconstituer les habitats et la nature en général. Le rapport de cette année illustre le même tableau sombre de la dégradation de la nature, selon Adriana Trocea, experte en communication externe pour WWF Roumanie. « Le rapport Planète Vivante est une étude qui compare l’état de santé de la planète avec le niveau de consommation et de pression que nous lui faisons subir. Il compare l’évolution des populations d’espèces vertébrées avec notre empreinte carbone globale. C’est une étude d’amplitude qui couvre plus de 16.000 populations de 4.000 espèces de vertébrés : mammifères, poissons, oiseaux, amphibiens et reptiles. Le rapport 2018 montre qu’entre 1970 et 2014 l’effectif des populations de vertébrés sauvages a baissé de 60%. Le déclin le plus important concerne les espèces aquatiques, notamment celles des zones tropicales, c’est ce qu’indiquaient déjà les rapports précédents. Prenons le triste exemple des coraux des eaux de petite profondeur. Pour ces espèces nous avons perdu environ la moitié de la population en seulement 30 ans, c’est une dégression très rapide. Ceci alors que la Grande Barrière de Coraux assure environ 70.000 emplois en Australie et apporte presque 6 milliards de dollars annuellement à l’économie australienne. Il est évident que chaque espèce a un impact très important pour nous et ceci sur tous les plans. Sans ces espèces sauvages la planète ne serait pas habitable, nous dépendons de la biodiversité pour l’eau, la nourriture ou les loisirs. »

    Le rapport Planète Vivante, en même temps qu’il alerte sur la surexploitation des ressources, met en évidence l’importance de la nature pour l’économie mondiale, comme l’explique Adriana Trocea. « La nature nous fournit des emplois et nous offre des services. A l’échelle globale, on parle de services pour 125 trillions de dollars par an. Les pollinisateurs par exemple ont un impact énorme sur la production agricole. Mais leurs populations sont en déclin, il nous faudrait intervenir. Par exemple, les agriculteurs des Etats-Unis ont investi presque 300 millions de dollars l’année dernière pour installer des ruches dans les vergers d’amandiers pour la pollinisation des fleurs. La pression est énorme pour toutes les espèces. L’activité humaine a affecté de manière significative les habitats et les ressources naturelles. Concrètement, notre manière de consommer, celle d’utiliser l’énergie et, finalement, tout ce que nous faisons a un impact négatif sur les espèces sauvages. 20% de la surface de l’Amazonie a disparu en seulement 50 ans, mais la perte est énorme car l’Amazonie est un noyau de biodiversité avec énormément d’espèces sauvages. La cause de cette disparition : en grande partie l’agriculture intensive. Nous avons défriché massivement pour planter, par exemple, les palmiers utilisés pour produire l’huile de palme, ce sont eux qui ont remplacé les forêts. »

    Les auteurs de cette 12ème édition du rapport Planète Vivante avertissent que cette perte de la biodiversité représente un danger au moins aussi important pour la Terre que les changements climatiques. Ils soulignent aussi le temps court qui nous reste et le besoin urgent de repenser et de redéfinir au niveau global notre manière de protéger et d’aider la nature à se reconstituer. WWF incite surtout la communauté mondiale à établir un accord global pour enrayer la décroissance rapide de la vie sauvage, note Adriana Trocea. « Nous avons encore la possibilité d’agir. Les spécialistes affirment que nous sommes peut-être la dernière génération qui pourrait influencer le cours de l’histoire du point de vue environnemental. Il y a aussi quelques résultats positifs ces dernières années. Par exemple, nous avions presque fait disparaître les tigres au niveau global. Les populations avaient baissé de plus de 90% au cours des 100 dernières années, pour arriver à une population mondiale de moins de 4.000 tigres vivant à l’état sauvage. Néanmoins, les efforts cumulés des gouvernements des pays qui ont des tigres sauvages sur leur territoire donnent des résultats visibles. Au Népal, par exemple, on a constaté une augmentation de la population de tigres. Un autre exemple est celui des bisons qui avaient disparu de Roumanie depuis 200 ans. Mais à travers les efforts de conservation qui ont été faits, voilà que nous pouvons à nouveau profiter d’une population de bisons à l’état sauvage, et celle-ci continue à augmenter. En ce moment, il y a environ 50 bisons dans les Carpates de Roumanie. » D’autres espèces, menacées et presque disparues, ont vu leurs effectifs augmenter à nouveau grâce aux programmes de réintroduction, comme le chamois, l’élan, le cerf, le chacal, le castor, le faucon sacre ou l’aigle royal.

    Trad : Elena Diaconu

  • Protéger les eaux de l’UE

    Protéger les eaux de l’UE

    La plupart des étendues d’eau de l’UE présentent un mauvais état écologique. C’est le résultat d’une étude de l’Agence européenne pour l’environnement menée entre 2010 et 2015, basée sur l’analyse de 130.000 sources d’eau. Et le rythme de dégradation des eaux européennes est alarmant. En Europe de l’Est, les rivières et les lacs sont plus propres qu’en Europe Occidentale, où la densité de la population et l’agriculture sont les deux principales causes de la pollution des eaux.

    Au niveau mondial, la situation est tout aussi alarmante. En l’absence de mesures immédiates, le monde se dirige vers une crise de l’eau potable, mettent en garde les spécialistes. Selon les calculs de l’ONU, environ 5 milliards de personnes vivront dans des zones ayant un accès réduit à l’eau d’ici 2050. Parallèlement, selon un rapport de la Banque Mondiale, environ 70 rivières importantes dans le monde se sont asséchées ces dernières années. En cause, leur exploitation par des systèmes d’irrigation et de la consommation excessive d’eau.

    Du côté de l’Union européenne, les Etats membres sont soumis à la Directive-cadre sur l’Eau pour régénérer les écosystèmes aquatiques pollués. Toutefois, un rapport récent constate que cette directive n’est pas mise en œuvre sur le terrain bien que la plupart des rivières et des eaux côtières et souterraines soient toujours polluées. Le mercure et le cadmium sont les polluants que l’y on retrouve le plus souvent.

    Pour mieux comprendre la situation concernant l’état des eaux sur le Vieux Continent, nous nous sommes adressés à Camelia Ionescu, coordinatrice nationale du Département des Eaux Douces chez WWF (Le fonds mondial pour la nature) Roumanie : « Seules 40% des eaux européennes sont dans un état bon ou très bon. Les critères d’évaluation des rivières sont fondés sur la législation en vigueur, sur la Directive-cadre sur l’eau et sur plusieurs autres actes normatifs associés à cette directive. Le rapport dont on parle a examiné les paramètres physiques et chimiques des eaux et l’impact de l’activité humaine sur les rivières, comme par exemple la construction de barrages etc…. Chaque pays a analysé ces paramètres au moment de l’évaluation de l’état de ses rivières. Cependant, on a constaté que de nombreux aspects ont été laissés de côté depuis la mise en application de la Directive, au début des années 2000. A ce moment – là, la directive établissait des objectifs clairs pour arriver à une meilleure qualité des eaux en 2015, et des éléments à cibler pour atteindre ce but. Mais de nombreux Etats membres ont adopté des dérogations, en prolongeant les délais. Cela témoigne d’un manque d’ambition, mais aussi de la manière inefficace dont a été évaluée et perçue cette nécessité d’investir dans la protection des rivières. La Directive précise que toutes les mesures doivent être prises avant 2027. C’est la date butoir pour avoir en Europe des rivières d’une meilleure qualité du point de vue écologique. »

    Concernant la Roumanie, le rapport de l’Agence européenne pour l’environnement affirme que la plupart des eaux du pays sont propres. Des investissements majeurs ont été faits dans ce domaine ces dernières années. 287 villes ont bénéficié de fonds pour réhabiliter ou élargir l’infrastructure d’alimentation et de traitement de l’eau. Sur la période 2014-2020, 2,7 milliards d’euros ont été alloués à ce secteur et 4 nouveaux projets ont été approuvés. Parmi ces projets, il y en a un qui concerne la capitale, Bucarest ; il est chiffré à 200 millions d’euros provenant de fonds européens.

    Camelia Ionescu précise: « La Roumanie est au-dessus de la moyenne européenne en ce qui concerne la qualité des eaux. Concrètement, nous avons encore des rivières en bon état, mais il existe aussi de nombreux risques liés aux sources de pollution parmi lesquelles les travaux agricoles. A mon avis, quasiment l’ensemble du territoire est sensible aux nitrates provenant de sources agricoles. De nombreuses sources sont inutilisables en tant que source d’eau potable. Nous devrions réviser la manière dont sont planifiées les activités agricoles, afin de protéger les ressources aquatiques. »

    La Directive-cadre sur l’eau est actuellement en train d’être révisée. Cette vérification, appelée « fitness check », analyse sa pertinence, son efficacité, sa cohérence et sa valeur ajoutée au niveau de l’UE. Ce processus de révision inclut aussi une consultation publique, lancée en septembre dernier. Une centaine d’ONG travaillent en ce moment sur la protection et le renforcement de la mise en œuvre de cette directive. Elles ont lancé une campagne demandant à la Commission européenne de s’assurer que la Directive-cadre sur l’eau reste inchangée, alors que plusieurs Etats membres de l’Union souhaitent l’affaiblir.

    Camelia Ionescu explique : « Ce processus d’évaluation permet aussi aux citoyens d’exprimer leur position, leurs idées en ce qui concerne la gestion des eaux. C’est le moment où les citoyens peuvent transmettre à la Commission Européenne, aux pouvoirs locaux et européens leur vision sur la mise en place des directives et sur la protection des rivières, dire si la législation est bonne ou s’il faut l’améliorer. Nous savons que cette directive cause beaucoup de problèmes à de nombreux utilisateurs et aux autorités de différents pays, c’est pourquoi ils souhaitent la voir changer. Nous craignons que ces transformations n’entraînent une diminution des objectifs et n’affaiblissent la manière dont sont gérées les eaux. »

    Notons pour terminer que cette consultation publique dure jusqu’au 4 mars 2019. C’est donc le moment d’agir ! (Trad. Valentina Beleavski)

  • Les défrichements illégaux en Roumanie continuent, selon un rapport

    Les défrichements illégaux en Roumanie continuent, selon un rapport

    La superficie couverte de forêts a encore diminué en Roumanie, jusqu’à 28,95% de la surface du pays (environ 7 millions d’hectares), bien en dessous de la moyenne de l’Union européenne qui est de 43%. Environ 415.000 hectares de cette surface appartiennent à des petits propriétaires de lots inférieurs à 100 hectares, lots qui ne sont pas administrés et qui sont ainsi exposés au risque de défrichage. Seulement 3% de la superficie du pays est aujourd’hui couverte de forêts vierges et quasi-vierges, c’est-à-dire des zones où la nature s’est développée sans l’intervention de l’homme. Ce pourcentage était de 12% en 1974. Beaucoup de ces forêts centenaires de hêtre ont été inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco.

    Selon le dernier rapport de l’ONG Greenpeace sur les déforestations illégales en Roumanie en 2017, les autorités ont identifié 12.487 cas de défrichements illégaux au niveau national. On parle donc d’environ 34 cas identifiés par jour, un chiffre supérieur de 32% à celui de l’année précédente. Cela signifie qu’en Roumanie, plus de 3 hectares de forêt sont abattus toutes les heures. Ciprian Găluşcă, le coordinateur de la campagne « Forêts et biodiversité » de Greenpeace Roumanie, présente les détails de ce rapport : « Les départements avec le plus de coupes sont Mureş, Braşov et Olt. La gravité des faits est nettement plus importante par rapport à 2016. 8.000 infractions ont été enregistrées en 2017, soit une augmentation de 62% par rapport à l’année précédente. Au total, il existe 200.000 mètres cubes de bois découverts comme abattus illégalement au niveau national. Les données officielles indiquent qu’entre 2008 et 2014, il y a eu 8 millions de mètres cubes de bois coupés de façon illégale par an. Sur cette quantité, les autorités font état de défrichages illégaux pour 200.000 mètres cubes, ce qui représente 2% du phénomène. En regardant ces chiffres nous pouvons constater que les pouvoirs publics ne sont malheureusement pas très efficaces pour stopper ce phénomène. »
    Les départements de Cluj, Maramureș et Sibiu cumulent 54% du volume national de bois coupé illégalement en 2017. Plus de 20.000 cas de défrichements illégaux ont été enquêtés l’année dernière, en hausse de 15% par rapport à 2016. En ce qui concerne la finalisation des dossiers, on remarque une augmentation de 26% par rapport à 2016, les procureurs ayant traité presque 5.500 dossiers et seulement 605 dossiers sont arrivés en justice. Aussi, 1.465 moyens de transport utilisés pour le transport du bois coupé illégalement ont été saisis. Là aussi c’est une progression d’environ 28% par rapport à l’année précédente. Ciprian Găluşcă, Greenpeace Roumanie : « Quand nous allons sur le terrain pour faire des observations, on voit que ceux qui pratiquent des déforestations illégales sont extrêmement bien équipés. Ce sont des opérateurs économiques avec des outils performants qui leur permettent d’exploiter le bois et de quitter les lieux au plus vite. En parlant des véhicules saisis par les pouvoirs publics en 2017, on constate qu’il y a encore beaucoup de charrettes. On ne peut pas dire clairement qui défriche et combien d’arbres sont abattus en Roumanie. »
    Ces dernières années, les autorités roumaines ont mis en application une série de systèmes et de protocoles entre les institutions visant à combattre le phénomène des arbres abattus illégalement et à accroître la transparence dans ce domaine. Malgré cela, le phénomène continue. Les associations essayent elles aussi de trouver des solutions. Ciprian Găluşcă : « Les ONGs actives dans le domaine de l’environnement remplissent leur mission, elles attirent l’attention vers ce problème et proposent des solutions pour impliquer les citoyens. Greenpeace Roumanie fait de même. Nous allons bientôt lancer une application pour les téléphones portables, à l’aide de laquelle les gens puissent s’impliquer dans la protection des forêts en Roumanie et spécialement dans la protection des forêts vierges. L’application offrira la possibilité aux citoyens de rapporter en temps réel les cas potentiellement illégaux. Prenons le cas d’une personne qui traverse une zone boisée et qui découvre des défrichements suspects. Il y aura un questionnaire à l’intérieur de l’application qui guidera la personne pour découvrir s’il s’agit d’une exploitation illégale ou pas. Elle nous enverra ultérieurement le formulaire renseigné, accompagné par des photos et par la position géographique exacte. De notre côté, nous analyserons les données et nous les enverrons aussi, si besoin, aux gardes forestiers pour investigation. Dans le même temps, l’application utilisera des images satellitaires récentes et, évidement, elle permettra aux utilisateurs de vérifier la légalité des transports de bois. »
    Le rapport Greenpeace montre aussi le rôle important de la société civile dans l’identification et le signalement des cas de défrichages illégaux. D’ailleurs, les Roumains sont très inquiets au sujet de l’état de l’environnement, selon une étude réalisée par la compagnie de sondages Ipsos dans 28 pays du monde entier. Sept sur dix Roumains indiquent les déforestations comme le principal problème d’environnement au niveau local. Le traitement des déchets est deuxième sur la liste des priorités d’environnement en Roumanie, 34% des sujets questionnés le mentionnant. La pollution de l’air arrive juste après dans les préoccupations des Roumains, avec 32% des personnes qui s’en inquiètent. (Trad Elena Diaconu)

  • Le Parc national de Piatra Craiului

    Le Parc national de Piatra Craiului

    C’est en 1938 que l’on a pris la décision de protéger cette zone. Mais, à l’époque, la zone protégée ne comptait que 440 ha. En 1972, la superficie de la zone protégée a doublé, mais ce n’est qu’en 1990 que les bases du Parc naturel de Piatra Craiului dans sa forme actuelle ont été jetées.



    C’était pour protéger un nombre significatif d’espèces d’animaux, mais aussi de plantes. Quant aux vues imprenables qui se dévoilent devant les yeux du randonneur intrépide, Mircea Vergheleț, le directeur de l’Administration du Parc national de Piatra Craiului, affirme :



    « Ce qui est particulier ici, c’est qu’il s’agit de l’unique crête calcaire de Roumanie qui culmine à plus de 2.000 m. C’est une zone étendue, entrecoupée de crevasses. Par ailleurs, surtout dans la partie ouest de cette crête calcaire, on remarque le relief spectaculaire, des parois verticales à couper le souffle, des éboulis et plein d’autres formes géologiques qui font les délices des touristes. Aux extrémités de la crête, dans ses parties nord et sud, on est ébloui par des gorges spectaculaires. Ce sont les gorges de Zărnești, situés dans la région de Braşov, puis celles de Dâmbovicioara, Brusturelui et les gorges Dâmboviței, dans la partie sud du massif. Tout cela fait partie du Parc national de Piatra Craiului, et elles sont strictement conservées. »



    La biodiversité du parc est impressionnante. L’œillet de Piatra Craiului (Dianthus callizonus) est une espèce unique au monde et qui ne vit qu’ici. C’est le symbole du Parc. C’est une plante vivace qui peut atteindre une hauteur de 5 à 10 centimètres. On peut l’admirer hissée sur les rochers ensoleillés de la zone alpine inférieure ou encore à la limite supérieure des alpages. En sus du Dianthus callizonus, on compte 41 espèces d’orchidées, ledelweiss, cette plante mythique et rare, le Papaver alpinum, surnommé le pavot des Alpes, ou encore le glaïeul imbriqué, une plante vivace du genre Gladiolus et de la famille des iridacées. Une fois le printemps arrivé, l’explosion des couleurs envahit la zone.



    Enfin, n’oublions pas les grottes, présentes à profusion dans la région. Des grottes qui abritent 15 espèces de chauves-souris, alors que le ciel du Parc est sillonné par pas moins de 100 espèces d’oiseaux et de 216 espèces rares de papillons, certaines reprises sur la liste rouge, celle des espèces menacées de disparition en Europe. Mircea Vergheleț fait état de cette formidable richesse:



    « Dans le Parc national de Piatra Craiului on trouve plus de 1.100 espèces de plantes, ce qui représente près d’un tiers des espèces de plantes qui vivent en Roumanie. Et cela sur seulement 14.800 hectares. Unique au monde, l’œillet de Piatra Craiului, symbole du Parc et du massif de Piatra Craiului, est une espèce vivace dont la période de floraison est à la mi-juin. Le Parc protège en outre plusieurs espèces de mammifères, dont les grands carnassiers typiques des Carpates : le loup, l’ours et le lynx. L’hiver passé, grâce aux caméras que l’on avait placées à l’intérieur du Parc, nous avons pu surprendre quatre exemplaires de lynx, entre 25 et 30 ours, ainsi que deux meutes de loups, que l’on a réussi à suivre et à filmer, l’une au sud du parc, l’autre au nord. Chacune comptait entre 5 et 7 exemplaires. Une autre espèce emblématique et historique de la région, c’est le chamois. En 1989, lorsque l’on a fondé l’administration du Parc, on a mis un terme à la chasse de cette espèce et, aujourd’hui, on recense environ 250 exemplaires. Progressivement, le chamois n’étant plus chassé par l’homme, il est devenu amical avec les touristes, et il les approche parfois à 10, 15 mètres, comme pour en faire des selfies ».



    Les amoureux de grands espaces pourront même enfourcher leurs vélos et traverser le Parc sur leur véhicule préféré, en profitant des pistes spécialement aménagées. Près de Zarnesti, localité située dans le département de Brasov, on trouve un défilé long de 5 Km, et entouré de parois verticales hautes de plus de 200 m. Il s’agit des gorges de Zarnesti, l’une des plus importantes voies d’accès vers les autres itinéraires touristiques du massif de Piatra Craiului. C’est la zone de choix des amateurs d’alpinisme et d’escalade. Des dizaines de trajets d’alpinisme y sont aménagés, dont le plus long mesure 115 mètres.



    « L’année dernière nous avons monté un projet grâce auquel on a ouvert 11 itinéraires aux VTT à l’intérieur du Parc et à proximité. Ces trajets comportent trois degrés de difficulté, dûment marqués. On a également édité une carte où ces routes sont reprises, et que l’on peut se procurer à l’entrée du Parc. Dix panneaux signalétiques avec les infos indispensables aux touristes sont également placés dans le Parc même. Les alpinistes peuvent faire de l’escalade, évidemment. Surtout en basse montagne, les voies sont plus accessibles, par exemple aux alentours des gorges de Zarnesti, où l’on offre des informations sur les espèces et les habitats que le Parc recèle, mais aussi sur tous les itinéraires et leurs niveaux de difficulté. »



    Bon an, mal an, près de 110 mille touristes, dont 25% d’étrangers, partent à l’aventure dans le Parc national de Piatra Craiului.


    (Trad.: Ionut)

  • Le Parc national des Monts Măcin

    Le Parc national des Monts Măcin

    Les passionnés de nature qui arrivent dans la province de Dobroudja (est de la Roumanie) peuvent visiter le Parc national des Monts Măcin, très belle aire protégée située dans le département de Tulcea. Déclaré Réserve de la biosphère en 1998, ce parc est lunique zone de lUE où les écosystèmes spécifiques de la steppe côtoient des forêts subméditerranéennes et balkaniques. Le Parc national des Monts Măcin fait partie du Réseau Natura 2000, étant le seul en Europe à avoir été créé pour protéger et promouvoir la biodiversité dune région de steppe.



    Les monts Măcin sont les plus anciens et les plus arides de Roumanie. On y retrouve environ 70% des types de roches connus, une flore spécifique et des espèces doiseaux rares. Cette aire se trouve sur le corridor de migration des oiseaux qui suivent les cours des rivières Prut et Siret. Cest aussi lunique endroit dEurope où lon puisse observer le plus grand nombre -29- despèces de rapaces. Et cest justement leur richesse ornithologique qui a valu aux monts Macin dêtre inclus sur la liste des sites européens importants pour les oiseaux.



    Viorel Roșca, directeur du Parc national des Monts Măcin, nous présente ce laboratoire de la nature : « On y dénombre 181 espèces doiseaux, car la géomorphologie locale, lalternance des vallées et des collines, la présences des crêtes montagneuses et les courants dair ascendants, tout cela fait de cet endroit un paradis pour les oiseaux en quête de nourriture. On peut y admirer bien des espèces rares qui ne vivent quici, dont laigle criard (Aquila clanga), laigle pomarin, (Aquila pomarina), le circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus), lépervier à pieds courts (Accipiter brevipes), le faucon sacre (Falco cherrug). Cette dernière espèce est en voie dextinction. Le faucon sacre a construit quatre nids dans les monts Măcin et on a découvert des poussins dans trois dentre eux. Les conditions de vie sont donc sont très propices pour cette espèce. Il y a aussi des espèces doiseaux petits, dont le traquet isabelle (Oenanthe isabelina). Les touristes japonais viennent le prendre en photo et sétonnent du grand nombre dexemplaires qui y vivent. La reine de cette contrée de steppe cest la tortue de Dobroudja (Testudo graeca), dont on a recensé plus de 4000 individus. Cest un spectacle vraiment unique que de voir ces tortues venir boire de leau dans les creux des rochers granitiques. A mentionner aussi le serpent de Dobroudja, non venimeux, qui atteint jusquà 3 m de longueur et qui vit parmi les rochers et dans les broussailles, car il aime les endroits tranquilles. Enfin, on y rencontre dautres reptiles aussi, tels lAbléphare de Kitaibel, une espèce rare, et le lézard vert, (Lacerta viridis), qui se fait remarquer par son coloris extraordinaire. »



    Sur les écosystèmes présents dans cette région, mentionnons les forêts, les pâturages, les marécages, les rivières et les rochers. Les monts Măcin constituent lunique endroit de Dobroudja habité par le cerf des Carpates, dont la population a augmenté ces derniers temps à 160. Le chevreuil et le sanglier sont dautres espèces de mammifères vivant dans la région et, depuis quelques années, le chacal (Canis Aureus) est également apparu et sest reproduit au point de devenir le principal prédateur des mammifères du parc. Coté plantes, sur le sommet de Pricopan, crête secondaire des monts Măcin, très spectaculaire grâce à ses formations géologiques, on rencontre 27 espèces connues uniquement en Dobroudja, 72 autres étant des espèces rares et vulnérables. Parmi les plantes à part, on retrouve certaines qui poussent même sur des rochers, ce qui est possible affirment les spécialistes en raison des roches magmatiques, bourrées de substances nutritives.



    Viorel Rosca présente dautres monuments de la nature du Parc national des Monts Măcin : « Il y a plus de 1900 espèces de plantes, donc plus de la moitié de la flore de Roumanie. Au printemps, on a des perce-neige, dont deux espèces qui ne se poussent quici : Galanthus pocatus, soit le perce-neige aux feuilles pliées, et Galanthus Elwesii, le perce-neige grec. Sy ajoute le crocus reticulatus, des iris rares, spécifiques à cet habitat de steppe et de rochers tels liris reichenbachii et lIris pumila, la corbeille dor (Alyssum saxatile) un petit arbuste dont la couleur des fleurs est dun jaune intense, la campanule de Dobroudja, espèce endémique dessinée dailleurs sur les armoiries du parc. Cette plante pousse sur les terrains rocheux ayant un système spécial dadaptation aux conditions extrêmes, parce que les monts Măcin sont les plus arides du pays. Mentionnons aussi la fritillaire pintade, (Fritillaria Meleagris), très répandue dans la région et que lon rencontre notamment dans des clairières, mais aussi lassociation végétale du gymnospernum altaicum au micocoulier occidental, qui nexiste nulle part ailleurs en Roumanie ou dans le monde. Il y a aussi deux espèces de pivoines: la pivoine de la Dobroudja et la pivoine des steppes, une fleur adaptée à lenvironnement, avec des feuilles presque filiformes pour préserver leau, le silène compacta et le silène vulgaris, soit le claquet, sont également des plantes intéressantes. Côté arbres, mentionnons le hêtre dOrient, Fagus taurica, espèce qui pousse à des altitudes de 155 mètres, alors que dautres espèces de hêtre vivent à des altitudes de plus de 700 mètres. Une forêt compacte de ces hêtres sétend sur environ 155 hectares. Les troncs des arbres peuvent arriver à deux mètres de diamètre et à 40 mètres de hauteur. »



    Depuis plusieurs années, un centre dinformation touristique du Parc national des monts de Macin fonctionne dans la commune de Greci, où des expositions présentent la biodiversité de la région et les traditions des minorités vivant dans cette région de la Roumanie. (Trad. Mariana Tudose, Alex Diaconescu)

  • Le programme LIFE en Roumanie

    Le programme LIFE en Roumanie

    Cela fait 26 ans depuis que le Programme européen LIFE, destiné à financer la protection de la nature, a été lancé. Son principal objectif est de contribuer à mettre en application la politique et la législation de l’UE dans le domaine de la protection de l’environnement et du climat, en cofinançant des projets. Grâce à ce programme des forêts ont été remis en état, des habitats aquatiques et de nombreuses espèces ont pu être sauvés. A l’heure actuelle, un grand nombre de zones sont protégées grâce au programme Natura 2000. L’UE compte ainsi 27.000 sites labellisés Natura 2000, couvrant 18% de sa superficie.

    Madalina Cozma, coordinatrice de projets au sein du ministère de l’Environnement de Bucarest, nous fournit des détails supplémentaires : « L’Union européenne a estimé qu’il était très important de disposer d’un instrument financier spécifique, destiné à la conservation de la biodiversité et à la protection de ce que nous appelons un environnement sain et durable. Heureusement, le programme LIFE a été étendu actuellement, pour couvrir non seulement le volet environnemental et la conservation de la biodiversité, mais également pour soutenir l’activité productive. C’est une excellente nouvelle, parce que les activités productives, celles qui génèrent des emplois, doivent également être respectueuses de l’environnement, et nous avons besoin de mener une politique industrielle qui soit en accord avec les desiderata de la protection de l’environnement et avec les Directives européennes. Le programme LIFE finance encore des projets consacrés à l’action pour le climat, mais aussi d’autres projets destinés à mieux informer le public ou à améliorer la gouvernance. Parce que les gens doivent en être informées ».

    La Roumanie abrite une vraie richesse en termes d’écosystèmes. Les aires naturelles protégées couvrent en Roumanie une superficie de 1,6 millions d’hectares, auxquels s’ajoutent les 580.000 d’hectares du Delta du Danube. Ces aires naturelles protégées, y compris les aires d’intérêt européen, réunies dans les sites Natura 2000, représentent 23% de la superficie totale du pays. Les domaines forestiers protégés atteignent ainsi 45% du fond forestier national. Alors, le nouveau programme LIFE viendra au soutien de ceux qui désirent œuvrer pour protéger la nature et conserver les espèces en voie de disparition.

    Par les nouveaux projets intégrés lancés dans le cadre du programme LIFE, on vise la mise en pratique de la législation relative à l’environnement et au changement climatique, pour mieux relever les défis futurs, tels le déficit d’eau, l’économie circulaire, l’appauvrissement de la biodiversité ou les changements climatiques.

    Madalina Cozma, du ministère de l’Environnement, précise : « Nous faisons de notre mieux pour informer les bénéficiaires potentiels, ceux qui déroulent des projets, des tenants et des aboutissants de ce programme : comment mettre en place et dérouler ces projets, comment observer au mieux les exigences de l’UE en la matière. L’appel aux projets a été lancé le 18 avril dernier. Dès cette année, les projets pourront être téléchargés directement sur la plate-forme Internet de la Commission en deux étapes : il faudrait tout d’abord présenter une note conceptuelle de ce que l’on désire, nous, en qualité de bénéficiaires, présenter donc nos idées de projets. Pour ce faire, il faudrait remplir un formulaire préétabli, d’une dizaine de pages, mis à disposition par la Commission, où nous allons présenter nos propositions, nos idées, mais aussi une estimation budgétaire. Il faudra charger ce document sur la plate-forme avant le 10 juin prochain. Au mois d’octobre, la Commission nous transmet son avis. Si l’idée correspondait, il nous faudrait présenter le projet in extenso, le télécharger sur le site de la Commission, en respectant le format prescrit. La réponse arrivera au mois de janvier 2019. Et ce n’est qu’à partir du mois de juillet 2019 que l’on peut commencer la mise en place des projets approuvés. Au niveau du ministère, on a établi un point d’information, et vous trouverez également sur notre site l’ensemble des renseignements nécessaires ».

    Depuis le lancement du programme LIFE en 1992, la Commission a financé 3942 projets, la Roumanie seule ayant déroulé 52 projets visant l’ensemble des domaines couverts par le programme.

    Madalina Cozma mentionne quelques projets exemplaires : « On compte des projets dans le domaine de la conservation de la biodiversité. Nous avons réussi à mettre en place toute une série de projets importants dans ce domaine et reconnus comme tel au niveau européen, par exemple « Le management et la protection des grands carnivores ». Il s’agit des projets déroulés par nos collègues de l’Agence de la protection de l’environnement du département de Vrancea. D’autres projets ont porté sur la protection des oiseaux, par exemple de l’aigle pomarin. Certains autres sont toujours en déroulement, comme celui visant à protéger le Rollier d’Europe, où l’on travaille avec nos collègues hongrois et un partenaire associatif. Aussi, le Faucon kobez, une espèce qui avait disparue du continent européen, a été réintroduit dans l’ouest de la Roumanie, dans la région du Banat, grâce à un projet exemplaire au niveau européen, et que l’on envisage de reproduire. Alors, parce que nous avons enregistré ces succès, nous voulons attirer d’autres partenaires, leur expliciter le fonctionnement de ce mécanisme financier et comment ils peuvent postuler à ce programme. Car il s’agit d’un instrument extrêmement utile qui nous aide à conserver le trésor naturel de la riche biodiversité que la Roumanie recèle. »

    La bonne nouvelle c’est que le paquet financier alloué au programme LIFE pour la période 2014-2020 s’élève à plus de 3 milliards d’euros, en nette augmentation par rapport aux 2 milliards alloués lors du précédent exercice budgétaire, celui de 2007 à 2013. (Trad Ionut Jugureanu)

  • La migration de printemps des oiseaux

    La migration de printemps des oiseaux

    La Roumanie dispose d’une riche avifaune. Des milliers d’oiseaux y trouvent les conditions dont ils ont besoin pour s’arrêter, nicher et se nourrir. De toutes les espèces d’oiseaux que l’on peut rencontrer dans les régions roumaines, près de 100 espèces sont sédentaires, alors que 150 autres sont migratoires. Il y a des oiseaux qui passent l’hiver chez nous, d’autres qui ne font que transiter et, enfin, certaines espèces qui se sont égarées. Cinq régions concentrent en Roumanie la migration des rapaces diurnes. Il s’agit de la Dobroudja, des cours supérieur et inférieur de la rivière Mureş, de la vallée de la rivière Prut et encore de la vallée de Tur. Les oiseaux migrateurs qui contournent les Carpates et la mer Noire doivent traverser la région de Dobroudja, véritable entonnoir des migrations. Les monts Măcin sont un point central de la migration des oiseaux en Europe en termes de nombre d’espèces recensées. Tous les ans, on décompte le passage d’environ 10.000 rapaces et de près de 20.000 cigognes blanches dans cette région.

    La vallée de Prut est une autre région humide d’un grand intérêt pour le sud-est européen du point de vue de la richesse des espèces d’oiseaux que l’on y rencontre. Cette vallée est traversée par une des plus importantes routes de migration des oiseaux qui s’y arrête et construisent leurs nids. Ovidiu Bufnilă, le chargé de communication de la Société ornithologique roumaine, nous en offre des détails : « Nous avons près de 400 espèces d’oiseaux qui vivent chez nous, tels les moineaux ou les mésanges, et des oiseaux qui, au printemps, quittent la Roumanie, après avoir passé l’hiver chez nous (la plupart des espèces d’oie, les cygnes d’hiver). Mais nous avons aussi des espèces qui viennent d’arriver ou qui sont encore en route vers la Roumanie. Le premier volatile de ce type que j’ai croisé cette année était une cigogne noire, que j’ai pu observer alors qu’elle s’était arrêtée près de la ville d’Odorheiul Secuiesc (centre-est de la Roumanie), avant de poursuivre son voyage vers le nord. Ensuite, le 8 mars dernier, on a observé la première cigogne blanche dans le ciel de Bucarest. Le même jour, mes collègues ont découvert les premiers signes du printemps : la première huppe à proximité de la ville de Călăraşi, au même endroit où on avait vu de grandes volées de cigognes qui transitaient la Roumanie et s’étaient arrêtées pour se nourrir, tout comme les environ 200 grues près de la ville de Histria, dans la région de Dobroudja. Petit à petit, on a vu arriver toutes les espèces que l’on connaissait, même si la vague d’arrivées la plus significative a eu lieu lorsqu’une pluie verglaçante avait pris au dépourvu pas mal de volatiles en train d’arriver. Les cigognes ont réussi à se poser au sol, se débarrasser de la glace déposée sur leur plumage et se reposer. D’autres espèces en revanche, plus fragiles et moins préparées, ont pâti de ce retour soudain de l’hiver, en plein mois de mars. Ce fut le cas dans tout le pays, mais c’est la moitié sud de la Roumanie qui été la plus touchée. Certains oiseaux n’ont pas résisté, d’autres sont allés plus au nord. Mais la migration ne s’achèvera qu’au moment où les derniers hérauts du printemps : les coucous et les guêpiers devraient arriver fin avril ou début mai. »

    Une des principales questions que les scientifiques se posent concerne la manière dont les oiseaux s’orientent pendant leur vol. Et même si des explications divergentes persistent là-dessus, il est communément admis que cela varie d’une espèce à l’autre. Il est ainsi démontré que la plupart des espèces prennent pour repères le soleil et les étoiles. D’autres, comme par exemple le coucou, ont un héritage génétique. Dans d’autres situations, comme c’est le cas de la cigogne blanche, les exemplaires jeunes suivent la migration des aînés, de leurs parents. Dans tous les cas de figure, après cette première expérience migratoire, les individus réussissent à créer dans leur mémoire une sorte de carte virtuelle qu’ils utiliseront lors des migrations ultérieures. Alors que la population de beaucoup d’espèces migratoires natives d’Europe est en déclin, l’UE a introduit des politiques censées stopper le phénomène, en prenant des mesures de conservation et de gestion des habitats.

    La Directive Oiseaux de l’UE a été la première loi de protection de la nature avec l’objectif déclaré d’arrêter le déclin des espèces d’oiseaux des plus menacées sur notre continent, tel la spatule blanche, le pygargue à queue blanche ou l’aigle ibérique. En Roumanie, les fermiers ont droit à des subventions pour autant qu’ils s’impliquent dans la protection de certaines espèces d’oiseaux, tel l’aigle pomarin dont nous avons en Roumanie près de 2.300 couples ; cela représente environ 10% de la population mondiale et 22% de la population européenne de l’espèce. C’est qu’en Roumanie la nature est généreuse et l’agriculture est encore écologique dans beaucoup d’endroits.

    Selon Ovidiu Bufnilă: « Nous comptons un certain nombre de mesures prises dans ce domaine, proposées aussi bien par nous-mêmes que par nos partenaires et qui visent à soutenir l’agriculture et protéger la faune de la Roumanie. Je pense à l’aigle pomarin, qui a besoin de trouver dans son habitat des sources de nourriture importantes. Pour toucher la subvention, le fermier devra respecter un certain nombre de règles. »

    Une autre mesure similaire concerne la protection de la bernache à cou roux, oiseau en voie de disparition, inclus sur la liste des espèces les plus menacées en Europe. La bernache à cou roux est protégée par la Convention de Berne pour la protection de la vie sauvage. Elle fait son apparition en Roumanie vers la fin du mois d’octobre et y reste jusqu’au mois de mars. « A son arrivée en Roumanie, la bernache à cou roux a besoin de trouver des graines de maïs éparpillées dans les champs, puis elle se nourrira de blé et de colza. Cette mesure est toujours d’actualité. Les fermiers qui se trouvent sur son chemin, c’est-à-dire dans la région de Dobroudja et dans la plaine de Baragan (sud de la Roumanie), peuvent recevoir des dizaines de millions d’euros de subvention. »

    La Société ornithologique roumaine déroule plusieurs projets de protection des espèces et de lutte contre le braconnage. « La Roumanie prend son envol » est le nom d’un de ces projets où les ornithologues, aidés par des bénévoles, installent chaque printemps des nids artificiels dans les parcs de Bucarest et de 10 autres villes du pays. Un autre projet vise la protection d’une autre espèce des plus menacées en Europe ; il s’agit du faucon sacre, pour lequel de nouveaux nids artificiels ont été montés sur les poteaux de haute tension de la compagnie d’électricité de la région d’Olténie. A présent on ne compte plus que 450 couples de faucon sacre, dont la moitié vit en Hongrie et en Slovaquie. (trad. Ionut Jugureanu)

  • Une application destinée à protéger l’état des rivières de montagne

    Une application destinée à protéger l’état des rivières de montagne

    Inquiétés par les effets négatifs et irréversibles que la construction de micro-centrales hydrauliques engendre sur l’écosystème des rivières de montagne, les activistes écolos viennent de lancer une carte interactive, mise à disposition de façon gratuite, ainsi qu’une application. Cette dernière permet à tous les amoureux de nature de contribuer à la conservation des rivières de montagne. L’instrument, créé par World Wide Fund (le Fonds mondial pour la nature ou WWF Roumanie) en collaboration avec la société ESRI, est censé mieux surveiller ces équipements qui risquent de détruire à terme l’écosystème unique, présent encore dans les rivières des montagnes roumaines. Car les rivières sont asséchées et réduites à un maigre fil d’eau, incapable de soutenir la vie, alors que les vallées, autrefois verdoyantes, se muent en un amas de détritus, de matériaux de construction et de tuyauterie métallique. Et ce parce que depuis plusieurs années, la construction des micro centrales hydrauliques, dont le financement est assuré en partie par des fonds européens, est devenue l’investissement préféré de certains, peu scrupuleux, pour lesquels le retour rapide sur l’investissement, grâce notamment au mécanisme des certificats verts, prime sur toute autre considération.

    Diana Cosmoiu, la coordinatrice nationale des politiques publiques de WWF Roumanie, explique : « Par cette carte interactive nous voulons montrer quel est l’impact des aménagements hydro énergétiques sur nos rivières, et tout particulièrement sur celles de grande valeur d’un point de vue écologique. Un tel instrument est totalement inédit. Bien que facile d’usage, il n’en est pas moins complexe. Il est en fait censé superposer les superficies de terrain occupées par ces centrales sur les aires naturelles protégées, mettant également en évidence certaines zones où nos rivières sont particulièrement riches en termes de biodiversité. Il ne nous reste actuellement que très peu de cours d’eau non affectés par l’intervention humaine. Et il n’y a pas que les centrales hydrauliques. Il existe aussi des aménagements hydrologiques pour régulariser par exemple les cours d’eau, et qui affectent grandement le vivant : ils coupent la connectivité, affectent les sédiments ainsi que la migration de certaines espèces de poissons. »

    L’application peut être utilisée à partir d’un terminal mobile, à partir de son propre téléphone portable.

    La coordinatrice nationale des politiques publiques de WWF Roumanie, Diana Cosmoiu, précise : « Pratiquement, à l’aide de cet outil, les amoureux de la nature, les associations et tous ceux que cela intéresse peuvent s’informer de l’emplacement des centrales hydrauliques par rapport aux aires naturelles protégées, par rapport aux cours d’eau particulièrement riches du point de vue écologique. Aussi, les amoureux de la nature, les associations de défense de l’environnement, les simples randonneurs peuvent contribuer à leur tour à la protection de la nature, en fournissant des informations nouvelles, glanées sur le terrain. Aussi, à l’aide d’un simple clic sur la carte, on peut trouver des informations de nature technique concernant une certaine centrale, par exemple sa capacité ou encore l’année de sa mise en service. Si on est intéressé d’en savoir plus, concernant un certain cours d’eau, par exemple, on peut y trouver l’état des aménagements existants. On peut pratiquer d’autres types de recherches aussi, trouver les aménagements hydroélectriques réalisés sur le territoire d’un certain département par exemple, ou encore dénicher les informations disponibles concernant un certain investisseur, actif dans le secteur. Les gens qui vivent à proximité d’une centrale hydraulique, les gens de passage (chercheurs, touristes ou pêcheurs), tous peuvent télécharger cette carte sur leur téléphone portable et, à l’aide de l’application incorporée, ils peuvent télécharger vers l’amont, à leur tour, des informations utiles sur cette même carte. Les infos téléchargées de cette manière seront vérifiées par une équipe WWF et, une fois validées, elles seront publiées et rendues accessibles à tous ».

    Un cas récemment médiatisé est illustré par le projet hydro énergétique localisé dans le Parc national du Défilé du Jiu, situé dans le sud-ouest de la Roumanie. Cette centrale devait retenir 85% du débit actuel de la rivière. Tant les pouvoirs publics que l’investisseur ont ignoré la législation européenne en matière de conservation de la nature. Ce cas n’est pas le seul. Il existe bien d’autres projets, certains situés dans des aires naturelles protégées, et qu’il faut stopper à tout prix, avertissent les militants écolos.

    Diana Cosmoiu : « On compte par centaines les aménagements hydrologiques qui suffoquent depuis des décennies nos rivières. Notre carte n’arrive pas pour l’instant à tout comptabiliser. Près de cent centrales hydrauliques ne figurent pas sur notre carte, souvent à cause du manque d’informations. Il s’agit d’ouvrages assez anciens, dont certains sont hors d’usage, mais qui continuent de colmater les cours d’eau de nos montagnes, qui continuent d’affecter la flore et la faune de la région. Ce n’est peut-être pas le nombre qui est la donnée la plus importante, mais bien leurs emplacements. Parce que si vous regardez sur la carte, vous verrez que c’est là où la valeur de la biodiversité est la plus importante, c’est-à-dire en haut des montagnes, qu’elles sont installées. Parce que souvent c’est bien là que ces cours d’eau atteignent leur potentiel énergétique maximum, grâce aux chutes d’eau, à la pente du terrain, et donc l’intérêt d’ériger ces aménagements à cet endroit précis est évident. »

    Ce genre de problème n’est pas singulier en Europe de l’Est. La rivière croate de Drava est un autre exemple. Deux aménagements hydrologiques menacent cet affluent du Danube, une rivière qui fait partie du réseau européen Natura 2000. La rivière Hron de Slovaquie est également menacée par le projet d’une construction similaire même si, là aussi, une partie du cours de cette rivière a été récemment introduit dans le réseau des sites protégés Natura 2000, afin de mieux préserver les espèces de poissons qui s’y trouvent. (Trad. Ionut Jugureanu)

  • Les maisons vertes en Roumanie

    Les maisons vertes en Roumanie

    Des bâtiments durables, réalisés sur la base des normes écologiques, caractérisées par un design moderne, bien isolés, non toxiques et avec un impact minimum sur l’environnement, voici quelques-unes des caractéristiques des maisons vertes, un concept qui commence à se développer en Roumanie également. Les grandes villes du monde ont déjà adopté ce modèle afin d’encourager l’heureuse coexistence entre la nature et les buildings récemment érigés ou encore dans le cas des édifices historiques. Le modèle des bâtiments verts est encouragé par les organisations qui délivrent les certificats attestant le degré d’efficacité énergétique ou encore le respect de la nature de nouveaux ensembles résidentiels.

    Selon « Build Green Roumanie », un organisme certifiant l’efficience énergétique des bâtiments verts, notre pays fait de mieux en mieux dans ce domaine. En effet, la plupart de nouveaux buildings de bureaux érigés à Bucarest ou à Cluj bénéficient de certificats BREEAM et LEED (attestant la qualité environnementale d’un bâtiment). Le secteur du bâtiment dans l’ensemble connaît en revanche une évolution à deux vitesses.

    Elena Raştei, activiste dans la protection de l’environnement nous précise: « Pour ce qui est des ensembles résidentiels, le modèle est arrivé récemment. L’une des premières entreprises de construction à avoir mis en œuvre le concept de résidences vertes, certifiées comme telles, est Studium Green de Cluj, dans un projet de 2012 qui n’a été finalisé qu’entre 2013 et 2014. A Bucarest, c’est en 2016 et 2017 que sont apparues les premières résidences certifiées. Pour ce qui est des bâtiments à destination commerciale, nous constatons en effet un pourcentage plus important de bâtiments certifiés, alors qu’on peut situer l’apparition des premiers bâtiments de ce type entre 2009 et 2010. On voit donc une évolution. Aussi, pour ce qui est des maisons d’habitation et des ensembles résidentiels, on constate un intérêt croissant des clients pour la qualité de l’air respiré à l’intérieur de la maison, pour la qualité de vie, pour la santé et l’environnement. Il ne s’agit pas tant des technologies que des solutions bioclimatiques à prendre en considération lors de la conception d’une maison. Cela vise d’accroître l’accès à la lumière naturelle, d’assurer la ventilation naturelle de l’air, d’éviter l’usage de peintures à base de composés organiques volatiles toxiques. Evidemment, la qualité de l’environnement intérieur d’une habitation dépend également de la qualité de l’isolation, de son étanchéité, pour éviter l’apparition des moisissures. Les matériaux utilisés jouent à cet égard un rôle primordial – quels matériaux, d’où viennent-ils, quel est leur degré de toxicité.»

    Aussi, certains bâtiments peuvent être entièrement recouverts de végétation. C’est ce que l’on appelle les jardins verticaux. Ces plantes ornent les murs, offrant de nombreux bénéfices tant esthétiques que du point de vue de la réduction du bruit, de l’amélioration de la qualité de l’air, assurent la fraîcheur et augment la bonne humeur des locataires. Dans un bâtiment vert, chaque appartement bénéficie d’une oasis de végétation, avec des systèmes centralisés d’irrigation et d’illumination, comme c’est le cas d’un nouvel ensemble résidentiel érigé à Bucarest, un bâtiment entièrement recouvert de végétation. Ici, les espaces verts sont distribués de telle manière que le moindre appartement dispose d’une jardinière généreuse, alors que les appartements plus grands ont même des terrasses vertes.

    Elena Raştei nous précise: « Lorsqu’on parle d’espaces verts nous avons deux types d’impact sur le terrain, en fonction du type de terrain, s’il s’agit d’un terrain vert ou d’un terrain désaffecté. Pour ce qui est du terrain désaffecté, on le revitalise, on le régénère, on le rend utile, alors que le terrain vert est, dans un premier moment du moins, détruit lorsqu’on commence à construire là-dessus. Donc, l’effet positif d’une construction verte est plus important quand elle est érigée sur un terrain désaffecté. Mais finalement, on peut avoir des espaces verts aussi sur le toit du bâtiment, sur ses terrasses. Cet espace vert peut être de deux types : intensif, lorsqu’il existe une épaisseur de minimum 30 cm de terre, et extensif, lorsque l’épaisseur est d’au moins 10 cm. Dans le premier cas, on peut planter des arbres, mais cela nécessite l’existence d’un système d’irrigation goutte à goutte et une structure renforcée du bâtiment. Alors que dans le cas de l’espace vert extensif, l’irrigation manuelle peut faire l’affaire si on privilégie des plantes locales, qui s’adaptent à l’environnement et qui ont besoin de moins d’eau. Par exemple, dans le cas du bâtiment « Central District », construit à Bucarest, on trouve un mixe d’espaces verts intensifs et extensifs. »

    L’automne passé, lors d’un concours international organisé à Londres, le Central District a été désigné, la construction résidentielle la plus performante de Roumanie. Par ailleurs, la Roumanie est perçue comme un pays pionnier en Europe dans le domaine des bâtiments verts. En effet, l’impôt perçu sur ce type de bâtiments a été réduit, et le système de l’hypothèque verte encourage les promoteurs immobiliers à investir dans des projets écologiques, alors que leurs clients peuvent bénéficier d’un crédit immobilier favorable. Aussi, même si les coûts de construction d’un immeuble vert sont de 20% supérieurs aux coûts d’une construction classique, le prix de vente d’un appartement situé dans une résidence verte est similaire à celui d’un appartement comparable situé dans une résidence classique. Mieux encore, les charges et l’entretien d’un appartement ou d’un immeuble vert sont bien moins coûteux que dans le cas d’un immeuble classique.

    Au niveau européen, la Roumanie se situe parmi les marchés en expansion par rapport au nombre de certificats verts délivrés. Si jusqu’en 2015, la Roumanie ne comptait pas plus de 200 bâtiments verts, actuellement on dénombre près de 6.000 bâtiments, dans 22 projets immobiliers distincts, et pour lesquels les certificats sont en cours d’être délivrés. Quant aux buildings commerciaux, on en dénombre 50 bénéficiant d’un certificat de type LEED et près de 80 autres bénéficiant d’un certificat BREEAM. Ces deux systèmes de classification des bâtiments verts, le premier américain, le second britannique, sont les plus usités sur le marché du bâtiment écologique en Roumanie. (Trad. Ionut Jugureanu)

  • Rapport de l’ONU sur la préservation de la vie sauvage dans la région Danube – Capates

    Rapport de l’ONU sur la préservation de la vie sauvage dans la région Danube – Capates

    Bien connue pour ses trésors, l’aire naturelle située entre les Carpates et le Danube est actuellement en danger à cause d’une série d’infractions commises contre l’environnement, avertissent à l’unisson le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, l’organisation internationale WWF et le Centre de recherches environnementales «Eurac Research». Les coupes sauvages dans les forêts, le commerce illégal entrepris avec des espèces sauvages ou encore la pêche à l’esturgeon – espèce protégée – voire même le changement des cours de certaines rivières de montagne menacent la biodiversité de la zone, et cela en dépit de la législation en vigueur au niveau européen et international en la matière. Cette année, 24 mille hectares de forêts vierges, 5.500 hectares de forêts de hêtre dotées de structures primaires et d’autres forêts vierges des Carpates et de la région Podillya en Ukraine ont été désignées comme des sites protégés par l’UNESCO, grâce à leur exceptionnelle richesse naturelle. Qui plus est, les forêts des Carpates abritent l’une des populations les plus importantes de grands carnassiers qui, en dépit des lois internationales et des conventions en vigueur sur le territoire de l’UE, continuent d’être la cible des braconniers. WWF Roumanie travaille depuis plus de 10 ans dans cette région et mène des projets destinés à préserver la diversité biologique, des espèces sauvages et des écosystèmes naturels.

    Orieta Hulea, directrice générale de WWF Roumanie, a déclaré : « La Roumanie possède un vrai trésor en termes de forêts vierges ou quasi-vierges. World Wide Fund (soit le Fonds mondial pour la nature) Roumanie, avec d’autres organisations spécialisées dans la protection de l’environnement, a entamé un ample processus d’identification de ces zones forestières. Nous sommes partis d’une estimation d’environ 200 mille hectares, il y a 6 ou 7 ans. Ensuite on a fait des évaluations des superficies visées sur le terrain. Il n’est pas moins vrai que le fait de pouvoir faire enregistrer ces territoires dans le Catalogue des forêts vierges, qui n’a été créé que l’année dernière, exige un travail de Sisyphe. Là où les forêts en question sont en propriété publique, le processus a lieu plus ou moins correctement, et on arrive à les protéger assez rapidement. En revanche, pour ce qui est des forêts vierges en propriété privée, souvent les propriétaires actent difficilement ce statut qui protège la forêt. Alors, il nous semble évident que, pour faciliter le processus, on a besoin des mesures complémentaires, compensatoires, adressées aux propriétaires privés. Ensuite, nous sommes confrontés aux coupes illégales de bois. Le phénomène a, certes, diminué dernièrement, grâce notamment aux contrôles mis en place et à un suivi plus attentif des aménagements forestiers en cours, mais il n’en reste pas moins que les coupes illégales perdurent. C’est pour cela qu’il est important que la Roumanie mette en œuvre un système centralisé de suivi du bois et qu’elle crée l’institution appelée l’Inspecteur de la forêt pour pouvoir identifier et intervenir en temps réel. C’est pour pouvoir contrôler et intervenir de manière efficace dans de telles situations. »

    Aussi, lors des trois dernières décennies, les prises d’esturgeons ont baissé de plus de 99% au niveau mondial, suite à la baisse conséquente de la population vivante de l’espèce. De tout le continent européen, c’est dans le bassin du Danube que l’on retrouve aujourd’hui encore les dernières populations viables d’esturgeons. C’est pour donner une chance à cette espèce que l’année dernière la prohibition de la pêche à l’esturgeon a été prorogée les 5 prochaines années. Des six espèces d’esturgeon que comptait le bassin du Danube, l’une avait complètement disparu, alors que les autres étaient menacées.

    Orieta Hulea, directrice générale de WWF Roumanie : « La pêche à l’esturgeon est hors la loi. On peut encore obtenir dse dérogations à des fins de recherche, mais c’est la seule exception. En revanche, nous nous confrontons au braconnage. Et là, il y a beaucoup à faire, y compris ou surtout au niveau du contrôle. Nous avons publié en 2016 un rapport sur le trafic de caviar. On avait saisi des quantités importantes de viande d’esturgeon et de caviar, c’était il y a un an. La Police aux frontières fait des efforts, mais encore faut-il concerter ces efforts, ces initiatives. Aussi, il faut consentir à un travail d’information auprès des communautés de pêcheurs qui vivent tout au long du cours du Danube. Ces communautés sont confrontées à des défis de nature sociale, car le braconnage demeure un moyen de survie. Il nous faut donc imaginer et mettre en œuvre des mécanismes, des dispositifs pour faciliter l’accès à des alternatives au braconnage, pour que ces communautés trouvent les moyens de s’assurer une existence digne, sans devoir recourir à la pratique du braconnage. »

    C’est que les spécialistes mettent aussi en garde sur la disparition d’espèces protégées d’oiseaux sauvages, caractéristiques de la région bordée d’une part par les Carpates, de l’autre par le Danube. Chaque année, des dizaines de milliers d’oiseaux sont tués de façon illégale au pourtour de la Méditerranée.

    Le phénomène se répand en Roumanie. Orieta Hulea : « Cette année même on a saisi en Italie des oiseaux qui avaient été tués en Roumanie par deux braconniers italiens. Là, on parle d’espèces de petits oiseaux qui sont trafiqués en Europe Occidentale. Certaines espèces sont protégées par les lois internationales. Nous avons déjà rencontré un autre cas similaire à la frontière hongroise, où la Police aux frontières a saisi des milliers d’oiseaux. Il semble que la demande soit forte de la part de certains pays occidentaux, et notamment de l’Italie, où certaines espèces sont préparées et servies dans des restaurants haut de gamme, un must. L’impact de ces actes barbares est terrible dans les populations de ces espèces qui ont, évidemment, leur rôle dans le maintien de l’équilibre de l’écosystème global. »

    La région située entre le Danube et les Carpates constitue l’un des habitats les plus riches au monde, et cela pour nombre d’espèces. Les auteurs de l’étude mettent en avant le besoin d’une gestion durable, d’une collaboration renforcée entre les agences nationales et les Etats de la région, eu égard à l’échange d’informations et à l’application de la loi pour préserver au mieux la richesse environnementale de cette partie de l’Europe. Qui plus est, nous avons besoin de mettre réellement en application la législation de l’Union européenne qui vise la préservation de la nature et de la vie sauvage, y compris le Plan d’action et de lutte de l’UE contre le trafic d’espèces sauvages. (Trad. : Ionuţ Jugureanu)

  • Protéger ou chasser les ours des Carpates?

    Protéger ou chasser les ours des Carpates?

    Les Carpates roumaines abritent près de la moitié des grands carnivores d’Europe. Le plus grand parmi les grands est « le roi des forêts » – l’ours brun, espèce protégée dans l’UE et figurant sur la « liste rouge » des espèces menacées. Si dans de nombreux pays européens, les ours ont quitté leurs habitats naturels -détruits par l’intervention humaine – dans les forêts de Roumanie vivent encore des populations viables, mais difficiles à gérer. Depuis quelques années, les ours descendent dans les zones habitées et y provoquent des dégâts. Personnes blessées, animaux domestiques tués, cultures, bergeries et ruchers endommagés – voilà le bilan de ces visites de l’ours. Les autorités locales de plusieurs comtés des zones de montagne semblent ne pas pouvoir gérer la situation et demandent au ministère de l’Environnement d’intervenir pour résoudre ce problème.

    Pourquoi en est-on arrivé là ? Voici les explications de Cristian Papp, coordinateur du programme régional des Aires protégées menée par la branche roumaine du Fonds Mondial pour la Nature : « On en est arrivé là suite à un cumul de facteurs, dont la perte ou la fragmentation des habitats naturels de l’ours. Dans toutes les montagnes du pays des forêts sont abattues. La quantité de nourriture a également diminué, les espèces-proies sont de moins en moins nombreuses. Les fruits rouges se font eux de plus en plus rares, car on les cueille, pendant un mois ou deux chaque automne. Alors, les ours descendent dans les localités, attirés par les déchets accessibles et par les fruits des vergers. On peut pourtant parler aussi d’un changement du comportement de ces bêtes suite au management cynégétique pratiqué. Il y a des chasseurs qui nourrissent intensément l’ours pour le maintenir dans leurs fonds cynégétique. »

    L’été dernier, 12 des 18 associations de chasse du comté de Harghita ont déposé des requêtes, demandant la permission d’abattre 73 ours et 12 loups. Le feu vert a été donné pour 6 exemplaires d’ours seulement, bien que 340 dégâts provoqués par des bêtes sauvages aient été enregistrés dans ce comté, dont 80 dus aux ours. Cet automne, le ministère de l’Environnement a approuvé la capture de 140 exemplaires dangereux sur l’ensemble du pays, ce qui, de l’avis des représentants des associations de chasse, est loin d’être suffisant. Par exemple, on estime que dans le comté de Covasna, l’effectif optimal d’ours se chiffrerait à 700 exemplaires, alors que leur nombre actuel est presque double.

    Alors que les autorités locales demandent l’approbation d’urgence d’autorisations pour abattre des ours, les écologistes proposent des solutions non létales, pour protéger cette espèce. Ils rejettent le système des dérogations permettant de tuer des ours comme mesure préventive contre de nouveaux dégâts. A leur avis, le but caché de ces Associations est de pouvoir se livrer à la chasse aux trophées.

    L’écologiste Gabriel Păun : « En fait, la principale cause de cette hystérie est la chasse aux trophées. A notre avis, c’est elle qui a engendré le problème auquel nous sommes confrontés actuellement. Si l’on jette un coup d’œil en arrière, on constate que jusque dans les années ’80 – ’90, la coexistence entre l’homme et l’ours fonctionnait très bien. Lorsque l’industrie des trophées a pris racine et a commencé à se développer en Roumanie, cette coexistence est devenue un problème qui a dégénéré en hystérie. Il faut dire que cette industrie apportait avec elle des services : l’installation, à proximité des communautés locales, de points d’observation pour la chasse à l’ours. La plupart d’entre eux se trouvent dans les comtés de Covasna et Harghita, qui comptent également, selon les estimations, les plus importantes populations d’ours. Et c’est toujours là que l’on enregistre les plus grands problèmes, car les ours y ont été attirés hors des forêts, amenés à leur lisière et même s’ils ne reçoivent plus de nourriture à proximité de ces points d’observation, on est confronté à des problèmes ».

    De l’avis des écologistes, l’ours brun a besoin de vastes habitats qu’il puisse traverser sans se heurter à l’homme, par l’intermédiaire de certains couloirs de déplacement. La branche roumaine du Fonds Mondial pour la Nature a déjà mis en œuvre des projets et lancé des campagnes pour protéger les ours bruns des Carpates et leur milieu naturel.

    Cristian Papp, coordinateur du programme régional des Aires protégées : « Entre 2012 et 2014 nous avons déroulé au Maramureş, dans l’extrême nord du pays, le projet « Frontières ouvertes pour les ours des Carpates de Roumanie et d’Ukraine». Le projet visait à préserver la biodiversité et à protéger les grands carnivores de cette région, en favorisant la connectivité écologique dans les Carpates et en diminuant le risque de fragmentation des habitats. Nous avons même identifié les besoins de reconstruction écologique de ces couloirs, qui suppose une utilisation durable des ressources naturelles. Toutes nos activités de conservation vont d’ailleurs de paire avec le développement durable des communautés. D’autres projets ont visé les Carpates du sud-ouest de la Roumanie, où nous avons essayé d’identifier les zones où les habitats de l’ours étaient en danger, les zones sauvages. « Transgreen » est un autre projet en déroulement. Il s’agit d’un projet international censé offrir des solutions pour une infrastructure de transport avec un impact réduit sur l’environnement. Avec le concours des responsables, nous avançons des solutions concrètes censées assurer le développement de l’infrastructure et préserver la connectivité écologique. Il s’agit donc d’une infrastructure verte, essentielle aussi bien pour l’homme que pour les animaux. « UE Grands Carnivores » est un autre projet en déroulement. C’est un projet Life, par le biais duquel nous essayons de diminuer ces conflits entre les hommes et les carnivores. Et là aussi, nous faisons attention à la connectivité écologique, car, dans certaines zones, c’est le manque de connectivité qui détermine les conflits entre les hommes et les ours. N’ayant pas des couloirs de déplacement pour passer d’une zone à l’autre, les ours peuvent arriver dans des zones habitées et alors, malheureusement, on assiste à des accidents qui devraient être évités ».

    Les solutions proposées par les organisations écologistes sont multiples : mise en place de clôtures électriques, création d’un Service des urgences destiné aux animaux sauvages, meilleure gestion des déchets dans les localités situées au pied des montagnes. On a également proposé de transférer des ours vers d’autres zones, mais la plupart des exemplaires risquent de retourner dans les zones où ils ont été capturés.

    Cependant, le ministère de l’Environnement est en train d’élaborer un plan de gestion des effectifs d’ours, document qu’il promet de soumettre au débat public en janvier prochain au plus tard. On envisage également de procéder à un recensement des ours des Carpates, pour savoir combien nous en avons, en fait. (Trad. : Dominique)

  • Protéger les forêts des Carpates

    Protéger les forêts des Carpates

    Les Carpates s’étendent sur 1500 km à travers huit pays et constituent la chaine montagneuse la plus étendue d’Europe, après les Alpes. Les Carpates possèdent une richesse naturelle unique d’une importante valeur biologique, un habitat et un refuge essentiel pour de nombreuses espèces de plantes et d’animaux périclitées, une région avec les forêts vierges les plus vastes d’Europe. En effet, ces montagnes seraient couvertes par plus de 300 mille hectares de forêts quasi-vierges, soit une petite partie de la superficie forestière qui couvrait jadis l’Europe. Ces forêts incluent plus de 10 mille hectares de hêtraies dans l’est de la Slovaquie et l’ouest de l’Ukraine, qui ont déjà été inscrites au patrimoine de l’UNESCO, ainsi que l’un des quelques paysages forestiers toujours intacts d’Europe, identifié dans le sud des Carpates de Roumanie. Rappelons que plus de 24 mille hectares de forêts de hêtre de Roumanie ont été inclus cette année au patrimoine mondial de l’UNESCO.

    Et pourtant, les Carpates sont toujours menacées par l’intervention humaine, notamment par la fragmentation des habitats, par la disparition de nombreuses espèces de plantes et d’animaux, par l’altération des paysages naturels et par la destruction des rivières de montagne. C’est pourquoi les pays de la région des Carpates ont décidé il y a 14 ans de coopérer pour la protection et le développement durable de ces montagnes, par la fondation d’une Convention des Carpates.

    A la mi-octobre, la localité de Lillafueref, en Hongrie a accueilli la 5e Conférence des membres de la Convention sur la protection des Carpates.

    Alina Szasz, manager au sein du Conseil départemental de Brasov, dans le centre de la Roumanie, y a participé. Ecoutons-la : «La Roumanie a ratifié la Convention carpatique en 2006. Il s’agit d’une entente entre tous les pays traversés par la chaîne carpatique : Ukraine, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Serbie, Pologne et Roumanie, et qui vise ces montagnes comme une seule entité et non pas comme une rivalité. On vise à gérer les ressources culturelles et naturelles, à créer des opportunités d’emplois, afin de prendre en compte aussi les habitants des Carpates. La Convention est partagée en huit groupes de travail : conservation soutenable de la biodiversité, développement spatial, agriculture et développement rural, gestion durable des forêts, industrie, transport et infrastructure, tourisme durable, culture et traditions et adaptation aux changements climatiques. Hormis ces huit groupes de travail, la convention comporte aussi quatre protocoles additionnels. Le premier vise l’utilisation et la conservation durable de la diversité biologique, le deuxième est ciblé sur la gestion durable des forêts, le troisième le tourisme durable et le quatrième, le dernier concerne le transport durable. En effet, durant la réunion des parties de cette convention, qui se déroule tous les 3 ans, on a analysé chaque protocole à part, chaque article de la convention avec ses aspects positifs, les démarches entreprises jusqu’ici et avec ce qui reste à faire à l’avenir.»

    A compter de cette année, la Roumanie accueille le Bureau de la plate-forme de coopération du tourisme durable de la Convention des Carpates, le premier au niveau national et le troisième sur le plan régional après ceux d’Ukraine et de Pologne. C’est ici que se dérouleront toute une série d’activités censées mettre en valeur l’immense potentiel des Carpates et identifier les meilleurs moyens de coopération entre tous les acteurs impliqués dans le secteur touristique, actifs dans la région de montagne de Roumanie.

    Alina Szasz : « Nous avons présenté en Hongrie le programme établi pour 2017-2020 et qui comporte 5 tâches générales, dont la gestion d’une base de données où sont inscrits en permanence les projets déroulés ou mis en place sur la chaîne de montagnes, les sources de financement disponibles etc. De cette manière, toutes les ONGs de Roumanie et de l’ensemble de la chaîne des Carpates auront accès à toutes les informations sur les projets menés, justement pour éviter de les doubler, mais aussi pour donner un exemple de bonnes pratiques. »

    L’organisation écologiste WWF Roumanie a contribué elle aussi par différents projets à la mise en place de la Convention des Carpates, affirme Cristian Pop, coordinateur régional chargé des aires protégées de l’ONG : « Nous avons eu un projet dans l’écorégion des Carpates portant sur l’utilisation durable des ressources naturelles. Il concerne des forêts, des eaux, des espèces de plantes et d’animaux. A présent, nous déroulons un projet consacré à l’infrastructure durable dans les Carpates. Nous avons pour partenaires stratégiques le ministère de l’Environnement et le ministère des Transports. Notre objectif est d’avoir, par exemple, des autoroutes construites en tenant compte du déplacement des animaux de grande taille dans les zones ayant une riche biodiversité. Il s’agit notamment de construire des écoducs et de prendre aussi d’autres mesures afin de réduire l’impact des autoroutes sur la migration des grandes carnivores. Par ailleurs, on a fait des progrès importants en ce qui concerne l’identification et la protection des forêts vierges. D’autres projets encore ont visé les effets des changements climatiques. Par exemple, récemment, en Hongrie, fut adoptée une nouvelle forme de la Convention qui comporte un nouvel article qui reconnaît la vulnérabilité des Carpates face aux changements climatiques. L’article oblige les parties signataires de la Convention à mettre en place des actions censées réduire les effets de ces changements, dont la réduction des émissions des gaz à effet de serre. Il oblige également les pays concernés à prendre des mesures d’adaptation à l’impact du réchauffement climatique. »

    Avant de terminer, notons aussi que les représentants des 7 pays présents à la réunion de Hongrie sont arrivés à la conclusion qu’il est toujours nécessaire de coopérer pour pouvoir relever les nouveaux défis de la région des Carpates. La prochaine Conférence des Parties de la Convention des Carpates aura lieu en Pologne en 2020. (Trad. Alex Diaconescu, Valentina Beleavski)

  • Le cross-country de la forêt

    Le cross-country de la forêt

    Toutes les donations et la taxe de participation seront utilisées pour des activités de reboisement. Il faut dire que depuis 100 ans, la Roumanie a perdu plus de la moitié de sa superficie boisée, le sud du pays étant le plus sévèrement touché. C’est pourquoi, dès 2009, les personnes qui s’intéressent à la protection de la nature et à la réhabilitation des terres dégradées participent à des activités sportives censées soutenir les projets de boisement.

    La présidente de l’Association « La forêt des enfants », Teodora Pălărie, nous dit davantage sur cette 9e édition du cross-country de la forêt : « Cette année, le cross-country de la forêt s’installe dans une nouvelle maison, pour ainsi dire, car, à part le Parc de la jeunesse de Bucarest, où il se déroule habituellement, il sera organisé aussi dans le Parc de la jeunesse de Ploieşti. C’est qu’au printemps 2017, nous avons commencé à boiser un terrain de près de 6 hectares à proximité de cette petite ville située à une soixantaine de km au nord de la capitale et nous souhaitons attirer un plus grand nombre de personnes du comté de Prahova pour y poursuivre notre projet de boisement. Cette édition apporte également une autre nouveauté. L’année dernière nous avons pu parler à plusieurs personnes qui accompagnaient les jeunes coureurs et qui ont exprimé leur volonté de s’engager, eux aussi, dans ce projet. L’idée nous est venue d’introduire une épreuve exigeant que les participants restent assis dans l’herbe pendant une demi-heure ; ils peuvent rire et bavarder, mais il leur est interdit de se lever et d’utiliser tout appareil électronique. Pour ceux qui souhaitent entrer en contact avec la nature, nous avons préparé une épreuve d’une heure durant laquelle ils vont se détendre et méditer… Condition supplémentaire : il leur est interdit de parler. Je dois préciser que nous avons eu une grande source d’inspiration: en Corée on organise une telle épreuve, comportant un plus grand nombre de conditions et avec des prix à la clé. Sont proclamés gagnants ceux qui réussissent à maintenir un rythme cardiaque constant. Nous n’arriverons pas à de telles performances, du moins pas durant cette édition. Nous souhaitons simplement tester la disponibilité des gens à soutenir le boisement en participant à cette épreuve. Ce sera la première compétition organisée en Europe qui comporte une épreuve de ce genre.

    Cette année, le cross-country de la forêt durera deux jours et il sera accueilli par deux villes : Bucarest et Ploieşti. La participation peut être individuelle ou par équipes. Teodora Pălărie nous parle des épreuves destinées aux débutants et aux habitués à ce genre de course : « Le 30 septembre à Ploieşti et le 7 octobre à Bucarest se déroule une épreuve de 500 mètres pour les enfants de 4 à 7 ans, une épreuve de 1000 mètres pour ceux âgés de 8 à 13 ans et une marche d’un kilomètre réservée aux familles. Les prix récompenseront la famille comptant le plus grand nombre de participants, la famille comptant le plus jeune membre et la famille comptant le membre le plus âgé. Il y aura également les épreuves exigeant de rester assis dans l’herbe pendant une demi-heure et respectivement une heure. Parallèlement, nous proposons des ateliers sur l’environnement destinés aux enfants et aux parents. Parmi ces ateliers, il y en a un en allemand, ciblé sur les forêts. S’y ajoutent d’autres activités supposant une collaboration parents-enfants, leur permettant d’apprendre ensemble beaucoup de choses sur la nature. Pour ceux qui aiment bouger et courir, le lendemain, soit le 1er octobre à Ploieşti et le 8 octobre à Bucarest, se déroulent 3 autres épreuves : de 5, 10 et 15 km, avec chronométrage électronique. C’est que le week-end d’après, la capitale accueille le Marathon international de Bucarest. Ceux qui souhaitent y participer pourraient profiter de cette compétition qui leur permettra de vérifier leur performance, car ils bénéficieront ainsi d’un chronométrage avant l’épreuve de demi-marathon ou de marathon à laquelle ils ont l’intention de s’inscrire. Les jeunes forêts plantées par l’Association « La forêt des enfants » sont constituées de plusieurs espèces : pin noir, chêne, frêne, orme du Turkestan, sycomore, cornouiller sanguin.

    Elles protègeront les terres agricoles avoisinantes, contribueront à stabiliser le sol et à diminuer sa dégradation. Grâce à ces campagnes de boisement, depuis 2009, 282.500 jeunes plants d’arbres ont été plantés sur plusieurs terrains du sud du pays. Ils arriveront déjà à maturité dans quelques années. 350 mille hectares doivent être reboisés dans cette région du pays. Teodora Pălărie : « Chaque année, au mois de novembre est prévue la campagne d’automne. Cette année nous organisons la 20e campagne – car il y en a une en automne et une au printemps. Nos actions visent à compléter les forêts existantes et à en planter de nouvelles. Nous irons dans la commune de Bărbuleşti, du comté de Ialomiţa, et nous espérons pouvoir planter aussi des arbres dans le comté de Giurgiu. Par le projet « La forêt des enfants » nous nous proposons en fait de refaire des anciennes forêts de Vlăsia, nous nous focaliserons donc sur le sud de la Valachie, très pauvre en forêts. Environ 4-5% de la superficie de la zone est boisée, alors que dans les régions de plaine, la moyenne devrait être de 20%.

    L’année dernière, le cross-country de la forêt a attiré plus de 2 mille personnes. Les organisateurs espèrent que cette année la participation sera plus nombreuse, pour que les forêts puissent à nouveau prendre racine en Roumanie.

  • La région des gorges de la rivière Nera, destination de tourisme écologique

    La région des gorges de la rivière Nera, destination de tourisme écologique

    Sur une superficie d’une vingtaine de kilomètres, la rivière Nera traverse un défilé étroit, spectaculaire et sauvage, formant les gorges les plus longues du pays. C’est ici que des parois s’élèvent jusqu’à 200 mètres de hauteur, alors que l’eau de la rivière Nera et de ses affluents ont creusé le calcaire pour former de nombreux lacs, canions, grottes et cascades impressionnantes. Vu que des dizaines de milliers de touristes visitent chaque année la région des Gorges de la Nera, les autorités ont décidé de la déclarer destination écotouristique.

    Raluca Peternel, en charge du projet des Gorges de la Nera de la part de l’ONG WWF Roumanie a déclaré : «La région des Gorges de la rivière Nera a été proposée pour figurer sur la liste des destinations écotouristiques suite à une sélection faite dans la zone des Carpates du sud-ouest. L’initiative est plus ample et fait partie d’un projet déroulé par WWF Roumanie, aux côtés de plusieurs partenaires. Dans le cadre de ce projet, nous avons réalisé plusieurs analyses du potentiel touristique de la région des Carpates du sud-ouest. Les Gorges de la rivière Nera ont été choisies comme destination touristique parce qu’elles ont obtenu le plus de points. La zone est vraiment un coin de nature tout à fait spécial, qui semble tiré d’un conte de fées. Elle est pleine de légendes, de valeurs naturelles, culturelles, de traditions, nous avons une aire protégée et des forêts de grande valeur, des forêts proposées au patrimoine mondial de l’UNESCO. A tout cela s’ajoutent des services qui répondent parfaitement aux besoins des touristes : hôtellerie, restauration, loisirs. Les itinéraires touristiques sont tous marqués, homologués, inscrits sur une carte qui est disponible aux touristes dans les gîtes ruraux et dans plusieurs points d’information touristique. C’est une carte riche en informations, grâce à laquelle il est carrément impossible de se perdre. »

    La Réserve naturelle des Gorges de la Nera-Beusnita a été crée en 1943 afin de protéger la biodiversité terrestre et aquatique, mais aussi une série de paysages, qui figurent souvent dans les classements nationaux et internationaux des meilleures destinations uniques. Par exemple, la cascade de Bigar, unique au monde, a la forme d’une coupole sur laquelle tombe l’eau venue des grottes souterraines des montagnes. Le lac Dracului, du Diable, est une des plus belles superficies d’eau de la région. Il fut formé par l’écroulement du plafond d’une grotte qui s’étend sur 700 mètres carrés. Il a 9 mètres de profondeur, étant le plus profond lac karstique du pays. Situé dans une zone sauvage du parc, le lac Ochiul Beiului a la forme d’un cratère et une profondeur de 3,6 mètres. Sa couleur est bleue et ses eaux sont tellement claires que les visiteurs peuvent observer les nombreux poissons qui y vivent. A une vingtaine de minutes du Lac Ochiul Beiului se trouve aussi la Cascade Beusnita, formée de plusieurs cascades plus petites soit une chute d’eau de 15 mètres de hauteur.

    C’est également dans les Gorges de la rivière Nera que l’on peut trouver les plus représentatives forêts séculaires vierges et demi-vierges de hêtres d’Europe. L’altitude des cimes boisées n’est pas trop grande. C’est ici que se trouvent une trentaine d’espèces d’orchidées, alors que sur les parois en calcaire une végétation abondante se développe. Dans les fissures des roches on peut trouver des lilas sauvages, des continus et d’autres plantes subméditerranéennes. Ecoutons Calin Uruci, biologiste à l’administration du parc des Gorges de la Nera :« Coté biodiversité, le long de la rivière Nera on peut trouver des reliques de l’ère tertiaire tels une espèce d’escargot aquatique ou bien un poisson appelé Cobitis elongata, qui se trouve uniquement dans cette rivière. Pour ce qui est du bois de hêtre qui couvre les versants calcareux de la Nera, nous sommes en train de le faire inscrire sur la liste de l’UNESCO parce que c’est une des forêts demi-vierges les plus représentatives d’Europe. De nombreuses espèces protégées de non-vertébrées y trouvent refuge. D’ailleurs ce refuge dépend de l’existence de vieux arbres et des quantités considérables de bois mort que l’on peut trouver et qui aide à la régénération des écosystèmes forestiers. En fait, un arbre mort peut accueillir davantage d’espèces qu’un arbre jeune. Plus un arbre est vieux, plus il est de valeur du point de vue de la biodiversité. Une autre caractéristique du parc découle des influences subméditerranéennes et du relief karstique, qui fait que cette région accueille des espèces emblématiques telles la vipère à corne et le scorpion des Carpates. »

    La région des Gorges de la Nera accueille aussi de nombreuses espèces d’oiseaux, de mammifères, alors que dans ses eaux claires et pures, on peut rencontrer aussi plusieurs espèces de poissons prédateurs. Calin Urici : « Parmi les oiseaux, mentionnons la population considérable de faucon pèlerin et plus de trois quarts des espèces de rapaces de tout le pays, 9 espèces de pics sur les 10 qui existent en Roumanie. Mentionnons aussi une série d’espèces rares protégées au niveau européen : le caprimulgus, l’emberiza et le rollier d’Europe. Au total il y a plus de 140 espèces d’oiseaux répertoriés dans la région de l’aire de protection spéciale de l’avifaune. Au niveau des cours d’eau, il y a plusieurs couples de martin-pêcheur d’Europe, un des plus beaux oiseaux de Roumanie. Ceux qui naviguent le long de la rivière en été auront sans aucun doute l’occasion de les observer. Côté mammifères, il y a une population considérable de lynx, mais aussi plusieurs meutes de loups. Les ours sont plutôt rares, ils sont seulement de passage par la région. Et vu que dans ce parc, l’eau est omniprésente, il y aussi une population significative de loutres.

    Cette zone qui est en train de devenir une destination d’écotourisme, aura beaucoup à gagner par le développement des communautés locales. Les producteurs pourront vendre plus facilement les produits du terroir aux festivals internationaux : l’eau-de-vie du Banat, le vin, les fromages en tout genre, les confitures de fruits des bois et d’autres produits de la ruche : miel et propolis. (trad. Alex Diaconescu)